Fréquenté par les férus de la pêche, le réservoir La Ferme est facilement accessible pour les habitants des faubourgs comme Camp-le-Vieux, Cité la Ferme, St-Martin ou encore Bambous. Les abords du réservoir, ancien domaine de la famille Vigoureux, établie à l’isle de France, au 18ème siècle, sont autant d’invitations à diverses activités: randonnées, pêche aux écrevisses, balade familiale et ascension de la montagne Corps de Garde.
Les pieds du Corps de Garde semblent appartenir aux animaux d’élevage. Chèvres, vaches, taureaux ont été libérés de leur enclos et sont en semi-liberté. Tandis que les boeufs arrachent sur place l’herbe qui pousse autour de leur enclos, les chèvres, eux, préférent les grands espaces et aiment s’éloigner pour chercher leur nourriture. Ainsi, plus en haut sur la montagne, ils gambadent et mangent paisiblement les feuilles des branches.
Près de la route qui longe la montagne et qui s’étire jusqu’aux abords du réservoir, les principales activités tournent autour de l’élevage bovin et de l’agriculture.
La montagne fournit aussi de la matière première pour certains artisans. Ce matin-là, sur le flanc de la montagne, un homme, Kumar Gopaul, est en sueur. Sous un soleil ardent qui baigne toute la région montagnarde, le Vacoassien coupe, à l’aide d’une faucille, ce qu’il appelle  » Sabé », une paille sèche utilisée pour fabriquer des balais. Au fur et à mesure qu’il les cueille, il les égrenne, les nettoie. Cette paille, saisonnière, couvre toute la montagne pendant la période de janvier, février. Le balai, telle est l’activité artisanale de cet homme âgé de 38 ans, marié et père de trois enfants. «Je fabrique des balasi depuis l’âge de 12 ans», dit-il. Une fois l’herbe arrivée à maturité, il prend sa motocyclette, se rend là où le « sabé » abonde et les ramasse. «C’est un travail manuel et minutieux», dit-il. Une fois rentré chez lui, il les laissera sécher pendant trois jours au soleil avant la pose de ficelle et rafia pour maintenir et consolider le balai.
Le panorama sur les hauteurs s’ouvre sur toute la région entourant le réservoir la Ferme, adossé à la montagne Corps de Garde, (le réservoir est situé à Bambous à proximité de Cité la Ferme), on y voit diverses cultures. La vue panoramique dirige le regard vers l’horizon.
Le dimanche matin, c’est aussi l’occasion d’aller à la pêche dans cette réserve d’eau utilisée pour l’irrigation des champs et pour la culture vivrière. Équipés de leur canne à pêche, quelques jeunes se dirigent vers le réservoir. Ils ont parcouru des milliers de kilomètres. La route qui longe le Corps de Garde est très fréquentée par les mordus de la pêche. Les eaux de la Ferme sont très prisées pour les « Tilapia » et les « Carpes ».
Dans les champs, derrière un temple tamoule, des planteurs arrosent leurs légumes de pesticides. Ici, choux, herbes aromatiques, cresson, brèdes songes, pastèques disputent la place aux autres cultures maraîchères. La route qui longe la montagne s’étire jusqu’aux abords du réservoir. Notre chemin s’immisce dans un sentier au milieu des bois. Les marcheurs que l’on croise viennent pour la plupart des régions avoisinantes comme Camp-le-Vieux, Trèfles, Bambous. Certains font des balades familiales, s’y rendent pour profiter du calme des ruisseaux qui traversent les bois, y récolter des écrevisses et profiter de la nature environnante. Malheureusement, ce cadre de promenade est souvent pollué par des détritus.
Un sentier de plusieurs kilomètres, accessible en voiture, suit les rives de ce réservoir utilisé pour l’irrigation. Au travers des branches, la vue s’ouvre sur une immense plaine blonde. Pour le plus grand plaisir des yeux, on y passe du vert de la nature à la plaine blondie en passant par le bleu du réservoir. En ce moment, le niveau est bas en raison de la sécheresse. Au bout du réservoir, en direction de Palma, un groupe de vaches, gardés par quelques hommes. L’une d’elle surveille son veau allongé sur l’herbe.
Dans les bois, les promeneurs peuvent s’adonner à la cueillette de « roussailles » ou autres fruits des bois.
Deux heures ont suffi pour se ressourcer dans le calme des bois en y retrouvant fraîcheur et sérénité.
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La Ferme, Domaine de la famille Vigoureux
La Ferme était un domaine géré au 19e siècle par Léon Vigoureux. Après la mort de celui-ci vint à Maurice un expert en irrigation, M. Harriot. Les travaux d’endiguement de La Ferme, et de creusement de canaux, ont commencé sous sa direction, et ont duré 8 années, de 1913 à 1921. Le domaine de La Ferme, qui avait été agrandi, et mesure alors près de 1,197 arpents, fut vendu, en 1914, au Gouvernement par les héritiers Vigoureux, pour la somme de Rs 155 000. Quant au cimetière privé où reposent les Vigoureux, il fut cependant conservé.
L’immense plaine se transforme alors  en un grand lac d’une capacité de 416 millions de pieds cubes et d’une superficie de 535 arpents. Pour opérer cette transformation, il fallut construire une longue digue qui obstruait complètement le cours de la Riviére Belle Isle, qui avait sa source dans les terres aujourd’hui noyées.
Cette digue mesure près de 5000 pieds de long et donne un lac d’une profondeur maximale de 32 pieds.
Le volume d’eau fourni par la Rivière Belle Isle étant insuffisant pour alimenter le lac, les rivières Plaines Wilhems et du Rempart furent mises à contribution.
(Source: Société de l’histoire de l’île Maurice (SHIM) -d’après les recherches de Marc Philippe Koenig)