Des naufragés sur des toits. Des centaines, des milliers de personnes, accrochées dans des arbres, ou accroupies au sommet de maisons presque submergées. Partagées entre regarder, en bas, des cadavres qui flottent, ou en haut, quêtant du ciel un secours qui ne vient pas.
Ce sont les images terribles qui nous parviennent cette semaine du Mozambique, mais aussi du Zimbabwe et du Malawi, frappés dans la nuit du 14 au 15 mars derniers par Idai. Le plus puissant cyclone survenu depuis vingt ans en Afrique australe. Créant une situation que les observateurs décrivent comme « apocalyptique ».
Au Mozambique, le plus touché, on recense plus de 300 morts, des milliers de blessés et 200 000 sinistrés. Des estimations sans cesse revues à la hausse, le président mozambicain, Filipe Nyusi, ayant estimé que le nombre de victimes pourrait dépasser le millier. Beira, la deuxième ville du pays, est inondée et détruite à plus de 80%. Tout le système d’eau potable de la ville est endommagé et il n’y a plus d’électricité dans la ville. Les hôpitaux sont inopérants. De nombreuses infrastructures sont détruites, rendant l’accès aux autres régions touchées très compliqué. Quatre grandes provinces regroupant environ 12 millions d’habitants sont sous les eaux et ne peuvent être secourues qu’avec des hélicoptères. Sur 24 kilomètres à partir de la côte, les terres sont devenues une mer intérieure, constate un journaliste de la BBC en survolant la région en hélicoptère. 24 kilomètres, c’est comme si notre île était subitement sous l’eau de Port Louis à Quartier Militaire…
Secourir les rescapés demeure une urgence absolue. De même que fournir des abris, des soins, de la nourriture, et puis de l’eau potable et des médicaments, pour éviter le risque majeur d’épidémies telles le choléra. Il est important que face à la détresse de ce qui est pour nous un important pays de peuplement, la solidarité mauricienne se soit aussitôt exprimée. A travers une aide gouvernementale de Rs 7 millions et une levée de fonds publique orchestrée par une radio privée.
Mais cette catastrophe nous appelle aussi à beaucoup plus.
A l’heure où Rodrigues est menacée par un nouveau cyclone et des pluies abondantes. Alors que nous nous apprêtons à commémorer, le 30 mars prochain, le 6ème anniversaire des inondations qui avaient fait 8 morts en quelques secondes à Port Louis. Sans doute serait-il temps de prendre la mesure de ce qui nous menace, alors même qu’il est annoncé que le réchauffement climatique nous expose à des risques accrus de cyclones dévastateurs et de pluies torrentielles. Mais la préoccupation locale, en ce moment, semble être davantage aux supputations quand aux raisons de la démission intempestive d’un ministre des Finances qui estime que face à ceux qui l’ont élu, il lui suffit de se fendre d’un énigmatique « enough is enough » pour solde de tout compte. Et la course aux élections législatives dans laquelle nous sommes du coup projetés risque d’éloigner encore la possibilité de voir débattre de l’urgence climatique…
A ce chapitre, les dirigeants du monde se sont jusqu’ici montrés passablement à côté de la plaque. A commencer par le président américain Donald Trump qui continue de vitupérer que le réchauffement de la planète est une fiction…
L’esprit humain ne réagit-il même plus aux catastrophes meurtrières pour prendre pleinement conscience de ce qui le menace ? Faut-il désespérer des dirigeants de ce monde ?
Questions face auxquelles l’actualité nous apporte quand même des raisons d’espérer qu’il puisse en être autrement. Car cette semaine a aussi été celle des images de la Première ministre de Nouvelle Zélande, Jacinda Arden. Après le choc et la désolation de l’attentat terroriste de Chritschurch, qui a vu un suprémaciste australien abattre froidement 50 personnes priant dans deux mosquées, il y a eu l’image forte de cette femme.
Première ministre depuis moins de deux ans, Jacinda Ardern, 38 ans, avait fait parler d’elle en septembre 2018 lorsque, devenue maman pour la première fois, elle avait choisi d’emmener son bébé de trois mois avec elle à l’Assemblée générale de l’ONU à New York. Si ses détracteurs se sont évertués à mettre en avant son passé jugé peu sérieux de Disc-Jockey, elle a montré, dans cette tragédie, une saisissante envergure politique et humaine.
“Il ne pouvait pas y avoir de réponse symbolique plus puissante à la terreur infligée aux personnes tuées en train de prier à la mosquée que les images de la Première ministre voilée et le visage rempli de tristesse, aux côtés des membres de la communauté musulmane de Christchurch” souligne la journaliste politique du New Zealand Herald, Claire Trevett. Soulignant que Jacinda Ardern avait ainsi réussi à la fois à rassurer les musulmans du pays et à dissocier la Nouvelle-Zélande des motivations racistes revendiquées par l’auteur présumé de la fusillade, l’éditorialiste mettait en lumière la position faite autant de compassion que de fermeté de Jacinda Ardern: “le réconfort et l’acier”, écrit-elle. L’empathie face à la douleur humaine. Et l’action concrète, avec l’annonce, deux jours plus tard, de l’interdiction de la vente des armes semi-automatiques et fusils d’assaut.
Merci, Madame, de nous donner des raisons de croire que la politique puisse encore être humaine, dans le plus beau sens du terme…

SHENAZ PATEL