Le psychologue français Damien Fabre vient de quitter Maurice après un séjour professionnel de presque deux ans. Au cours des deux années passées ici, il a beaucoup travaillé avec les ONG, plus particulièrement avec SOS Children’s Village, OpenMind et le Foyer Namasté. À la veille de son départ, il a accepté de faire un bilan de son expérience mauricienne. Sans langue de bois.
Quelle est l’image retenue de ce séjour à Maurice ?
Ce ne serait pas une image fixe mais les témoignages des gens. En arrivant à Maurice, j’étais un tout jeune diplômé et j’étais parti pour aider le plus possible les personnes qui en avaient besoin.
N’est-ce pas la définition même du travail du psychologue ?
Oui, mais je voulais dire : aider le maximum de gens, dans le sens où je n’étais pas venu à Maurice pour m’enrichir.
Ce qui sous-entend qu’on peut s’enrichir en pratiquant le métier de psychologue ?
Oui. La psychologie est un des métiers qui permet de gagner très correctement sa vie, dépendant de la voie qu’on choisit. C’est vrai que pendant mon séjour ici, au cours duquel j’ai essayé d’aider le plus possible les gens à travers toutes les ONG avec lesquelles j’ai travaillé, j’ai reçu des témoignages d’enfants, de parents qui m’ont prouvé que j’avais fait le bon choix. Et que même si cela a été une expérience extrêmement difficile d’un point de vue personnel, cela été une énorme satisfaction d’un point de vue humain et professionnel. Je ne m’attendais pas du tout à être capable d’aider toutes ces personnes. Mon séjour ici m’a permis de vivre une expérience que je n’aurais jamais pu avoir acquise ailleurs.
Les personnes ayant des problèmes psychologiques ne souffrent-elles pas des mêmes symptômes quels que soient les pays où ils vivent ?
À la base, ce sont les mêmes pathologies. Les schizophrènes vont être schizophréniques ici et ailleurs. La seule chose qui change, et c’est une des plus importantes quand on prend en charge quelqu’un, c’est son environnement et son background, qui sont totalement différents. Parce que la conception de la maladie n’est pas la même dans tous les pays. À Maurice, on n’a pas accès aux informations sur la maladie dont disposent les habitants des pays européens. Dans ces pays, quand les parents reçoivent le diagnostic d’un de leurs enfants, ils ont la possibilité, que ce soit à travers les médecins, la presse, internet ou les brochures des diverses associations, d’arriver à prendre conscience de ce dont souffrent leurs enfants et de ce que l’on doit faire pour les soigner. J’ai vu à Maurice plein de parents qui ont reçu le diagnostic depuis plusieurs années, mais qui n’avaient pu rien faire. Ils travaillent, il n’existe pas de structures pour s’occuper de leurs enfants, donc ils les laissent à la maison et se disent, sont obligés de se dire : « Advienne que pourra. »
Donc, la méconnaissance par rapport à la maladie est motivée par les différences de condition de vie…
… Oui. C’est une méconnaissance provoquée par le manque de temps, mais aussi le manque de force pour prendre en charge les enfants. C’est extrêmement compliqué de prendre en charge un enfant ou une personne âgée psychologiquement malade. Il y a déjà tout le côté affectif qui entre en jeu et, en même temps, il faut gagner sa vie et celle de la famille. Le choix est souvent difficile. Il y en a, beaucoup, qui font le choix de faire un des deux parents rester à la maison tandis que l’autre travaille. Mais cela a un impact sur leur qualité de vie et sur la prise en charge nécessaire.
N’y a-t-il pas dans la méconnaissance de la maladie un important élément de peur ?
On ne devrait pas, parce qu’aujourd’hui on sait d’où proviennent la majorité des pathologies. Mais à Maurice, il y a encore beaucoup de croyances selon lesquelles être atteint d’une pathologie relève d’une malédiction d’origine religieuse, spirituelle. À Maurice, on met beaucoup de choses derrière les maladies, et j’ai même vu des voisins qui ne voulaient plus être en contact, non seulement avec la personne malade, mais également avec leurs parents, avec qui ils avaient de très bonnes relations auparavant. Ce comportement a des effets négatifs pour le malade et les parents. Quelque part, on laisse entendre à la personne souffrante que c’est peut être ce qu’elle a pu faire avant qui l’a rendue malade. Tous ces sentiments font qu’en plus d’être malade, l’enfant, l’adulte, se sent encore plus coupable de son état. J’ai essayé de faire passer ce message : la maladie est une chose organique, et pas mystique. Ceci étant, au fil de ma pratique, je me suis rendu compte du fait que les croyances, la prière, pouvaient aider : c’est un fait. Même si on n’est pas croyant, on est obligé de reconnaître que les croyances, la prière, donnent une force supplémentaire qui est parfois salutaire. Mais il faut faire attention et se dire que le religieux ne remplace pas la médecine, la psychologie : ce sont deux choses différentes qui peuvent être complémentaires. Mais on ne devrait pas privilégier que la religion, que le spirituel, pour venir en aide aux malades. Ils ont besoin d’une prise en charge globale faite par des professionnels. Il ne faut pas oublier une chose essentielle : ce sont d’abord les malades qui souffrent et qui doivent être aidés de façon médicale.
Peut-on dire que la psychologie se porte bien à Maurice ?
Oui et non. Oui, parce qu’on a réussi à mettre en place un réseau de professionnels en psychologie avec une base établie au niveau des diplômes et de l’expérience. Ce sont des gens qui ont fait des études, ont obtenu leurs diplômes et peuvent se faire appeler psychologues. Ils y ont droit. Je réponds non à la question parce que je me suis rendu compte de l’existence de beaucoup de gens qui se disent psychologues, et dont la pratique est douteuse d’un point de vue éthique.
Un exemple précis ?
Un enfant qui a des troubles du comportement et de l’apprentissage à l’école est venu me voir avec sa maman. Il était allé voir un psychologue qui, au cours de la séance, lui aurait dit : « Si tu es sage, je t’emmènerai à la plage. » Un psy n’est pas un éducateur, il ne doit pas mélanger les genres. Il ne doit pas mélanger tout ce qui est affectif avec les patients, même si cela s’avère très difficile. Ce qui, par rapport à la France, explique que les gens sont en demande et veulent que leurs problèmes soient réglés rapidement. Parce qu’ils n’ont pas forcément le temps de faire une psychothérapie sur le long terme et, surtout, qu’ils n’en ont pas les moyens. Ils vont être tout de suite dans la demande, vont tout verbaliser rapidement. C’est vrai qu’on peut tomber dans l’affect avec eux, parce qu’ils sont énormément en demande et prennent beaucoup sur le professionnel qu’ils vont voir. Il faut faire attention : un psy n’est pas quelqu’un qui va emmener un de ses patients à la plage, surtout un enfant. Un vrai psy ne peut pas venir frapper à la porte d’une classe et dire à un élève devant toute la classe : « Viens, on va aller faire ta séance de psychologie. » Ce n’est pas possible.
Tous ces psychologues aux diplômes et à l’expérience reconnus ont un autre comportement que les autres ?
Sans aucun doute. La société des professionnels en psychologie « apporte » quelque chose de plus. Avec eux, on sait où on va.
Les membres de cette association sont-ils meilleurs psychologues que les autres ?
Non, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire. Mais le public sait quelle formation ils ont, et quels diplômes ils détiennent…
… Mais le fait d’avoir suivi une formation et obtenu un diplôme ne signifie pas que l’on soit plus compétent et meilleur que les autres…
… Bien sûr, mais il y a au moins quelques gardes-fous et un code d’éthique qui est respecté.
Ce souci de se regrouper en association ne peut-il pas être interprété comme un moyen de faire de la publicité, d’avoir – excusez mon langage commercial – une plus grosse part du marché existant ?
Pas du tout. L’association a besoin de savoir comment fonctionne l’homme ou la femme avant le psychologue, de connaître la personne avec qui ses membres vont être amenés à travailler. À travers cette association, on voit les gens, on sait avec qui on va travailler, on sait à qui on va pouvoir référer un patient en cas de besoin. En ce qui me concerne, je suis plus rassuré de référer mes patients à des professionnels en qui j’ai entière confiance. L’association ne défend pas que ses membres mais aussi les membres du public. Pour revenir à la notion de « meilleur », c’est quelque chose de très personnel. Quand on va voir un psychologue, il peut arriver, pour diverses raisons, que la relation thérapeutique ne fonctionne pas, parce que le psychologue ne correspond pas au patient, qui ne sent pas pleinement confiant. Le problème, c’est qu’il n’existe pas d’organisme pour se pencher sur le secteur de la psychologie à Maurice, émettre des règles et les faire respecter.
Quelle est votre réaction quand vous entendez à la radio une annonce, quasiment une publicité, disant que l’association des psychologues s’adresse aux victimes des inondations et aux parents de l’accident de Sorèze pour leur proposer trois premières consultations gratuites ?
Je pense que, sur le principe, c’est une bonne chose. C’est une offre pour un service que ces personnes ne sont pas en mesure d’avoir et qui pourraient, à défaut, aller dans des endroits quoi vont leur faire plus de mal que de bien.
Peut-on soigner des problèmes aussi sérieux que ceux mentionnés en seulement trois séances ?
On peut penser qu’au bout de trois séances, les personnes concernées n’auront pas réglé la problématique et qu’il faudra d’autres séances pour compléter le traitement…
… Par des séances qui seront, elles, payantes…
… J’espère que mes collègues ont prévu la suite. Effectivement, commencer un traitement et ne pas le terminer à cause d’un problème financier serait quelque chose de pas éthique. Ceci étant, je souligne une fois encore que l’initiative est bonne – la forme, peut-être moins – et que ces personnes ont besoin d’aide, pas seulement de chèques, qui sont très importants. Mais ça ne suffit pas. Il y a le problème humain, le problème moral, le fait, pour les victimes des inondations, d’avoir à revenir vivre dans leurs maisons. Quand on sait que des gens qui ont été cambriolés ont peur de rentrer dans leur maison, imaginez la détresse de personnes qui ont vécu une inondation ou ont des parents qui sont morts dans un accident ! Le traumatisme peut être grave. L’initiative est bonne, et j’espère que le travail pourra se faire au-delà des trois premières séances.
Qu’est-ce qui vous a le plus choqué durant votre séjour à Maurice ?
L’école. Le système éducatif, la manière dont sont traités les enfants. En une année à OpenMind, j’ai du voir 200 enfants mis de côté – pour ne pas dire rejetés – par le système, tout simplement parce qu’ils sont différents des autres, ne rentrent pas dans le moule. C’est pour moi incompréhensible, inhumain et irresponsable sur un plan éthique, parce que ces enfants-là n’ont rien demandé, ne sont responsables de rien du tout. S’ils souffrent d’hyperactivité, de troubles du développement ou de pathologies encore plus graves, ce n’est pas de leur faute. Il faut prendre en compte ces enfants.
Trouvez-vous que la société mauricienne ne s’occupe pas assez de ces enfants-là ?
La société mauricienne s’en occupe, puisque le nombre élevé d’ONG qui le font le prouve…
… Si l’État faisait son travail, on n’aurait pas besoin de ces ONG…
… Effectivement, si l’État avait pour priorité l’éducation ou la gestion des enfants différents, on n’aurait pas besoin de toutes ces ONG, c’est sûr. Le fait qu’il y ait autant d’ONG prouve que la société mauricienne est loin d’être indifférente à ce problème. Quand je parle de l’école, je pense en particulier aux commentaires dits et écrits des instituteurs sur ces enfants différents : « fainéant », « incapable », « ne va rien faire de sa vie », etc. Alors que ces enfants sont âgés de dix, onze ans. Comment peut-on faire grandir ces enfants, les faire se développer correctement, leur donner toutes les chances pour qu’ils puissent s’épanouir personnellement et scolairement, si, dès le départ, on leur dit qu’ils ne pourront rien faire de bon plus tard ? On en fait des enfants démoralisés, qui pensent qu’ils ne sont capables de rien, ne sont pas normaux. Le problème est que les parents n’ont pas tous la possibilité, la capacité, de prendre du recul face à cette situation, dans la mesure où le système scolaire mauricien dit que l’enfant doit être le meilleur et le plus fort pour entrer dans une bonne école et puis un bon collège. Il faut que l’enfant réussisse, sinon il va se retrouver dans une moins bonne école/collège où sont regroupés tous les cas difficiles, ne va pas réussir, n’aura pas un bon travail et va rater sa vie. À dix ans, des parents reprochent à leur enfant de ne pas savoir ce qu’il va faire plus tard. À dix ans, l’enfant a besoin d’apprendre mais aussi de s’amuser, de s’épanouir et qu’il n’ait aucun retard. Il faut que les parents comprennent que l’important, c’est que l’enfant puisse s’épanouir, au lieu de n’être qu’un petit champion, fort scolairement mais dénué de toute capacité humaine.
En France, les enfants hyperactifs ou pas assez actifs ne sont-il pas catalogués ou mis de côté ?
Très honnêtement, non. Parce qu’il y a des formations pour les enseignants et pour les membres des conseils de parents d’élèves qui font la différence. Bien sûr, tout n’est pas rose en France pour les enfants différents, mais la capacité de la prise en charge existe. Il y a des établissements spécialisés pour cela. En France, un enfant différent n’est pas autant marginalisé qu’à Maurice. Ici, tout ce qui sort de la norme n’est pas bon, voire dangereux. Qu’est-ce que la norme ? Un seuil fixé par des personnes. Donc on peut la changer, la modifier. Il faut que ces enfants-là – et il y en a de plus en plus mis de côté – puissent grandir dans de bonnes conditions et soient admis dans la société. Si on continue à mettre de côté ces enfants, je crains qu’un jour il y ait quelque chose de grave qui se passe.
Vous disiez que ces enfants sont de plus en plus nombreux ?
Forcément, puisqu’il est de plus en plus difficile d’accéder à ce que l’on appelle « la norme ». C’est-à-dire : être fort dès le début. C’est-à-dire : prendre de multiples leçons avant et après les heures de classe. On fait des enfants peut-être forts sur le plan scolaire, mais le scolaire n’est pas l’humain. Ce n’est pas parce qu’on est bon en maths et en anglais, qu’on collectionne les bons bulletins scolaires, qu’on va être forcément heureux dans la vie. C’est durant cette période d’adolescence qu’on se construit. On ne se développe pas à trente ans, quand on aura eu un bon travail.
Avez-vous le sentiment que les Mauriciens ont peur de ceux qui ont des problèmes psychologiques ?
Non. D’après ce que l’on m’a raconté, les choses se sont beaucoup améliorées et les mentalités ont grandement évolué. On dit plus volontiers, trop même parfois, que son enfant a des problèmes et doit aller consulter. C’est de plus en plus accepté parce que, paradoxalement, les parents se disent : « Il faut régler les problèmes de mon enfant afin qu’il soit fort à l’école et puisse rentrer dans le moule. » Mais cela coûte cher et c’est le principal frein à la prise en charge de tous les problèmes de l’enfant. Il faudrait que l’État intervienne pour mettre un service psychologique plus important à la disposition des parents.
Qu’est-ce qui vous a stimulé pendant votre séjour à Maurice ?
Comment essayer de rendre accessible mon travail aux Mauriciens. Mettre au service du plus grand nombre mon expérience à travers la radio et les journaux. Il y a également le fait d’avoir travaillé avec les ONG où les gens attendent beaucoup plus du psychologue que dans un cabinet. Il y a dans les ONG un temps de partage où l’on peut aider, j’ai envie de dire « plus globalement », la personne. Et puis, il ne fait pas oublier que je ne suis pas Mauricien et que j’ai donc un regard différent, neuf sur la société mauricienne. De plus, en travaillant dans une ONG on voit les patients au quotidien, et pas uniquement une fois par semaine dans le cadre d’une consultation, il se crée un lien qui me permet de mieux les connaître, de faire un travail plus efficace et qui leur permet de se sentir plus à l’aise avec moi.
Au cours de ce séjour professionnel, vous avez vécu deux grosses expériences : OpenMind et l’affaire Namasté. On peut dire le meilleur et le pire de l’expérience des ONG mauriciennes ?
Je ne connais pas toutes les ONG. Mais par rapport au travail qu’elle fait et à l’équipe qui y travaille, il y a quelque chose d’extrêmement positif qui est en train de se faire à OpenMind. Il y a surtout une dynamique qui s’est installée depuis deux ans dans cette ONG qui essaie de faire bouger les choses. Trop rapidement pour certains, pas assez pour d’autres. Mais les projets avancent avec une vision et pas seulement pour répondre à une demande immédiate. OpenMind est une ONG solide, professionnelle. Le Foyer Namasté n’est pas la pire des ONG. Je refuse de mettre tous les professionnels ayant travaillé dans cette ONG dans le même sac. Les enfants étaient bien pris en charge par le personnel. Ils l’ont dit dans leurs témoignages. Cette situation ne pouvait plus durer, et il fallait faire quelque chose. Est-ce que ce qui a été fait était la bonne solution ?
Cette affaire ne va-t-elle pas jeter le discrédit sur les ONG, leurs animateurs, leurs volontaires ?
Cela aurait été le cas si la société mauricienne n’avait pas autant besoin des ONG. Cette affaire aurait pu jeter le discrédit sur les foyers et, quelque part, j’ai envie de dire : tant mieux. Parce que cette affaire permet de poser les questions suivantes. Qui surveille ces foyers ? Qui est responsables de veiller à ce que ces enfants soient correctement traités, le jour comme la nuit ? J’espère que cette affaire va faire bouger les choses et pousser à créer une autorité compétente qui, avant de permettre l’ouverture d’un foyer, se penche sur les compétences, la moralité et l’expérience de ses promoteurs pour pouvoir travailler avec des enfants mentalement fragiles, vulnérables et qui n’ont aucun moyen de se défendre. J’espère que cette malheureuse affaire va provoquer une vraie réflexion sur ce sujet et déboucher sur des solutions pour une prise en charge efficace de ces enfants.
Pour en revenir à l’affaire elle-même, peut-on se fier à la parole des enfants qui ont commencé à dénoncer ?
C’est vrai que ces enfants se contredisent parfois dans leurs témoignages. Mais on ne peut pas prendre le risque de jouer à pile ou face avec des enfants. À partir du moment où ces enfants amènent des choses, on doit se donner tous les moyens pour les vérifier. Il vaut mieux qu’on prenne des risques pour l’intérêt de l’enfant plutôt que de ne pas en prendre.
Des regrets ?
Peut-être de ne pas avoir assez agi sur des actions concrètes d’un point de vue global. De ne pas avoir eu des discussions avec les autorités pour essayer de faire encore mieux. Il y a plein de choses à faire et plein d’exemples de ce qui se fait ailleurs, pas loin de Maurice. À chaque fois qu’il y a un problème ici, on fait appel à des experts internationaux, sauf en ce qu’il s’agit des enfants. À côté, à La Réunion, il y a plein de choses qui se font dans le domaine de l’éducation, de la prise en charge, des actions concrètes pour venir en aide aux enfants. Mais on ne regarde pas ce qui se fait ailleurs et c’est dommage, puisqu’on en vient à des dérives qui auraient pu avoir été évitées. On ne s’occupe pas de ces enfants qui vont grandir et vont constituer la société de demain. Où est-ce qu’ils vont vivre ? Qui va s’occuper d’eux ?
Quelque chose à ajouter ?
J’aimerais revenir sur une autre affaire, celle du MITD. Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais accuser et faire arrêter une enseignante et une psychologue, des professionnels, peut amener beaucoup de choses négatives. Cette manière de faire peut pousser les professionnels à se taire au lieu de parler, à ne rien dire au lieu d’agir. Il faut laisser les professionnels de santé faire leur métier en toute liberté. On ne peut pas laisser la parole d’un enfant se perdre. Sinon, autant fermer les yeux sur tout et encourager ainsi les éventuels prédateurs qui vont se sentir libres de pouvoir agir. Surtout dans une période où les agressions sur les enfants sont rapportées pratiquement tous les jours dans la presse locale.
Le mot de la fin ?
Je vais revenir. Le mot de la fin, c’est que Maurice aura été une expérience magnifique que je n’oublierai jamais. J’espère que les choses vont avancer, que les ONG vont un peu plus communiquer entre elles, travailler en synergie et en complémentarité et poser les problématiques pour améliorer la prise en charge des personnes malades. Ce sont ces personnes-là qui doivent être au centre de l’action, pas les ONG.