Dans ‘The Rime of the Ancient Mariner’, poème épique de Samuel Taylor Coleridge, un vieux loup de mer sur qui pesait une malédiction raconte son incroyable voyage en enfer. Et ces mots que voici resteront à jamais gravés dans la mémoire de ceux et celles qui ont étudié ce poème:                   
“Water, water, everywhere Nor any drop to drink”
Certaines personnes à Maurice pourront dire la même chose quand, en période dite de “sécheresse”, l’eau ne coule pas de leurs robinets. Car à vrai dire il n’y a pas de sécheresse ici, pas quand on reçoit 4000 millions de mètres cubes d’eau de pluie annuellement pour une population d’environ 1.3 million. En fait, nous n’utilisons que 27% de la totalité de l’eau de pluie qui est disponible. Donc, le problème de manque d’eau à certaines périodes de l’année n’est pas dû à une pluviosité insuffisante, comme veulent faire accroire certaines personnes, mais plutôt à une mauvaise gestion de nos ressources en eau. En sus d’incompétence il y a aussi l’insouciance – les gens gaspillent beaucoup d’eau et l’usage de l’eau en agriculture est très inefficace. Il y a une perte de l’ordre de 50% dans le système de distribution ! C’est ce que nous avons appris lors d’un Forum organisé par RAFAL au Collège Royal de Curepipe récemment avec comme thème “WATER, water, everywhere…” 
‘Think Mauritius’, un groupe de réflexion qui milite pour une république meilleure et plus juste, a fait un travail remarquable en produisant un document d’une trentaine de pages intitulé “The Water Problem” où il est justement question de ce problème d’eau à Maurice. Les membres de ce groupe ont cerné tous les problèmes, ou presque, et leur rapport présente une analyse détaillée de la situation avec des recommandations en vue d’améliorer les choses et de donner satisfaction à tout un chacun. Ce rapport fait ressortir qu’en Israël, avec 2.5 fois moins d’eau par tête d’habitant comparé à Maurice, on ne connaît pas de coupure d’eau et on se permet même de transformer une partie du désert en unité agricole avec un rendement exceptionnel en fruits, légumes et céréales. Et on arrive même à en exporter! Chez nous, dans trop de cas on a remplacé la végétation par du béton – les meilleures terres agricoles sont bétonnées ou asphaltées avec pour résultat que l’eau de pluie ne s’infiltre pas dans la terre pour remplir les nappes phréatiques ; après les grosses pluies, le ruissellement de l’eau est à la base de nombreuses inondations, surtout dans les régions urbaines.
C’est suite à la publication de cet important dossier que RAFAL a cru opportun d’inviter certaines personnes, dont des membres de ‘Think Mauritius’, pour ce Forum en question afin qu’il y ait un partage avec le grand public. Après que Leckraz Burton eut souhaité la bienvenue aux personnes présentes, Narain Subrun de ‘Think Mauritius’ a énuméré les points saillants de leur document. Il a parlé des problèmes concernant l’eau et les solutions appropriées qu’on pourra apporter dont le ‘rain harvesting’, le remplacement des tuyaux vétustes (les pertes d’eau dues à ces tuyaux s’élèvent à 50%!), l’aménagement de petits barrages en plusieurs endroits sur certaines de nos rivières pour retenir une partie de l’eau qui va vers la mer, et ainsi qu’un nouveau ‘pricing mechanism’. On a appris aussi qu’en général le Mauricien se sert de bien plus d’eau que l’Anglais ou le Français par exemple.
Khalil Elahee de l’Université de Maurice a axé son intervention sur l’énergie liée à la production de l’eau potable et la desalinisation. Ce dernier procédé est très coûteux et pas rentable actuellement. Il y a aussi le fait que l’eau salée très concentrée qui est rejetée dans le lagon est néfaste à certaines créatures et autres organismes marins, tels les planctons et les coraux.
Faizal Jeeroburkhan, membre en vue de ‘Think Mauritius’, a fait une présentation de diapos avec des commentaires très pertinents. Il a fait ressortir que le ‘rain harvesting’ ou le captage de l’eau de pluie, est un moyen très efficace pour régler notre problème d’eau. Si seulement 200,000 ménages captaient l’eau de pluie de leurs toits, nous pourrions économiser quelque 16 millions de mètres cubes d’eau chaque année – ce qui représente plus de la moitié de la capacité de la Mare-aux-Vacoas. Il faut simplement une politique appropriée et les encouragements nécessaires pour que les gens commencent à le faire. Il a mentionné que l’eau dans les bouteilles en plastique n’est pas meilleure que l’eau du robinet; au contraire, quand de telles bouteilles restent exposées au soleil des produits nocifs à la santé peuvent s’accumuler dans cette eau embouteillée. 51% de l’eau que nous utilisons vient des nappes phréatiques – c’est une eau de très bonne qualité qu’on ne devrait mieux gérer et utiliser que pour la consommation. Cette eau rapporte des fortunes à certaines compagnies d’embouteillage car c’est vendu à plus de 3000 fois le prix de l’eau du robinet!
Mme Ragoo a expliqué, pour sa part, comment, chez elle, on fait le “rain harvesting” depuis un bon bout de temps. On a réduit la longueur des ‘drain-pipes’ qui doivent évacuer l’eau de pluie (qui s’accumule sur les dalles) afin que cette eau aille dans des fûts. L’eau de pluie ainsi captée sert à laver la voiture, faire la lessive et arroser les plantes, entre autres usages domestiques. La facture pour la CWA a baissé considérablement depuis qu’on met à contribution l’eau de pluie; tant mieux!  
Dev Sok Appadu, ex-directeur du service météorologique, a fait un brilliant exposé sur le changement climatique, le régime des pluies, les cyclones et les sécheresses à l’échelle planétaire. Quand quelqu’un a fait ressortir que récemment la pluie est tombée un peu partout sur le Plateau central, excepté à Mare-aux-Vacoas, et que c’est un peu comme une malédiction, Sok Appadu n’a pas hésité à dire que c’était peut-être bien le cas!
Swaleh Takun a, lui, raconté comment un jeune ingénieur qui avait été transféré à la station de filtrage de La Marie avait “découvert” un ruisseau qui pouvait alimenter les ‘filter-beds’, quelque chose que ses supérieurs hiérarchiques n’avaient jamais remarqué! Heureusement qu’il y a encore des fonctionnaires qui prennent à coeur leur travail! 
En tout cas, il s’agissait d’un Forum-débat très instructif et enrichissant. Merci à RAFAL.