La baleine échouée sur nos côtes a été larguée, dit-on, loin au large. Ceci après des désagréments et une puanteur du diable ! Le tout durant un temps suffisamment long pour démontrer la criante absence de nos moyens pour parvenir à dégager nos eaux des polluants hors normes. Il en a été de même pour le Cargo « Angel I » échoué au large du lagon de Poudre d’Or avec sa dangereuse charge de mazout en cale. Il a fallu un temps bien long, avec des hasardeux moyens mis en oeuvre, pour une opération de renflouement qui nécessite aujourd’hui d’autres moyens et des techniques dont nous ne disposons pas. Du moins pas encore !
L’escale maritime obligée que notre pays représente pour la navigation en mer dans cette région de l’océan Indien ne date pas d’aujourd’hui. Sauf qu’aujourd’hui le trafic maritime est devenu de plus en plus précaire, périlleux, avec ses potentiels risques de pollution d’envergure. Et ce par le type de produits transportés et le tonnage des paquebots qui mouillent dans nos eaux. Les menaces récentes, baleine ici, épave de navire-cargo là, font qu’une lecture de l’insuffisance de nos moyens pour sécuriser notre environnement marin crève les yeux.
Notre mer est très mal soignée. Les périls qui viennent d’elle pas assez évalués. Nos eaux échappent à d’adéquates mesures de protection. Celles en usage sont insignifiantes. Au lieu d’être surface d’agrément, notre mer est en passe de devenir lieu de tous les périls. La presse nationale a récemment fait sa une, tantôt des mortifères laffes-laboue, tantôt de poissons se raréfiant, ou encore de gros réaménagements industriels de nos contours côtiers et de notre écosystème marin, sans compter des plages polluées de la vidange des turbines des transporteurs marins divers.
Tous nos lagons mériteraient, en fait, pour leur texture et leur somptuosité le décret de parc marin patrimoine du monde ; à l’exemple de la Guadeloupe où les lagons sont en passe de l’être. On ne semble pas y croire à Maurice. Sinon comment expliquer un tel laxisme quant à une protection rationnelle de nos eaux et l’absence de moyens adéquats de dissuasion et de répression concernant les abus qui y ont cours.
Ailleurs la mer est nourricière de toutes ses populations riveraines. Ici la mer n’a pas le compte de traitement qui lui est dû. Notre industrie de pêche est encore une industrie-croupion. Nous vivons plus d’importation de produits pélagiques par défaut criant de moyens pour aller les chercher nous-mêmes dans nos fonds marins.
Les métiers de la mer sont nombreux. Et les défauts de formation nombreux aussi, hélas ! Avec pour résultat un créneau important de formation et de professionnalisation pas assez ouvert sur d’attrayantes carrières de la mer pour la main-d’oeuvre locale. Les techniques de pêche à la ligne, aux casiers, au filet, les petits cabotages de navigation touristique d’îlot à îlot, la lecture des marées, des étoiles, du vent, même de la fabrication de barques gagneraient à être les rudiments d’une « École des Métiers de la Mer » ou des « Métiers » tout court, de même mouture que « l’École Hôtelière » avec le succès qu’on reconnaît à celle-ci. On exporte aujourd’hui notre main-d’oeuvre hôtelière dans les pays étrangers et sur les bateaux de croisières ; pourquoi pas demain l’exportation de notre main-d’oeuvre maritime dans la marine marchande ou dans les multinationales de pêche hauturière. Une « École des Métiers de la Mer » aurait pour vocation d’intégrer tous ceux qui n’ont pas nécessairement réussi à satisfaire les canons académiques d’un ‘mainstream’scolaire étouffant, rendu encore plus oppressif, ces temps-ci pour le plus grand nombre.
La mer, cette mère nourricière est encore à trouver. Ce qui donne au titre du poème, de notre chantre du terroir Edouard Maunick, « Ki Koté La Mer ? », toute sa pertinence.