Quittant l’Ecosse, retour sur l’Angleterre en passant par le parc national de Northumberland où, arrivé à Heddon, le mur d’Hadrien nargue une nouvelle fois les passants. On passe la rivière Tyne (128 kms de long, cette rivière du nord de l’Angleterre prend sa source dans les monts Cheviot, près de la frontière écossaise et est formée par la réunion, près d’Hexhan, de la Tyne du Nord et de la Tyne du Sud) à Newcastle pour rallier York pour une visite guidée qui mène en pleine ère du gothique.
En effet, sa cathédrale, le York Minster, dédiée à Saint Pierre, l’une des plus vastes de l’Angleterre, a été édifiée de 1220 à 1472 en gothique primitive (visible dans les transepts nord et sud), décorée (que l’on décèle dans l’immense nef et dans la salle capitulaire) et perpendiculaire (le choeur et l’extrémité orientale), qui sont les trois étapes successives du gothique en Angleterre. La cathédrale est dotée d’une magnifique façade gothique anglaise du 14e siècle, et des vitraux des 14e et 15e siècles uniques dans le pays. C’est pas pour rien qu’elle se classe parmi les plus grandes du genre en Europe du Nord à côté de la cathédrale de Cologne.
C’est sur l’emplacement qu’occupe la cathédrale qu’a été érigée une structure en bois pour le baptême d’Edwin, roi de la Northumbrie, le jour de pâques en 627. York, en tant que métropole de la Northumbrie, a assuré la propagation de la civilisation chrétienne par un rayonnement culturel et religieux vigoureux. Aujourd’hui, le York Minster est le siège de l’archevêque d’York, deuxième dans la hiérarchie de l’Eglise d’Angleterre, et est la cathédrale du diocèse d’York.
Coventry: lieux de mémoire pour Lady Godiva et le blitz de novembre 1940
Escale pour la nuit à Leeds avant de traverser le coeur du royaume pour arriver à Coventry et se recueillir devant deux lieux de mémoire si chers aux Anglais – la statue de Lady Godiva et les deux cathédrales de la Sainte Trinité s’élevant l’une à côté de l’autre, l’une endommagée le 14 novembre 1940 par de terrible bombardements, les coventrysations, par la Luftwaffe allemande, et l’autre construite pour remplacer celle qui a été détruite. Les ruines de la cathédrale (il n’en reste que le mur externe et la tour), selon les dires du doyen de la cathédrale “remain an intensely powerful place of pilgrimage and have been designated a memorial to civilians worldwide who have been killed, injured or traumatized by war and violent conflict.” Il faut dire qu’aussitôt après l’attaque éclair du 14 novembre 1940, un évêque de la cathédrale a créé la Croix des clous en réunissant deux faisceaux de bois, faisant un symbole de paix et de réconciliation à travers le monde. Dans les années 1970, une Community of the Cross of the Nails(CCN) s’est développée et oeuvre en faveur de la réconciliation. Il existe des Centres de Croix de Clous partout dans le monde, y compris à la Coventry Blue Coat Church.
D’autre part, Basil Spence, l’un de ceux qui ont travaillé sur la reconstruction de la cathédrale, avait insisté sur le fait qu’au lieu de reconstruire l’ancienne cathédrale celle-ci devait être conservée en ruines comme comme jardin du souvenir. La nouvelle cathédrale devait être construite tout contre l’ancienne, pour ne plus former qu’un seul ensemble. La première pierre de la nouvelle cathédrale a été posée le 23 mars 1956 par la reine Elizabeth II. Elle a été consacrée le 25 mai 1962, le même jour que la nouvelle église Kaiser-Wilhelm-Gedachtniskirche. Le War Requiem de Benjamin Britten, composé pour l’occasion y a été joué pour la première fois pour marquer sa consécration. Comme sa contrepartie allemande à Berlin, la conception moderne de la cathédrale de Coventry a suscité beaucoup de polémiques, mais lors de son ouverture au public elle est devenue rapidement un important symbole de la réconciliation dans l’Angleterre d’après-guerre.
Sur fond de la légende de la belle Dame Godiva
Selon les annales, c’est Dame Godiva et son époux le comte Leofric qui ont fourni les fonds pour la construction de la cathédrale originale en octobre 1043. Ce sont des moines bénédictins qui en ont supervisé les travaux. Le récit de Lady Godiva elle-même est poignant. Elle aurait vainement demandé au comte Leofric d’alléger les impôts qui écrasaient la population de Coventry. Le comte Leofric n’accepta qu’à la condition étrange que son épouse traversât la ville entièrement nue. Ce qu’elle fit à cheval, sauvegardant peut-être la décence grâce à sa longue chevelure.  Ce récit de Roger de Wendower, chroniqueur anglais du 13e siècle, est resté célèbre dans les pays de culture anglaise. Dans l’original en latin, ‘Rogeri de Wendover chronic sive Flores Historiarum, la conversation entre les deux conjoints se traduit comme suit:
–  Montez votre cheval et allez nue, devant toute la population, à travers le marché de la ville, vous le parcourrez d’un bout à l’autre et à votre retour vous obtiendrez ce que vous demandez.
–    Mais me donnerez-vous la permission, si je suis disposée à le faire?
–  Je suis d’accord.
Une des variantes de la légende veut que les habitants de Coventry pour montrer leur reconnaissance envers Dame Godiva, se soient tous enfermés chez eux pendant son passage. Seul un curieux, nommé Tom, aurait osé enfreindre la consigne et aurait jeté un coup d’oeil à la dérobée, mais fut frappé d’aveuglement sur le champ. C’est de là que vient l’expression anglaise “Peeping Tom”, très souvent remplacée dans la langue actuelle par le français “voyeur”.
Une procession en hommage à Godiva, partie intégrante de la foire de Coventry depuis mai 1678, interrompue pendant une certaine période, continue encore aujourd’hui. Les participantes (seules des femmes y participent) s’habillent en costumes du XIe siècle et défilent à partir des ruines de l’ancienne cathédrale et emprunte l’itinéraire suivi autrefois par la courageuse Dame, et passe immanquablement près de son monument. On joue des musiques d’époque et divers concours sont organisés, dont le plus populaire celui de la meilleure Lady Godiva. La seule condition pour y participer est d’avoir des cheveux longs et dorés.
Aux lieux de naissance d’Anne Hathaway et de William Shakespeare
En route pour Strafford-upon-Avon où est né William Shakespeare. On s’émerveille, le temps d’une halte, devant le “picturesque half-timbered Elizabethan farmhouse with a thatched roof” d’Anne Hathaway, l’épouse de Shakespeare. En fait, il s’agit de la maison restaurée après qu’un incendie criminel l’a endommagé en 1969. Le lieu renferme le mobilier d’origine des Hathaway ainsi que diverses reliques dont un magnifique bois de lit élizabéthain. La maison elle-même contient pas moins de 12 chambres dont plusieurs chambres à coucher, l’ensemble entouré d’immenses jardins.
L’histoire raconte qu’à la mort du père d’Anne, c’est le frère de cette dernière, Bartholomew, qui en devint le propriétaire. La succession est restée dans la famille jusqu’à 1846, quand des difficultés financières obligèrent les héritiers à la vendre. Aujourd’hui, elle appartient à la Fondation pour le lieu de naissance de William Shakespeare, qui l’a transformée en musée ouvert au public. Cette fondation qui date de 1847 est une institution indépendante à but pédagogique installée à Stattford-upon-Avon où nous nous rendons pour une tournée du lieu de naissance de William Shakespeare, le poète et dramaturge dont le nom vient le premier à l’esprit (pourtant, il fait dire à une de ses créations, “What’s in a name?”) lorsque l’on évoque la littérature anglaise qui, malgré et au-delà de la machinerie coloniale et impériale britannique, a fait et fait les délices des générations de Mauriciens!
Que dire de cette conférence d’une semaine, du 21 au 27 avril de l’année prochaine, qu’organise la Société française Shakespeare pour coïncider avec le 450e anniversaire de naissance de Shakespeare? En Angleterre, on n’est pas en reste pour perpétuer la mémoire de Shakespeare. The Daily Telegraphrappelle que l’année dernière “Shakespeare’s 448th birthday was marked with the annual panoply of a mayoral procession through Stratford-upon-Avon, and earlier the World Shakespeare Festival was launched as part of the Cultural Olympiad, with the BBC and British Museum getting in on the act, too.”L’animateur de la page ‘Arts’ du The Daily Telegraph, Rupert Christiansen, évoquant la prise en charge de la RSC (Royal Shakespeare Company) par Greg Doran, fait sans doute dans l’ironie lorsqu’il écrit que l’installation de ce dernier arrive “just in time , perhaps, to programme Every Word that Shakespeare ever Wrote for 2014, the 450th anniversary of his birth, and then for 2016, the 400th anniversary of his death, Shakespeare from Cradle to Grave.”
Ruupert  Christiansen pousse le bouchon plus loin en postulant qu’en “2023, the quartercentenary of the First Folio might be marked by ba company of actors giving the first-ever performance of all 37 plays on the moon, sponsored by Virgin Outer Space.” C’est dire que même en ce troisième millénaire William Shakespeare continue à faire la une du monde littéraire. Mais laissons de côté l’ironie pour concéder, avec Rupert Christiansen, que “a little break from the current relentless flood of Bardolatry would bring us to a wiser appreciation of our greatest poet and dramatist, who, as Jonson wrote, is a monument without a tomb – and in no need of this endless futile tarantara.”