Dan Dussaram et Chandan K. Bungsy, respectivement éducateur et Senior Prison Officer (SPO), s’attellent, ainsi que leurs équipes, à encourager les détenus, hommes et femmes, à se tourner vers l’éducation, entre autres disciplines et activités proposées entre les murs de la prison. Pour les deux hommes, il s’agit là d’une question de « volonté et de désir de s’en sortir. » Mais souvent, reconnaissent-ils, les détenus n’ont pas eu un encadrement adéquat leur permettant de penser qu’ils peuvent, à travers l’éducation, « se donner une deuxième chance. »
Pour Dan Dussaram, enseignant de carrière qui compte plus d’une vingtaine d’années de service au sein de l’univers carcéral, « l’éducation, c’est ma plus grand richesse ! Tout ce que j’ai acquis au fil des années, les expériences, les rencontres avec les uns et les autres, surtout par le biais de ce travail à la prison où j’ai côtoyé des détenus de toutes les générations et plusieurs commissaires, cela m’a permis d’emmagasiner une immense fortune en termes de liens humains… À côté, le jackpot du loto peut valoir Rs 70 millions, cela ne me dit rien ».
Dan Dussaram anime, avec un groupe d’éducateurs, les différentes classes, allant de “numeracy and literacy” (alphabétisation élémentaire) au Certificate of Primary Education (CPE) en passant par d’autres disciplines comme la musique, Computer Literacy, Art and Painting, ainsi que les cours de niveau secondaire, menant au GCE O’Level. « Cela fait une trentaine d’années que le ministère de l’Éducation travaille de pair avec les services de la prison pour aider les détenus à reprendre leurs études. Mais ce n’est pas toujours gagné que d’encourager un détenu à délaisser d’autres activités oisives, comme jouer aux cartes ou aux dominos, pour venir suivre des cours, étudier et se préparer à passer un examen… »
Le SPO et Welfare Officer Chandan K. Bungsy s’accorde avec son collègue sur ce point : « Souvent, il faut prendre le temps d’expliquer à un détenu l’importance des études pour qu’il réalise qu’un certificat, cela peut lui ouvrir des portes, lui faciliter la vie une fois qu’il aura quitté les murs des prisons, quand il s’agira de trouver du boulot. »
Pour les deux hommes, « le salut de chaque détenu passe par l’éducation. Le détenu a pour ambition, en quittant la prison, de trouver un travail et devenir économiquement indépendant, cela afin de subvenir aux besoins de sa famille. Le processus de réhabilitation et de réinsertion passe par cette étape cruciale. »
Un des récents atouts destiné à stimuler les détenus, poursuivent nos interlocuteurs, c’est la décision des services des prisons d’inclure les études dans le Enhancement Learning Scheme : « De ce fait, les détenus parviennent à mettre quelques sous de côté, en suivant une formation académique. Cela les motive… » Chandan Bungsy met surtout l’accent sur le fait que « en suivant une formation, le détenu est amené à se développer, identifier ses talents, apprendre des manières et le savoir-vivre, entre autres. En somme, il améliore son comportement, ce qui va lui être bénéfique à sa sortie. »
Dan Dussaram prend les exemples de Jerry Lai Cheong King et Eshan Dotip, tous deux ayant été sélectionnés pour réaliser leur BSC via des cours en “distance learning” : « Depuis quelques années, les détenus s’appliquent un peu plus qu’avant. Mais le recrutement des éducateurs pose toujours un énorme problème, principalement à cause des tabous et des préjugés entretenus à l’égard de la prison. » Chandan Bungsy abonde dans le même sens : « Nombre d’éducateurs recommandés par le ministère réclament leur transfert parce qu’ils pensent qu’ils ne pourront s’adapter au milieu carcéral. Il y a toujours une crainte, la peur… » Pourtant, relève-t-il, « certains d’entre eux découvrent un univers tout à fait insoupçonné et une fois qu’ils ont réalisé que tous les on-dit et autres commentaires ne s’appuient pas sur des réalités, ils prennent goût à leur travail ». Dan Dussaram est d’avis que « le gouvernement devrait peut-être donner des “incentives” supplémentaires à ces enseignants afin de les encourager à venir nous donner un coup de main à la prison ».