« Nous prenons l’engagement que le MMM ne lâchera pas prise tant que toute la vérité n’est pas faite sur le scandale du siècle », a assuré hier le député de l’opposition au N°2 dans son intervention à l’Assemblée nationale sur les débats budgétaires. Reza Uteem a fait montre de ses talents d’homme de loi à travers une éloquence bien en verve et véhémente pour mettre en relief le « manque de réflexion » du gouvernement.
Adoptant de prime abord une approche bienveillante envers le ministre des Finances Xavier-Luc Duval, le félicitant de reconnaître que « we must prepare for the worst and hope for the best », Reza Uteem a pris de court les membres de l’Assemblée nationale et suscité l’hilarité en ajoutant : « In fact Mr Speaker, Sir, we must prepare for the worst because we can only expect the worst from this government. »
Le ton est donné et le député au N°2 adoptera le même style tout au long de son intervention. « Pas de sens de l’orientation. » Le problème du gouvernement, souligne Reza Uteem, est qu’il « ne réfléchit pas avant d’annoncer et d’introduire une mesure », citant par ailleurs le directeur de l’audit qui abonde en ce sens. À titre d’exemples, il cite l’intention du gouvernement de demander aux motocyclistes d’avoir un compteur de vitesse. « Comment aurez-vous un compteur de vitesse pour une moto dont la production a cessé depuis des années ? »
Et le député de la circonscription Port-Louis Sud / Port-Louis Central d’énumérer une série d’autres décisions manquant, selon lui, de cohérence. « Le gouvernement introduit la taxe sur les intérêts et la National Residential Property Tax. Un an après, il abolit ces taxes. » Idem, dit-il, pour les subventions sur les frais d’examens. « Il l’enlève pour la réintroduire un an après. » De même pour la Solidarity Tax sur les intérêts et dividendes introduite l’an dernier et annulée cette année.
« L’an dernier, le gouvernement a introduit la Capital Gains Tax pour l’enlever cette année. Cette année, il introduit la taxe sur le SMS. Je vous laisse deviner ce qui se passera l’an prochain si le gouvernement est encore là… » lance Reza Uteem. De l’avis du député de l’opposition, le gouvernement est un spécialiste du « U-Turn. Et ils ne font que “tap latab”. Personne n’ose dire quoi que ce soit parce que le Premier ministre aime à dire que c’est son budget ».
Le Grand argentier Xavier-Luc Duval, dit Reza Uteem, est le premier à reconnaître que certaines taxes découragent l’investissement. « Mais il avait applaudi et félicité le ministre des Finances d’alors l’an dernier disant que c’était un excellent budget. » S’en prenant à la députée travailliste Nita Deerpalsing, qui a commenté la performance du Foreign Direct Investment, disant que « c’est un crime car quand l’ancien ministre des Finances était là, le FDI a plongé de 69 % au premier trimestre et de 46 % au deuxième trimestre », Reza Uteem s’est interrogé : « Pourquoi n’a-t-elle pas dit cela l’an dernier ?
S’agissant de la saga MedPoint, le député Port-Louis Sud / Port-Louis Central a soutenu que le MMM est le seul parti qui, dès le début, « a dénoncé le scandale. Jour après jour, semaine après semaine, on est venu avec de nouvelles informations, les unes plus choquantes que les autres. Et vu l’ampleur du scandale et les partis impliqués, nous avons demandé que le parlement soit reconvoqué d’urgence. Mais le gouvernement n’a rien fait. Le Premier ministre a refusé de mettre en place un Select Committee pour considérer l’affaire et de fournir des détails avançant que l’Icac mène une enquête. Le PM nous a demandé d’attendre que la commission anticorruption émette son rapport et que cela allait se faire très bientôt. Cela a pris six mois ! »
Le député mauve s’est interrogé sur le signataire du deed of sale, soit, dit-il, le secrétaire permanent du ministère du Logement et des Terres. « Qui a acheté la clinique ? C’est le gouvernement de Maurice ! Est-ce que le “leftover government” essaye de dire qu’un Permanent Secretary  peut signer un document de cette importance sans que son ministre n’en sache rien ? Est-ce que le ministre aurait permis à son PS de signer le document sans informer le PM ? » Pour Reza Uteem, « l’acquisition de la clinique MedPoint était une décision du gouvernement et ses membres auraient mieux fait de faire leur mea culpa à la population ». Le député de l’opposition a ajouté que si le gouvernement est entré dans un contrat « based on misleading information », il peut « demander une rescission of the contract. Mais, je doute qu’il fera ainsi ». Le politicien a soutenu que le MMM « ne lâchera pas prise tant que la vérité n’est pas faite ».
Le député du MMM est d’avis que l’aide proposée aux small medium enterprises, à travers la demande aux banques de leur avancer Rs 3 milliards sur les trois prochaines années à un taux de 8,5%, ne tient pas la route. Il a cité le directeur de la Barclays Bank, qui a fait comprendre dans un entretien que ce secteur comporte des risques et que le Budget 2012 « ne va en rien diluer la rigueur appliquée jusqu’ici sur le crédit aux petites et moyennes entreprises ».
Reza Uteem a conclu : « Aujourd’hui, pas plus de deux ou trois ministres peuvent voyager. Vous pouvez perdre votre majorité. Vous ne pouvez même pas prendre de sick. »