Le processus Maurice Iles Durables (MID), enclenché depuis 2 ans, attend encore d’aller de l’avant. Normalement, à la suite des recommandations élaborées par les 24 ateliers MID qui se sont tenus entre le 14 juin et le 29 juillet 2011, des consultants devraient être à ce jour en train d’élaborer la stratégie et le plan d’action pour Maurice Iles Durables. L’objectif du calendrier était de soumettre cette stratégie au cabinet en novembre afin d’en permettre la mise en oeuvre dès mars 2012. Or, à ce jour, les consultants n’ont pas encore été recrutés. En tout cas, les participants aux ateliers n’ont reçu aucune communication officielle ni quant à leur recrutement, ni quant à un réaménagement du calendrier.
En attendant, des choses se passent, des décisions sont prises qui vont parfois dans le sens contraire du développement durable ou des recommandations des ateliers de travail qui ont réuni environ 300 personnes venant de la société civile et de diverses institutions publiques et privées. Ou alors des décisions qui devraient être prises rapidement (et soulignées dans les rapports) sont encore remises à plus tard à cause du retard que nous prenons dans le calendrier MID. En matière d’écologie et de développement durable, le pays avance encore selon une approche « piece-meal » et d’une manière parfois peu cohérente. Il semblerait que les responsables de ministères ne soient pas tous au courant des recommandations des rapports MID.
Pris parmi les principales préoccupations de la population, trois exemples illustrent cet état des choses.
Gestion des déchets solides
Le Green Paper soumis en avril 2011 et le rapport de l’Atelier 3 du processus MID (atelier qui traitait des questions de pollution) en font tous deux état : la population souhaite voir être mise en place une politique de gestion des déchets selon le principe des 3R (Réduire, Réutiliser, Recycler). Le ministère des Administrations régionales dit préparer depuis quelques mois un Waste Management Plan qui devrait être, selon la logique MID, un plan intégré.
Or une 7e cellule est annoncée au centre d’enfouissement de Mare Chicose pour recevoir des déchets de toute catégorie. Pourtant, depuis janvier 2011, il y a eu des réponses qui ont été soumises à l’appel à l’expression d’intérêt (Expression of Interest) pour la construction d’une 2e et 3e unité de compostage (dans le Nord et le Sud) pour un total de 120 000 tonnes de déchets. Le ministère a même annoncé récemment que ce serait grâce à ces unités de compostage et aux économies qu’ils permettront de réaliser sur les frais de décharge que le projet de réforme des collectivités locales pourrait aller de l’avant. Alors pourquoi dépenser de l’argent dans la construction d’une nouvelle cellule d’enfouissement à Mare Chicose ? Et surtout, à quand une véritable politique de gestion des déchets ménagers selon le principe des 3R ? La volonté pour la définir et la mettre en place existe-elle réellement ? Jusqu’à preuve du contraire, nous pensons que non.
Energie
D’ici la fin de 2011, une décision devra être prise au sujet de la fourniture d’électricité en prévision de la demande post-2014. A part l’annonce d’une possibilité d’utilisation de gaz naturel liquide pour la production électrique, il ne semble pas avoir d’autre option envisagée. Le rapport de l’atelier Energie fait quelques recommandations pour la fourniture d’énergie électrique, dont celle d’une production à partir de déchets verts ménagers qui constituent un gisement de méthane. Le procédé de méthanisation offre en plus l’avantage de laisser derrière lui un résidu semi-solide transformable en compost pour l’agriculture. Comme on le voit, en adoptant une approche holistique intégrée il est possible de trouver des débuts de réponses à des défis que posent deux, voire même trois secteurs.
La question énergétique ne concerne pas que l’électricité. La moitié des importations de produits énergétiques est destinée au transport. La nécessité de mettre en place un système de transport public (mass public transport) d’ici à 2020 est une autre des recommandations de l’atelier Energie. Où en est ce projet maintes fois annoncé ? Où en est-on avec les essais sur l’éthanol E10 ?
Plan d’aménagement cohérent et durable
Au regard de tous les projets immobiliers achevés ou en cours, on est en droit de se demander où est le « durable » dans le type de développement économique en cours. Avec des hectares de terres sous cannes qui disparaissent ou sont menacés de disparaître bientôt sous des ares de béton et de parkings, nous restera-t-il suffisamment de cannes pour honorer nos promesses de production énergétique à partir de la bagasse ? Les kilomètres de routes additionnels où rouleront davantage de véhicules carburant à l’essence et au diesel sont-ils la voie vers une réduction de notre dépendance sur les énergies fossiles ? Où produirons-nous les aliments qui viendront bientôt – ne nous en leurrons pas – à manquer ? Autant de problèmes qui demandent une attention urgente et cohérente.
De nombreuses autres recommandations des ateliers MID, dont certaines ont été faites dans plus d’un atelier, pourraient être mentionnées, telles l’introduction d’un « sustainability indicator » et du Strategic Environment Assessment (SEA) pour les programmes et projets, l’implication de la société civile dans la prise de décision, l’élaboration d’un véritable plan d’éradication de la pauvreté.
A travers les consultations nationales qui ont abouti au Green Paper et aux rapports des ateliers MID, la population a fait part de sa vision du projet de société qu’est le MID. Elle est en droit d’espérer que les politiques, de quel bord qu’ils soient, en tiendront compte et que ce projet recevra d’eux tous, toute la considération voulue. Et que la crise économique ne servira pas de prétexte à des décisions de courte vue.