Ce n’est pas l’histoire du blues, même elle y ressemble. Elle est aussi née durant la période de l’esclavage. Là-bas, c’était dans les champs de coton. Ici, cela s’est passé à l’orée des champs de cannes. Le créole naissait, le séga commençait à exister. D’Europe, d’Afrique et d’Asie, des femmes et des hommes se mouvaient au gré d’une nouvelle culture.
Il n’y a pas que le sucre et le fouet. Il y a aussi l’indigo, obtenu de l’indigotier, importé par les premiers colons pour ajouter des couleurs à ce paysage vert où le sang des esclaves n’a aucune importance. Le procédé traditionnel de transformation rendait bleu ce qui était extrait des feuilles vertes. Le colorant végétal a longtemps fait partie des traditions, jusqu’à l’arrivée des colorations synthétiques de la modernité.
Les boules bleues avaient révélé leurs secrets à Jean-Renat Anamah lors d’une visite effectuée aux côtés du musicien français Benoit Mardelle, qui souhaitait rencontrer l’âme du pays à travers son histoire avant d’entrer dans un processus de création. Ces feuilles vertes qui deviennent bleues ont raconté une autre histoire à Jean-Renat Anamah. D’une part, le textile qui se trouve avec de nouveaux attraits et, de l’autre, les esclaves et les coolies qui conservent ces taches bleues pendant longtemps, le blues des champs marquant leurs coeurs et leurs âmes.
La dernière création du danseur chorégraphe interprète l’histoire de l’indigo. Cette chorégraphie sera présentée au Festival Mitsaka, du 7 au 16 novembre, à Madagascar. Elle sera ensuite reprise à Johannesburg en décembre. Jean-Renat Anamah et ses danseurs la reprendront devant le public mauricien à la réouverture du théâtre Serge Constantin.
En attendant, au fond du vallon et au bord de la rivière, au milieu du vert sauvage et dans l’eau, accompagné de Natacha Petit et de Jason Louis, habillé en jeans indigo, le chorégraphe raconte son histoire en images.