Sa frêle figure se lève péniblement du siège sur lequel il écoutait le président de la cour, le Somalien Abdulqawi Ahmed Yusuf, ouvrir les auditions. Vêtu d’une toge noire, Anerood Jugnauth se présente devant l’imposant banc de 15 juges de la Cour internationale de Justice de la Haye, aux Pays-Bas.

Il est 12h21. Maurice décoche le premier coup.

Depuis plusieurs décennies, Port-Louis s’objecte à Londres dans une guerre ouverte concernant l’excision de l’archipel des Chagos de son territoire, en marge de l’indépendance de l’île.

Anerood Jugnauth devant la CIJ

« The choice we face with was no choice at all », déclare Anerood Jugnauth. Sa voix est quelque peu tremblante, tout comme ses mains, qu’il pose sur le livret en or installé devant lui. Anerood Jugnauth indique que depuis le début de ce combat pour les Chagos, « I am the only one still alive » pour participer toujours à cette lutte devant la CIJ.

Le ministre mentor revient sur les conditions dans lesquelles l’indépendance a été monnayée en échange des Chagos. Les réunions en ce sens, a-t-il rappelé, se tenaient en « small private meetings on defence matters ». Nul Mauricien n’en avait été mis au courant.

Ceux qui représentaient les Mauriciens — cinq personnes dont faisait partie Seewoosagur Ramgoolam — faisaient face à d’«immenses pressions ».

Anerood Jugnauth fait clairement comprendre que les Anglais avaient imposé une condition stricte : les Chagos ou rien.

De plus, relève le ministre mentor, des mesures pour « effrayer » la partie mauricienne sont brandies. Il souligne, en ce sens, le tête-à-tête privé entre Seewoosagur Ramgoolam et le Premier ministre Harrold Wilson. A la suite de cela, quatre des cinq représentants mauriciens acceptèrent les conditions des colonisateurs.

Et de 1967 à 1973, « the administrative power forcibly removed the entire population of Chagos », soutient Anerood Jugnauth. « Ce renvoi honteux a causé et continue de causer des torts immenses aux Chagossiens ».

Le ministre mentor relève qu’aucune somme remise par les Anglais ne peut panser les torts causés. Tournant les pages du livret posé devant lui d’une main tremblante, il insiste à maintes reprises sur le souhait d’arriver à la « décolonisation complète » de Maurice.

Anerood Jugnauth précise, en outre, que les intentions de Maurice ne penchent nullement à questionner la présence de la base militaire américaine sur Diego Garcia.

Le Professeur Klein s’est exprimé en français

Son oral prend fin après quinze minutes. Le président de la cour passe la parole au Professeur Pierre Klein. Ce dernier discourt, notamment, sur les tentatives de quelques Etats de questionner la légitimité du recours à la Cour internationale de Justice.