Je me souviendrai toujours de ce kari poul lakour que j’ai dégusté chez la tante d’une amie. Depuis, j’en ai mangé des kari poul ! Mais celui de la tante de mon amie avait quelque chose, un goût et une saveur exceptionnels. Dans la karay posée sur le feu de la gazinière, le curry mijotait, à feu doux, en laissant échapper des effluves qui annonçaient déjà une belle promesse dans l’assiette. Je pouvais entendre l’ébullition de la sauce et donc deviner ce qui se passait à l’intérieur de cette karay noircie par les flammes. “Mo karay pa sal. Pli li nwar andeor, andan manze pli bon”, m’a dit la dame en voyant mon regard s’attarder sur le récipient.
Au service, j’ai eu le privilège de choisir “mo bout poul”. À table, il y avait des faratas feuilletés “chauds chauds” faits maison, du riz blanc, une salade de concombre, un chatini pomme d’amour et cotomili qui concurrençait un chatini coco kraze lor ros. Le bonheur, il était là.
Et ce kari poul ! Que dire ? Une chair tendre qui avait du goût, pas comme celle insipide du congélateur du supermarché. Je pouvais distinguer chaque épice qui composait cette sauce onctueuse car le masala avait été écrasé sur le ros kari et non passé au blender, où les lames auraient chauffé les ingrédients. La cuisinière n’entendait pas acheter des épices préparées et prêtes à l’emploi. “Kan ou fer tou ar ou lame, ou kari gagn enn lot gou.” Je confirme. J’ai même honoré les os de la poul lakour en les réduisant en miettes.