Suite à la fermeture du Foyer Namasté, les enfants ont été transférés dans plusieurs centres à travers l’île. Parmi, il y en avait trois qui étaient suivis par les professionnels du Centre Open Mind et qui avaient commencé un processus de dénonciation sur de possibles abus dont ils auraient été victimes. Suite à des démarches entreprises par la direction d’Open Mind auprès de l’Ombudsperson for Children, les trois enfants ont recommencé à suivre leur thérapie hier. Damien Fabre, neuropsychologue à Open Mind, nous explique l’importance de cette thérapie pour ces enfants.
Open Mind travaille avec des enfants qui étaient placés dans le Foyer Namasté depuis plusieurs mois. Et depuis quelque temps ces enfants ont commencé à parler…
Il y a en effet d’autres enfants venant du Foyer Namasté qui participent à nos thérapies. Depuis quelques temps, ils ont commencé à verbaliser pour évoquer des maltraitances physiques, voire des abus sexuels. Mais la grande difficulté qu’on a avec ces enfants est qu’ils souffrent de pathologies, en l’occurrence de retards mentaux assez lourds. Donc, ils n’ont aucune possibilité de donner des dates et la consistance de leur discours n’est pas évidente parce qu’ils mélangent plein de sentiments. Il faut bien comprendre que le foyer était pour eux un bon endroit par rapport à celui où ils étaient avant. Au foyer, ils avaient un toit, de la nourriture, des gens qui s’occupaient d’eux. Les gens qui les entouraient représentaient les figures maternelle et paternelle, la famille qu’ils n’avaient pas eue. Déjà, dire du mal des membres de cette « famille » est quelque chose de très difficile pour ces enfants. En plus, ils n’ont pas forcément la capacité de dissocier ce qui est bien de ce qui ne l’est pas. C’est pour cette raison que le travail thérapeutique mis en place est long et important. Il faut que ce travail continue pour qu’on puisse savoir, à travers la parole, les dessins et les autres moyens d’expression mis en place, ce qui s’est passé.
Votre responsabilité est de faire sortir la parole de l’enfant pour qu’elle soit entendue. Quelle est la crédibilité qu’on peut accorder à cette parole ?
Elle est importante parce que l’enfant a verbalisé. Cette parole est crédible parce que les enfants montrent ceux qu’ils considèrent comme sa famille, ceux qui représentent quelque chose de bien pour eux. C’est leur socle qu’ils sont en train de détruire inconsciemment. C’est un sentiment très fort qui est en train de remonter à la surface. Ces enfants n’ont pas la capacité de mentir pour faire du mal. Ils n’ont pas la construction de l’esprit voulue pour faire cela. Ils ne savent pas inventer. L’un d’entre eux a montré les parties de son corps qui avaient été touchées. Il l’a répété plusieurs fois en dessinant et il faut que le travail continue.
Ces enfants participent aux activités d’Open Mind depuis deux ans et vous vous en occupez depuis un an. Comment en êtes-vous arrivé à la question d’abus ?
Il y a eu des antécédents concernant le foyer. Notre travail consiste aussi à faire attention au bien-être psychologique de l’enfant. Pour cela, nous faisons en sorte qu’il ne se passe rien de problématique. Nous avons essayé de savoir et de comprendre à travers la parole, le dessin l’art thérapie et d’autres techniques que la parole parce que, je le répète, ces enfants ont beaucoup de difficultés à verbaliser. C’est un long travail pour leur apprendre à prendre conscience de ce qui s’est passé, de ce qu’ils ont pu vivre. C’est comme ça que nous nous sommes rendus compte qu’il s’était passé quelque chose.
Est-ce que vous êtes arrivés loin dans ce travail ?
Oui, parce qu’ils ont commencé à dénoncer. Il faut continuer pour qu’ils puissent arriver à dire où, dans quel cadre et avec qui les choses se sont passées. Toutes ces informations nous permettront de mieux comprendre la situation.
Étant handicapés, ces enfants ne pourront jamais aller à la police faire une dénonciation. À quoi va servir le travail que vous êtes en train d’effectuer ?
Il faut que les enfants puissent, en verbalisant, se débarrasser du poids qui les oppresse. Il faut qu’ils se libèrent de ce poids qui est énorme. Mais si les enfants ne peuvent pas dire, nous nous pouvons porter leur parole, les accompagner, nous porter garants de leurs paroles. Ce qui est important, c’est que l’enfant a dit certaines choses et il faut aller de l’avant, sinon, il n’aura plus confiance dans l’adulte qui le suit, il se sentira trahi. Il faut accorder du crédit à la parole de l’enfant, surtout un enfant handicapé, donc encore plus désarmé que les autres.