La conférence de presse du Premier ministre samedi dernier, ainsi que la reprise des relations entre Pravind Jugnauth et Paul Bérenger, révèlent surtout un fait majeur : la cartellisation du système politique mauricien !
Navin Ramgoolam s’est étendu longuement sur les négociations
préélectorales qui ont cours entre les formations politiques
traditionnelles qui ont fini par monopoliser la scène politique locale. Il aura notamment révélé comment Paul Bérenger a tenté de ramener le moribond politique Pravind Jugnauth à la vie parlementaire et comment lui-même y est parvenu dans le cadre d’une partielle. Mieux encore, Navin Ramgoolam raconte comment il voulait associer le partenaire MSM au « projet de société » du Parti travailliste, alors que le partenaire convoité lui faisait part de son marchandage avec le MMM. Le leader du PTR, et celui du MMM, pensaient tellement de bien de leurs « projets de société » respectifs qu’ils consentaient tous deux au marivaudage envers un partenaire fort volage ! Sans avoir la science infuse en matière de partisanerie locale, avant même les élections, je prédisais sur les réseaux sociaux l’aboutissement du processus : « l’Alliance du Souvenir » et « l’Alliance Mal-au-Coeur » …
Pourtant, les récits et commentaires sur les contorsions des animateurs du folklore politique font place à divers étonnements et moult incompréhensions. A quoi s’intéressent les observateurs habituels ?
D’abord au récit de Ramgoolam qui se pare du statut de victime du “cocuage” que lui impose le MSM ; dont les dirigeants peu attentionnés ne l’informent pas de leurs déboires quant aux méthodes de l’Icac et de leurs décisions de démission collective et qui flirtent aujourd’hui ouvertement avec le MMM.
Ils s’intéressent aussi à la reprise des relations entre le MMM et le
MSM, au fait que Pravind Jugnauth précise qu’il n’en fut pas le
demandeur. On comprend donc que le fils du Président de la République se prêtait de bonne grâce à la confrontation avec celui-là même qui, tellement convaincu de la petitesse du cré… qu’il serait, s’est acharné à en convaincre toute la population. En dépit du proverbe « Qui se ressemble s’assemble », Paul Bérenger a bien trouvé quelques crédules pour reprendre son couplet… bien entendu, sans être mis à charge de démontrer sa propre stature à l’aune du créti… !
De toute évidence, la lecture des faits politiques selon les grilles
traditionnelles autorise que l’on reste au niveau de la phénoménologie et que l’on n’interroge pas ce recours au prétexte d’une « Réforme électorale » qui sous-tend en réalité les nouveaux pourparlers entre les responsables des trois principales entreprises électorales du pays. Navin Ramgoolam en a fait la démonstration samedi dernier : aucune différence idéologique ne distingue les entreprises politiques qui, entre elles, mettent au point les « deals » et autres arrangements assurant la présence – et même la reproduction dynastique – de leurs dirigeants au parlement.
La prétendue « Réforme électorale » consisterait alors à mettre au point un « New Deal » pour que les mêmes acteurs retrouvent leurs places dans un nouveau cadre de légitimation.
Ces arrangements électoraux ne datent pas d’hier. En France, une
association électorale permit aux radicaux et aux socialistes de gouverner de 1924 à 1926. Cette association est connue d’ailleurs comme « Le Cartel des Gauches ». N’ayons pas peur des mots, car c’est bien d’un CARTEL qu’il s’agit ici également. Le propre de cette formule consiste justement à remporter des élections en anéantissant la concurrence et l’opposition.
C’est ce déni de démocratie qui est tout simplement choquant et scandaleux. Et que cela ait perduré une quarantaine d’années, tout en maintenant une illusion de démocratie sous prétexte que les Mauriciens vont régulièrement aux urnes, est ce qu’il convient en réalité de nommer « Scandale du Siècle » !