Le slam a été introduit depuis peu en milieu scolaire par le ministère de l’Éducation. Deux slameurs professionnels – Damien Guillemin (nom de scène : M’sieur Dam), champion de la coupe de la ligue de France, et Giovanni Hope, slameur mauricien – nous parlent de cet art et de ses bienfaits dans le cursus scolaire. « Le slam permet aux enfants d’être moins timides, d’extérioriser ce qu’ils ressentent », explique Giovanni Hope. Pour Damien Guillemin, cet art permet aux slameurs de partager leur passion avec les enfants. « Nous arrivons à faire écrire les enfants et, ensuite, de les faire s’exprimer à l’oral », dit-il. Le Mauricien a rencontré les deux artistes il y a quelques semaines à l’occasion du passage de Damien Guillemin à Maurice.
Peut-on dire que le slam est populaire au même titre que la variété ?
Damien Guillemin: Non, et j’espère qu’il ne le sera jamais. Ce n’est pas une insulte, mais je n’aime pas du tout la variété. Être populaire, c’est susciter des tranches de la population. La variété, c’est se complaire dans quelque chose de très facile alors que dans le slam, il y a beaucoup de recherches. Il y a des discours qui ne peuvent pas être entendus dans les grands médias populaires, comme TF1 par exemple, parce que cela sera récupéré. Le slam se veut être quelque chose qui ne peut pas être récupéré, sinon on fera une révolution. Le slam est un mouvement libre et il n’est pas question qu’on se serve de nous pour faire l’apologie de quelque chose. Chacun est libre de penser ce qu’il veut, c’est la liberté d’expression. Par conséquent, le slam va au-delà de toute récupération.  Je préfère parler de « populaire » dans le sens universel, c’est-à-dire qu’il touche tout le monde. Et que les gens fassent l’effort d’aller voir et ne pas en être abreuvé en restant dans leur fauteuil, à la maison, comme tout ce qu’on reçoit comme téléréalité.
Il n’y a donc pas de spectacles de slam qui sont rélayés à la télévision ?
Damien Guillemin : Non. Il y a une émission qui s’appelle “Slam” sur France 2, mais cela n’a rien à voir avec le slam. C’est une aberration. C’est un jeu télévisé comme tant d’autres. Je ne sais pas pourquoi ils ont choisi ce nom.
Sinon, le slammeur le plus connu, c’est Grand corps malade, même si ce qu’il fait est du « spoken word », mais il reste un slammeur qui fait des scènes de slam dans les règles de l’art. Il anime aussi des ateliers. On ne connait que lui car les autres restent dans un milieu indépendant, et donc pas connu du public. Ils ne sont pas dans l’ombre, mais sont simplement connus des connaisseurs.
Comment évolue le slam à Maurice ?
Giovanni Hope : Il prend de l’ampleur et commence à être utilisé dans le milieu pédagogique. Le ministère de l’Education y accorde un intérêt particulier et le slam a été introduit en milieu scolaire. Il faut savoir que le slam permet aux enfants d’être moins timides, d’extérioriser ce qu’ils ressentent et d’être à l’aise dans des situations diverses. Sur le plan socioculturel, le mouvement avance plus au ralenti. Il y a un travail à faire et cela se fait. Tout le monde met la main à la pâte.
Le slam a-t-il une place dans l’éducation en France ?
Damien Guillemin : Oui. Je fais partie de “Les ateliers slam.com”, qui est une association communautaire des slammeurs de Reims. Et nous avons l’accréditation de l’Education nationale pour travailler dans des écoles primaires, des collèges et des lycées. Nous intervenons aussi dans des maisons d’arrêt, qui sont des écoles de 2e chance accueillant ceux qui n’ont pas réussi à l’école normale. Au sein de l’éducation nationale, ils ont reconnu les bienfaits du slam sur l’éducation. Nous, nous arrivons dans les classes telles que nous sommes, soit des artistes et non des professeurs. Nous partageons notre passion et nous arrivons à faire écrire les enfants, ensuite à les faire s’exprimer à l’oral. Les professeurs en sont ravis, car ils ont moins à faire par la suite. Il y a une complicité qui s’installe et cela facilite l’expression, car  l’oral est très dur pour certains élèves. Souvent, comme le dit Giovanni, des enfants qui tellement timides qu’ils n’osent même pas regarder les autres dans les yeux. Le slam leur donne de l’aisance, qui va leur servir plus tard dans la vie, c’est-à-dire communiquer avec leur prochain. On leur donne ces outils qui sont les mots. Et ils apprennent à jouer avec.
Est-ce que c’est l’oral d’abord ?
Damien Guillemin :Non. Au départ, c’est l’écriture. On arrive avec un atelier d’écriture, avec un thème précis. Par exemple, on peut parler de la discrimination. On arrive avec un texte d’Aimé Césaire, une chanson de rap ou de Georges Brassens. Le but c’est de leur faire connaître les différents médias pour leur faire découvrir autre chose. À partir de là, on entame une discussion pour entrer dans leur imaginaire, on leur donne des idées pour qu’ils puissent à leur tour développer les leurs, qu’ils mettront sur papier pour créer un texte. Il faut que le texte soit créé pour passer à l’oralité. Chaque élève dit alors son texte devant les autres. Cela peut être très dur pour ceux qui sont timides, mais en voyant leurs amis passer, ils vont se motiver en se disant que c’est bienveillant. Il faut que ce soit un moment de partage et de bienveillance. Il y a des conditions qui sont réunies pour que l’élève puisse être en confiance et livrer son texte facilement.
Cela se passe-t-il de la même manière à Maurice ?
Giovanni Hope : Il y a une similarité. On procède d’abord par un atelier d’écriture. Ensuite, il y a la performance orale. On a eu la possibilité de travailler avec le ministère de l’Éducation. L’année d’avant, en 2012, on avait organisé un concours de slam et on avait eu beaucoup de participants, avec 156 slameurs de 12 à 18 ans sur toute l’île. Certains avaient opté pour le créole, d’autres le français ou l’anglais. On laisse le libre choix de la langue. Ils peuvent aussi s’exprimer en bhojpuri ou en hindi. L’année dernière, lors du concours interscolaire, nous avions une fille qui a dit son slam en italien et une de ses amies l’avait traduit en français simultanément. C’est aussi une technique : l’intégration de plusieurs langues. Cela rend l’activité plus riche et attire plus de monde. C’est un mélange culturel qui permet aux spectateurs de voyager à travers l’énergie que lui communiquent les slameurs.
En France, quel groupe d’âge touchez-vous ?
Damien Guillemin :En milieu scolaire, les élèves de CM1 – soit ceux âgés de 8-9 ans – et le terminal, soit les 18 ans. Ensuite, c’est toutes les tranches d’âge qui sont touchées. Au mois d’octobre, on a un projet dans le cadre de la semaine bleue, qui est “La semaine nationale des retraités et des personnes âgées”. C’est un projet transgénérationnel. On intervient dans une école primaire et on amène les enfants dans les maisons de retraite. Là, il y a un échange entre les jeunes et les personnes âgées. Celles-ci écrivent leurs textes et les enfants aussi. Et on assiste à la lecture des textes par des binômes composés d’un enfant et d’un aîné. Ce dernier parlera peut-être de son enfant, l’enfant, lui, parlera peut-être dans un langage sms et la personne âgée ne comprendra rien. Cela crée des situations marrantes et des liens se tissent.
Le slam attire-t-il de plus en plus les jeunes ?
Giovanni Hope : Les jeunes sont vraiment intéressés mais ils sont plus timides dans les écoles publiques que dans les écoles privées. Dans le public, il faut aller les cueillir, les rassurer un peu plus pour les amener dans les ateliers, mais cela se fait de plus en plus. Le ministère de l’Education nous aide dans ce sens. L’idéal serait de pouvoir toucher également des jeunes qui ne sont pas à l’école.
Dans les écoles privées, les jeunes viennent d’eux-même dans les ateliers et il y a en a qui ont de belles idées. Mais cela dépend aussi sur quelle classe on tombe. Des fois, on demande au gamin : “c’est quoi ton rêve” ? Et il n’en a aucun. C’est triste. D’autres sont à fond. Mais dans les deux cas, tout n’est pas perdu. Notre combat, c’est aussi de donner de l’espoir aux gens et de leur donner des outils pour se parfaire en tant que citoyens.
Damien Guillemin : De part nos actions dans les écoles, nous touchons à chaque fois des nouveaux jeunes. Aux Ateliers slam.com, nous avons récemment eu une jeune Margot qui a remporté le tournoi junior du tour de la ligue de slam en France.  On l’a découverte il y a trois ans dans un atelier et, maintenant, on la prend sous notre aile. On ne peut pas toucher 100% des élèves d’une classe. C’est volontaire, il y en a qui morde tout de suite, et cela peut créer des vocations. Généralement, on laisse très peu de gens indifférents là où on passe.
Qu’est-ce qui déterminent les thématiques abordées ?
Giovanni Hope : Cela dépend des catégories. Pour les plus jeunes, qui débutent en écriture, on leur demande d’écrire une histoire sur leur maison, leur chien, ce qu’ils aiment. On les aide à se poser les questions qu’il faut pour débloquer leur imaginaire. Il faut que les textes soient très imagés. Pour les jeunes, cela peut être la fête nationale, l’environnement, la naissance de sir Seewoosagur Ramgoolam… Ce sont des thèmes proposés par les ministères de l’Éducation et des Arts et de la Culture. On déborde aussi sur d’autres thèmes pour développer la créativité des jeunes.
Y a-t-il aussi des textes sur des revendications ?
Giovanni Hope : L’actualité, il y a très peu qui en parlent. Ce sont surtout ceux qui connaissent la pauvreté qui expriment leur colère ou leur rage de vaincre. Il y a des textes engagés et des textes plus posés.
Et la politique ?
Giovanni Hope : Non, pas vraiment, même pour en rigoler. Les petits, on ne les pousse pas trop, mais les adultes, je les pousse à fond pour développer leur esprit critique.
Damien Guillemin : En France, nous avons, des fois, des demandes de la part des financiers pour faire des slams contre le racisme ou la discrimination. On leur prépare alors un atelier. Sinon, on vient avec les ateliers qu’on veut. Certaines fois, les professeurs nous demandent d’aborder certains thèmes et on s’y adapte. On demande de ne pas censurer les élèves quand ils écrivent quelque chose. On arrive toujours avec un cadre qui est très large et qui permet à ceux qui ont du recul de le dépasser. Ainsi, on a souvent des textes très intéressants. Il y en a qui reste dans le cadre et on est content qu’ils puissent dire leur texte devant un public.
Le slam est un puissant moyen de communication pour faire passer des messages…
Damien Guillemin : Effectivement. En tant que slameur, j’aime faire passer des messages. C’est un moment où on parle et les gens sont là pour nous écouter. On peut avoir des textes très marrants et, au passage, on glisse une phrase pour faire passer un message. Cela peut-être sur un ton de boutade, mais c’est quand même dit. Il y a des textes qui seront beaucoup plus engagés. Il y a autant de styles de slam qu’il y a de slameurs.
Mais ce n’est pas toujours pour faire passer des messages. S’il n’y avait que des textes revendicatifs, ce serait lourd à la fin. Ce qui fait la force du slam, c’est son éclectisme. Il y aura un texte très touchant qui parle d’un être proche qu’on a perdu, un texte de revendication, un texte marrant… C’est la montagne russe sentimentale. On passe du rire aux larmes en un claquement de doigts. C’est ça la force du slam.
Giovanni Hope :Personnellement, ma plus grande victoire n’est pas d’avoir des dizaines d’amis, mais de voir mon texte être le détonateur d’une prise de conscience chez certains.
Qu’en est-il de l’improvisation ?
Damien Guillemin : Seulement entre 1% et 2% de slameurs tentent l’improvisation. De ceux qui le font, il y en a seulement deux qui m’ont scotché. C’est un exercice très périlleux. Forcément en improvisation, on applaudit la prise de risque, mais c’est souvent au détriment de la qualité du texte. Mais quand ça marche, c’est le paroxysme. Je ne suis pas fan de l’improvisation, mais j’apprécie la prise de risque.
Giovanni Hope: A Maurice, il y a trois slameurs qui le font à partir de mots donnés par le public. Je l’ai fait une fois, mais c’est une prise de risque et j’en suis conscient. Cela peut être un texte nul comme un texte réussi, mais qui ne pourra pas être réécrit plus tard. Il est important d’avoir de bonnes bases pour écrire son texte, qu’il soit bien travaillé, bien poli.
Le slam c’est aussi un rythme. Où se situe-t-il par rapport à la poésie ou la chanson ?
Damien Guillemin :La langue en elle-même est un rythme. Si vous parlez anglais, au départ, il faut s’habituer aux mots, mais principalement au rythme. Chaque langue a son propre rythme, chaque personne a ses propres mots. Chaque mot résonne différemment dans votre bouche ou dans la mienne. Tout n’est que rythme. Après, il y a en qui sont plus rythmées que d’autres. Le hip-hop, par exemple, et on le voit tout de suite. Moi, je suis dans des rythmes très aléatoires. Je peux être sur une accélération fulgurante de la parole et, ensuite, poser les mots et les faire transpirer tranquillement. Vous prenez n’importe quelle phrase et vous la répétez. Cette répétition créera un rythme.
On peut dire que le slam est une poésie dans le sens super large du terme. On ne peut pas le voir comme de la poésie classique ou même contemporaine. C’est plus libre. C’est un art à la base oral qui touche le coeur des gens. Si c’est trop intellectualisé, trop compliqué dans la structure, il ne percutera pas tout de suite. La poésie, c’est aussi voir un magnifique couché de soleil à Maurice, un nuage ou rencontrer de belles personnes. C’est tout cela. On met tous nos sentiments sur papier et on les livre aux gens.
Peut-on dire que le slam est populaire au même titre que la variété ?
Damien Guillemin: Non, et j’espère qu’il ne le sera jamais. Ce n’est pas une insulte, mais je n’aime pas du tout la variété. Être populaire, c’est susciter des tranches de la population. La variété, c’est se complaire dans quelque chose de très facile alors que dans le slam, il y a beaucoup de recherches. Il y a des discours qui ne peuvent pas être entendus dans les grands médias populaires, comme TF1 par exemple, parce que cela sera récupéré. Le slam se veut être quelque chose qui ne peut pas être récupéré, sinon on fera une révolution. Le slam est un mouvement libre et il n’est pas question qu’on se serve de nous pour faire l’apologie de quelque chose. Chacun est libre de penser ce qu’il veut, c’est la liberté d’expression. Par conséquent, le slam va au-delà de toute récupération.  Je préfère parler de « populaire » dans le sens universel, c’est-à-dire qu’il touche tout le monde. Et que les gens fassent l’effort d’aller voir et ne pas en être abreuvé en restant dans leur fauteuil, à la maison, comme tout ce qu’on reçoit comme téléréalité.
Il n’y a donc pas de spectacles de slam qui sont rélayés à la télévision ?
Damien Guillemin : Non. Il y a une émission qui s’appelle “Slam” sur France 2, mais cela n’a rien à voir avec le slam. C’est une aberration. C’est un jeu télévisé comme tant d’autres. Je ne sais pas pourquoi ils ont choisi ce nom.
Sinon, le slammeur le plus connu, c’est Grand corps malade, même si ce qu’il fait est du « spoken word », mais il reste un slammeur qui fait des scènes de slam dans les règles de l’art. Il anime aussi des ateliers. On ne connait que lui car les autres restent dans un milieu indépendant, et donc pas connu du public. Ils ne sont pas dans l’ombre, mais sont simplement connus des connaisseurs.
Comment évolue le slam à Maurice ?
Giovanni Hope : Il prend de l’ampleur et commence à être utilisé dans le milieu pédagogique. Le ministère de l’Education y accorde un intérêt particulier et le slam a été introduit en milieu scolaire. Il faut savoir que le slam permet aux enfants d’être moins timides, d’extérioriser ce qu’ils ressentent et d’être à l’aise dans des situations diverses. Sur le plan socioculturel, le mouvement avance plus au ralenti. Il y a un travail à faire et cela se fait. Tout le monde met la main à la pâte.
Le slam a-t-il une place dans l’éducation en France ?
Damien Guillemin : Oui. Je fais partie de “Les ateliers slam.com”, qui est une association communautaire des slammeurs de Reims. Et nous avons l’accréditation de l’Education nationale pour travailler dans des écoles primaires, des collèges et des lycées. Nous intervenons aussi dans des maisons d’arrêt, qui sont des écoles de 2e chance accueillant ceux qui n’ont pas réussi à l’école normale. Au sein de l’éducation nationale, ils ont reconnu les bienfaits du slam sur l’éducation. Nous, nous arrivons dans les classes telles que nous sommes, soit des artistes et non des professeurs. Nous partageons notre passion et nous arrivons à faire écrire les enfants, ensuite à les faire s’exprimer à l’oral. Les professeurs en sont ravis, car ils ont moins à faire par la suite. Il y a une complicité qui s’installe et cela facilite l’expression, car  l’oral est très dur pour certains élèves. Souvent, comme le dit Giovanni, des enfants qui tellement timides qu’ils n’osent même pas regarder les autres dans les yeux. Le slam leur donne de l’aisance, qui va leur servir plus tard dans la vie, c’est-à-dire communiquer avec leur prochain. On leur donne ces outils qui sont les mots. Et ils apprennent à jouer avec.
Est-ce que c’est l’oral d’abord ?
Damien Guillemin :Non. Au départ, c’est l’écriture. On arrive avec un atelier d’écriture, avec un thème précis. Par exemple, on peut parler de la discrimination. On arrive avec un texte d’Aimé Césaire, une chanson de rap ou de Georges Brassens. Le but c’est de leur faire connaître les différents médias pour leur faire découvrir autre chose. À partir de là, on entame une discussion pour entrer dans leur imaginaire, on leur donne des idées pour qu’ils puissent à leur tour développer les leurs, qu’ils mettront sur papier pour créer un texte. Il faut que le texte soit créé pour passer à l’oralité. Chaque élève dit alors son texte devant les autres. Cela peut être très dur pour ceux qui sont timides, mais en voyant leurs amis passer, ils vont se motiver en se disant que c’est bienveillant. Il faut que ce soit un moment de partage et de bienveillance. Il y a des conditions qui sont réunies pour que l’élève puisse être en confiance et livrer son texte facilement.
Cela se passe-t-il de la même manière à Maurice ?
Giovanni Hope : Il y a une similarité. On procède d’abord par un atelier d’écriture. Ensuite, il y a la performance orale. On a eu la possibilité de travailler avec le ministère de l’Éducation. L’année d’avant, en 2012, on avait organisé un concours de slam et on avait eu beaucoup de participants, avec 156 slameurs de 12 à 18 ans sur toute l’île. Certains avaient opté pour le créole, d’autres le français ou l’anglais. On laisse le libre choix de la langue. Ils peuvent aussi s’exprimer en bhojpuri ou en hindi. L’année dernière, lors du concours interscolaire, nous avions une fille qui a dit son slam en italien et une de ses amies l’avait traduit en français simultanément. C’est aussi une technique : l’intégration de plusieurs langues. Cela rend l’activité plus riche et attire plus de monde. C’est un mélange culturel qui permet aux spectateurs de voyager à travers l’énergie que lui communiquent les slameurs.
En France, quel groupe d’âge touchez-vous ?
Damien Guillemin :En milieu scolaire, les élèves de CM1 – soit ceux âgés de 8-9 ans – et le terminal, soit les 18 ans. Ensuite, c’est toutes les tranches d’âge qui sont touchées. Au mois d’octobre, on a un projet dans le cadre de la semaine bleue, qui est “La semaine nationale des retraités et des personnes âgées”. C’est un projet transgénérationnel. On intervient dans une école primaire et on amène les enfants dans les maisons de retraite. Là, il y a un échange entre les jeunes et les personnes âgées. Celles-ci écrivent leurs textes et les enfants aussi. Et on assiste à la lecture des textes par des binômes composés d’un enfant et d’un aîné. Ce dernier parlera peut-être de son enfant, l’enfant, lui, parlera peut-être dans un langage sms et la personne âgée ne comprendra rien. Cela crée des situations marrantes et des liens se tissent.
Le slam attire-t-il de plus en plus les jeunes ?
Giovanni Hope : Les jeunes sont vraiment intéressés mais ils sont plus timides dans les écoles publiques que dans les écoles privées. Dans le public, il faut aller les cueillir, les rassurer un peu plus pour les amener dans les ateliers, mais cela se fait de plus en plus. Le ministère de l’Education nous aide dans ce sens. L’idéal serait de pouvoir toucher également des jeunes qui ne sont pas à l’école.
Dans les écoles privées, les jeunes viennent d’eux-même dans les ateliers et il y a en a qui ont de belles idées. Mais cela dépend aussi sur quelle classe on tombe. Des fois, on demande au gamin : “c’est quoi ton rêve” ? Et il n’en a aucun. C’est triste. D’autres sont à fond. Mais dans les deux cas, tout n’est pas perdu. Notre combat, c’est aussi de donner de l’espoir aux gens et de leur donner des outils pour se parfaire en tant que citoyens.
Damien Guillemin : De part nos actions dans les écoles, nous touchons à chaque fois des nouveaux jeunes. Aux Ateliers slam.com, nous avons récemment eu une jeune Margot qui a remporté le tournoi junior du tour de la ligue de slam en France.  On l’a découverte il y a trois ans dans un atelier et, maintenant, on la prend sous notre aile. On ne peut pas toucher 100% des élèves d’une classe. C’est volontaire, il y en a qui morde tout de suite, et cela peut créer des vocations. Généralement, on laisse très peu de gens indifférents là où on passe.
Qu’est-ce qui déterminent les thématiques abordées ?
Giovanni Hope : Cela dépend des catégories. Pour les plus jeunes, qui débutent en écriture, on leur demande d’écrire une histoire sur leur maison, leur chien, ce qu’ils aiment. On les aide à se poser les questions qu’il faut pour débloquer leur imaginaire. Il faut que les textes soient très imagés. Pour les jeunes, cela peut être la fête nationale, l’environnement, la naissance de sir Seewoosagur Ramgoolam… Ce sont des thèmes proposés par les ministères de l’Éducation et des Arts et de la Culture. On déborde aussi sur d’autres thèmes pour développer la créativité des jeunes.
Y a-t-il aussi des textes sur des revendications ?
Giovanni Hope : L’actualité, il y a très peu qui en parlent. Ce sont surtout ceux qui connaissent la pauvreté qui expriment leur colère ou leur rage de vaincre. Il y a des textes engagés et des textes plus posés.
Et la politique ?
Giovanni Hope : Non, pas vraiment, même pour en rigoler. Les petits, on ne les pousse pas trop, mais les adultes, je les pousse à fond pour développer leur esprit critique.
Damien Guillemin : En France, nous avons, des fois, des demandes de la part des financiers pour faire des slams contre le racisme ou la discrimination. On leur prépare alors un atelier. Sinon, on vient avec les ateliers qu’on veut. Certaines fois, les professeurs nous demandent d’aborder certains thèmes et on s’y adapte. On demande de ne pas censurer les élèves quand ils écrivent quelque chose. On arrive toujours avec un cadre qui est très large et qui permet à ceux qui ont du recul de le dépasser. Ainsi, on a souvent des textes très intéressants. Il y en a qui reste dans le cadre et on est content qu’ils puissent dire leur texte devant un public.
Le slam est un puissant moyen de communication pour faire passer des messages…
Damien Guillemin : Effectivement. En tant que slameur, j’aime faire passer des messages. C’est un moment où on parle et les gens sont là pour nous écouter. On peut avoir des textes très marrants et, au passage, on glisse une phrase pour faire passer un message. Cela peut-être sur un ton de boutade, mais c’est quand même dit. Il y a des textes qui seront beaucoup plus engagés. Il y a autant de styles de slam qu’il y a de slameurs.
Mais ce n’est pas toujours pour faire passer des messages. S’il n’y avait que des textes revendicatifs, ce serait lourd à la fin. Ce qui fait la force du slam, c’est son éclectisme. Il y aura un texte très touchant qui parle d’un être proche qu’on a perdu, un texte de revendication, un texte marrant… C’est la montagne russe sentimentale. On passe du rire aux larmes en un claquement de doigts. C’est ça la force du slam.
Giovanni Hope :Personnellement, ma plus grande victoire n’est pas d’avoir des dizaines d’amis, mais de voir mon texte être le détonateur d’une prise de conscience chez certains.
Qu’en est-il de l’improvisation ?
Damien Guillemin : Seulement entre 1% et 2% de slameurs tentent l’improvisation. De ceux qui le font, il y en a seulement deux qui m’ont scotché. C’est un exercice très périlleux. Forcément en improvisation, on applaudit la prise de risque, mais c’est souvent au détriment de la qualité du texte. Mais quand ça marche, c’est le paroxysme. Je ne suis pas fan de l’improvisation, mais j’apprécie la prise de risque.
Giovanni Hope: A Maurice, il y a trois slameurs qui le font à partir de mots donnés par le public. Je l’ai fait une fois, mais c’est une prise de risque et j’en suis conscient. Cela peut être un texte nul comme un texte réussi, mais qui ne pourra pas être réécrit plus tard. Il est important d’avoir de bonnes bases pour écrire son texte, qu’il soit bien travaillé, bien poli.
Le slam c’est aussi un rythme. Où se situe-t-il par rapport à la poésie ou la chanson ?
Damien Guillemin :La langue en elle-même est un rythme. Si vous parlez anglais, au départ, il faut s’habituer aux mots, mais principalement au rythme. Chaque langue a son propre rythme, chaque personne a ses propres mots. Chaque mot résonne différemment dans votre bouche ou dans la mienne. Tout n’est que rythme. Après, il y a en qui sont plus rythmées que d’autres. Le hip-hop, par exemple, et on le voit tout de suite. Moi, je suis dans des rythmes très aléatoires. Je peux être sur une accélération fulgurante de la parole et, ensuite, poser les mots et les faire transpirer tranquillement. Vous prenez n’importe quelle phrase et vous la répétez. Cette répétition créera un rythme.
On peut dire que le slam est une poésie dans le sens super large du terme. On ne peut pas le voir comme de la poésie classique ou même contemporaine. C’est plus libre. C’est un art à la base oral qui touche le coeur des gens. Si c’est trop intellectualisé, trop compliqué dans la structure, il ne percutera pas tout de suite. La poésie, c’est aussi voir un magnifique couché de soleil à Maurice, un nuage ou rencontrer de belles personnes. C’est tout cela. On met tous nos sentiments sur papier et on les livre aux gens.