L’Assemblée Régionale de Rodrigues, constituée à l’issue du scrutin régional du 10 décembre 2006, verra son mandat arriver à terme vendredi prochain. Avant cette dissolution automatique, les membres de cette instance régionale participeront à une ultime séance de travail mercredi après-midi. Néanmoins, depuis quelques temps déjà, l’île Rodrigues politique, notamment l’Organisation du Peuple Rodriguais (OPR), est déjà dans l’expectative du démarrage officiel de la campagne pour ces prochaines élections régionales. En tenant en ligne de compte les critères énoncés par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, à l’Assemblée nationale, mercredi, pour le calendrier des prochaines élections municipales à Maurice, des observateurs politiques avancent que les Rodriguais pourront se rendre aux urnes au plus tard le dimanche 19 février 2012. Toutefois, du côté de l’état-major politique dans l’île, on exprime le souhait de voir ces consultations fixées dans les meilleurs délais, comme l’affirmait hier à Week-End le leader de l’OPR, Serge Clair.
Pourquoi la date-limite du 19 février 2012 ? En effet, à partir du 22 février de l’année prochaine, qui tombe le mercredi des Cendres, les Rodriguais de confession catholique entreront en période de carême jusqu’à la célébration de la fête de Pâques, le dimanche 8 avril. « Dans cette perspective, le gouvernement peut bien décider d’éviter que la campagne pour les élections régionales ne coïncide avec cette période ce carême catholique dans l’île », supputent des observateurs politiques.
Par contre, des sceptiques soulignent avec force que le Premier ministre avait fait fi de ces considérations religieuses lors des dernières élections partielles régionales à Rodrigues. Ce scrutin, dans deux des six régions de l’île avait été fixé et maintenu, pour le dimanche où les catholiques de Rodrigues célébraient la Fête Dieu. Aucun changement n’était intervenu, en dépit d’une protestation des plus élégantes adressée par Mgr Harel, évêque de Rodrigues, au président de la République, sir Anerood Jugnauth, réclamant un report du jour du scrutin partiel dans le respect de la solennité de cette fête religieuse.
Avec la dissolution automatique de l’Assemblée Régionale de Rodrigues vendredi prochain, le chef du gouvernement dispose d’un délai de trois mois pour la tenue de ces élections. Néanmoins, tout laisse à croire que le Nomination Day pourrait être fixé après les fêtes de fin d’année, soit à la mi-janvier 2012, avec le Polling Day au plus tard à la mi-février, soit le dimanche 5 ou le dimanche 12 février, le 19 tombant la veille du pèlerinage de Maha Shivaratree au Ganga Talao.
Mais à ce stade, aucune indication n’a transpiré publiquement quant aux intentions de l’hôtel du gouvernement, à part le fait que ces élections seront organisées selon les dispositions de la Rodrigues Regional Assembly Act 2002. Entre-temps, un Caretaker Executive Council continuera à assurer la gestion des affaires courantes dans l’île.
Du côté de l’OPR, le principal challenger de l’équipe sortante composée de représentants du MR et d’anciens de l’OPR, l’on affirme être fin prêt pour se jeter dans la bataille électorale en vue de la reconquête du pouvoir autonome à Rodrigues. D’ailleurs, dès dimanche prochain, soit quasiment au lendemain de la dissolution, l’OPR lancera sa campagne officielle par un grand rassemblement politique à Malabar, le fief de ce parti historique de Rodrigues.
« Compte tenu de la récente prise de position du président de la République au sujet de la tenue des élections, je suis sûr que les procédures seront enclenchées d’après la loi. À Rodrigues, tout le monde attend la dissolution et l’étape subséquente la plus importante, la publication du Writ of Election fixant les dates du Nomination Day et du Polling Day. Le souhait que nous exprimons est que ces consultations démocratiques soient organisées dans les meilleurs délais possibles vu la situation qui prévaut dans l’île », a déclaré à Week-End le leader de l’OPR.
« À la veille de ces élections régionales, l’Executive Council de l’Assemblée Régionale s’est déjà engagé dans la mise à exécution de projets prévus dans le budget pour 2012, soit l’allocation des contrats pour la construction de 10 045m de Track Roads et de passages piétonniers, de même qu’une quinzaine d’autres projets concernant, entre autres, des jardins d’enfants, l’éclairage des routes, l’aménagement d’espaces verts ou encore celui d’abribus », s’insurge Serge Clair, sur la base de décisions entérinées lors de la réunion de l’Executive Council du vendredi 2 décembre.
« Ce que nous constatons à Rodrigues est extrêmement grave, et il est du devoir du gouvernement central de se pencher sur le problème autour de l’utilisation des fonds publics à des fins de politique partisane. L’assistance de l’État, l’allocation de logements et de matériaux de construction se décident actuellement en fonction de la couleur politique des pauvres et des plus vulnérables de la société à Rodrigues », soutient avec force le leader de l’OPR, qui accuse le ministre de Rodrigues, Nicolas Von Mally, et le PPS Christian Leopold, de vouloir usurper les pouvoirs de l’Executive Council de Rodrigues et de saborder l’autonomie.
L’OPR, dont les candidats désignés sont déjà sur le terrain depuis plusieurs mois, et dont le programme électoral a déjà été élaboré, affirme que le prochain gouvernement régional de l’OPR mettra l’accent sur la nécessité d’apporter des solutions à la pénurie d’eau dans une tentative de relancer la production agricole et l’élevage, aussi bien qu’au dossier de l’éducation.
« Une fois les résultats proclamés, nous nous mettrons à la tâche car nous constatons qu’il y a énormément de dégâts à réparer. Avec ce qui s’est passé sur le plan politique, Rodrigues a reculé de plusieurs années. Nous sommes conscients que le travail sera difficile. Nous sommes littéralement tombés dans un trou. Nous allons devoir initier des enquêtes et des audits dans différents domaines pour voir s’il n’y a pas lieu de soumettre des dossiers à l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) », ajoute Serge Clair, qui met actuellement la dernière main au coup d’envoi de la campagne pour les régionales.
Du côté du Front Patriotique Rodriguais (FPR) du Minority Leader Johnson Roussety, qui confirme une lutte à trois pour les prochaines élections régionales, l’on affiche le réalisme. « Nous allons être présents avec des candidats dans les six régions de Rodrigues. Nous sommes aussi conscients que nous n’avons pas les mêmes chances dans tous ces arrondissements. Mais le FPR détient une carte maîtresse pour la formation du prochain gouvernement régional, et nous allons jouer crânement notre chance », a déclaré à Week-End l’ancien chef-commissaire de Rodrigues.
Tout comme l’OPR, le FPR démarrera sa campagne dimanche prochain avec un premier rassemblement de ses partisans à Baie-aux-Huîtres, où ce parti avait arraché au MR de Nicolas Von Mally deux sièges lors des dernières élections partielles. « Nous sommes préparés à toute éventualité. Nos candidats sont prêts à relever le défi de ces régionales, et tout ce que nous pouvons souhaiter c’est que le Premier ministre épargne aux Rodriguais une campagne électorale en plein carême à partir du 22 février prochain », ajoute Johnson Roussety.
« Comment passer sous silence ce premier désaveu politique essuyé par le ministre de Rodrigues et leader du MR ? Nicolas Von Mally avait tout tenté pour obtenir un renvoi de ces élections régionales à Rodrigues. Avec la dissolution automatique intervenant au plus tard vendredi prochain, le Premier ministre lui administrera une gifle politique magistrale au visage, en attendant de voir l’électorat de Rodrigues passer à l’action », poursuit Johnson Roussety.
Au sein de l’état-major du Mouvement Rodriguais, l’on exerce la circonspection par rapport à la prochaine échéance électorale. « La dissolution de l’Assemblée Régionale n’est pas encore intervenue. Je ne peux me prononcer car on ne sait pas ce qui peut se passer », a répondu laconiquement à Week-End le leader du MR et ministre de Rodrigues, qui venait de rentrer dans l’île.
L’enjeu politique des prochaines élections régionales est de taille pour chacun des trois principaux partis politiques actifs sur le terrain. Le MR de Nicolas Von Mally tentera de rééditer l’exploit du 10 décembre 2006 en s’assurant une majorité au sein de l’Assemblée Régionale. Les dirigeants du MR savent que la situation sur le terrain a évolué dans le sillage du départ de Johnson Roussety, alors que la présence de deux membres du MR au sein du gouvernement central est présentée comme un avantage pour faire avancer la cause de Rodrigues.
D’autre part, l’OPR, qui s’est retrouvée en marge des instances régionales depuis la démission de ses membres de l’Assemblée Régionale, le 14 mars dernier, dans une vaine tentative d’arracher des élections anticipées, en a profité pour multiplier des initiatives sur le terrain. Le parti de Serge Clair a organisé une série de manifestations pour mobiliser ses partisans et rallier les indécis à sa cause, et se déclare satisfait de son poids électoral.
Le FPR, qui a tenu la dragée haute au MR lors des partielles à Baie-aux-Huîtres, compte mettre les bouchées doubles pour justifier sa réputation de trouble-fête politique et pour assurer son avenir en tant que parti, et également celui de son leader, Johnson Roussety.