Un délinquant sexuel reste potentiellement dangereux même après une condamnation. D’où la nécessité d’encadrement et de suivi thérapeutique. Plusieurs pays ont pris des mesures exceptionnelles autour de ces délinquants pour réduire les risques de récidive. À Maurice, aucun programme n’a encore été mis sur pied alors qu’il y a urgence face au danger.
En moyenne, 10 à 15% des délinquants sexuels commettent de nouveau une infraction sexuelle après une période de suivi de quatre à cinq ans, constate le Dr Karl Hanson, Research Officer with Public Safety au Canada. Dans un article intitulé “Risque de récidive sexuelle : caractéristique des délinquants et réponse au traitement”, il pose bien le problème : “Les délinquants qui suivent un traitement psychologique risquent moins de récidiver que les autres délinquants sexuels.”
Aucune mesure.
À Maurice, hormis la répression, il n’y a aucune politique de réhabilitation et de réinsertion pour éviter la récidive. Une situation que Shirin Aumeeruddy-Cziffra déplore. “À Maurice, peu importe l’âge de l’auteur d’un délit sexuel, sa sanction est une peine de prison et il n’y a aucune réhabilitation.” Nicolas Soopramanien, psychologue, précise : “Souvent, il n’y a pas de suivi. On retire la victime du lieu où elle habite pour sa sécurité et l’agresseur est mis en prison. C’est tout.”
Shirin Aumeeruddy-Cziffra soutient aussi qu’à l’époque où Bill Duff était commissaire des prisons, elle avait émis le souhait que les auteurs des délits sexuels soient séparés des autres prisonniers et qu’un travail de réinsertion et de réhabilitation soit effectué. Mais rien n’a été fait, semble-t-il. Pourtant, “cela apporte des résultats probants en Europe et ailleurs”, affirme-t-elle. Parmi les mesures prises, il y a la castration chimique, effectuée avec l’accord de l’auteur de l’agression.
Soins.
En France, depuis la loi votée en décembre 2005, “les condamnés à des délits ou crimes sexuels peuvent se voir prescrire en détention, dans le cadre de leur injonction de soins, un traitement médicamenteux destiné à inhiber leur libido”. En Belgique, le ministre de la Justice soulignait, en 2010, qu’“un suivi attentif et efficace des délinquants sexuels est l’un des points prioritaires de la réforme du système pénitentiaire”.
Au Canada comme en Belgique, des mesures ont été prises afin de prémunir la population de tout danger possible. Une loi sur l’enregistrement de renseignements sur les délinquants sexuels (LERDS) est en vigueur au Canada depuis 2004 dans le but d’assurer la sécurité publique. Le registre national du pays contribue à la sécurité de la population en permettant aux enquêteurs d’avoir accès à la base de données des auteurs des délits sexuels habitant la région où une agression a été commise. Les délinquants fichés doivent aussi se conformer aux modalités d’une ordonnance d’enregistrement et sont passibles de sanctions s’ils fournissent des renseignements erronés.
Prise en charge.
Il existe en France, un suivi attentif et efficace des délinquants sexuels. Le Dr Roland Coutanceau, psychiatre français, souligne l’importance de prendre en considération les problématiques spécifiques au traitement en psychiatrie et en psychologie légale. Il considère que “la prise en charge en psychiatrie légale se doit également de favoriser la lucidité sur le passage à l’acte, sur les éléments motivationnels l’ayant sous-tendu, sur le contexte situationnel et psycho-émotionnel l’ayant accommodé”. Selon lui, cette prise en charge devrait prendre en compte le risque de récidive. Il propose ainsi une analyse avec l’auteur du délit sexuel.
Maurice ferait face à un manque de professionnels en psychologie et psychiatrie. Il faudrait des pédopsychiatres pour répondre à l’augmentation des délits sexuels et pour accompagner aussi bien les victimes que les auteurs de ces crimes. “Il n’y a pas assez de professionnels, ce qui fait qu’il n’y a pas un bon suivi des différentes situations. Ce sont les mêmes psychologues qui s’occupent d’écouter les enfants, les adolescents, les femmes battues, etc.”, déplore Shirin Aumeeruddy-Cziffra. Dans certains cas, les auteurs de délits sexuels ont eux-mêmes été des victimes, ce qui laisse à penser qu’ils n’ont pas bénéficié d’un bon accompagnement.
Face à face.
Entre-temps, la possibilité que l’auteur d’un délit sexuel se retrouve à nouveau en face de sa victime est très grande. Dans son dernier rapport annuel, l’ancienne Ombudsperson for Children relève que dans la majorité des cas, l’auteur d’un délit sexuel est connu de sa victime ou évolue dans son entourage – membre de la famille, proche, voisin, petit ami… Nicolas Soopramanien, psychologue clinicien et membre de la Société des Professionnels en Psychologie, souligne à cet effet : “Les abuseurs font souvent partie de l’entourage de la victime, peu importe le pays. Les victimes sont souvent retirées de la famille ou alors il y a silence de la part des proches, ce qui est encore pire pour la victime car elle pense que c’est de sa faute.” Et l’auteur du délit envoyé en prison. Shirin Aumeeruddy-Cziffra s’inquiète aussi du fait que certains auteurs de ce genre de délit ne sont pas condamnés, faute de preuves, et qu’ils sont libres de pouvoir sévir de nouveau.
Réhabilitation.
La réhabilitation est primordiale, de même “qu’une bonne stratégie d’éducation sur la situation d’abus sexuels dans les écoles, les centres de jeunesse, les familles, avec un message clair et non violent”, souligne Nicolas Soopramanien. Il considère aussi que la prison ne suffit pas pour les délinquants sexuels. “L’agresseur a aussi besoin d’être réhabilité et réinséré lorsqu’il ne l’a peut-être pas fait avec préméditation. En d’autres mots, le délinquant sexuel ne doit pas être condamné à vie.” Pour lui, il est important d’analyser chaque cas d’agression sexuelle.
Par ailleurs, bien qu’elle apprécie le travail de l’Information and Communication Technology Authority, qui a mis un filtre pour surveiller les images pornographiques, Shirin Aumeeruddy-Cziffra déplore que des adultes montrent aux enfants des images obscènes et tentent de passer à l’acte. “Il faut contrôler encore plus ce genre d’images”, martèle-t-elle. Elle trouve même dommage que la sexualité soit encore un sujet tabou, ce qui est néfaste car pouvant engendrer plus de perversité.
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Le bon mot
Il faut faire la distinction entre pédophilie et délinquance sexuelle. La pédophilie désigne l’attirance ou préférence sexuelle qu’un adulte a envers les enfants généralement jeunes ou en début de puberté. Contrairement au délinquant sexuel, le pédophile obéit à des pulsions qu’il n’arrive pas à contrôler. La pédophilie est même considérée comme un trouble mental.
Le délinquant sexuel n’est pas un malade mais un opportuniste qui profite de l’occasion pour sévir et commettre une agression sexuelle.