Les répétitions battent leur plein à la David Academy of Dancing, particulièrement les week-ends, durant lesquels les danseurs et danseuses peuvent se retrouver au grand complet, pour préparer Tribute to Lady Mary David, qui sera présenté en fin de semaine prochaine. Mais la surprise de la semaine, qui a amplifié l’enthousiasme, a été pour les chorégraphes Jane et Teresa David et pour les artistes de l’école de danse, l’arrivée d’un maître de ballet à la carrière flamboyante, de passage au pays natal par un concours de circonstances. Jocelyn Alizart a bien volontiers mis ses compétences au service de ce spectacle dédié à celle qui lui a donné à la fin des années 60 ses premiers cours de ballet, où il était le seul élève masculin. Rendez-vous du 3 au 5 juin, au Indira Gandhi Centre for Indian Culture, à Phoenix, pour découvrir le fruit de ces partages.
Les jeunes Mauriciens ne s’imaginaient guère apprendre le ballet à l’époque où Mary David a commencé à en développer l’enseignement dans les années 60. Celle-ci a “converti” ses trois garçons à sa passion, ne serait-ce que pour leur faire tenir les rôles masculins dans les premiers spectacles qu’elle a chorégraphiés et présentés à Maurice. Aujourd’hui, Teresa David ne compte que cinq garçons, ou plutôt jeunes hommes, parmi les 200 élèves de son école. Autant dire que la progression a été timide depuis que Jocelyn Alizart a, dans les années 60, eu le courage d’ignorer les préjugés, pour aller au bout de sa passion pour la danse classique, en s’inscrivant au cours de la Hillview Ballet School que tenait alors Mary David.
Seul homme à entrer au cours de ballet, Jocelyn Alizart avait alors 17 ans et est très vite devenu le partenaire de Jane David, fille aînée de la famille, dont la vocation pour la danse était déjà une évidence, pour le pas de deux et les spectacles donnés par l’école. Si Jane et Teresa vouent leur vie entière à la danse classique et/ou son enseignement à Maurice, en Angleterre et en Australie, Jocelyn Alizart intégrera pour sa part différents corps de ballets européens. Il ne tardera pas à devenir chorégraphe et aujourd’hui encore, avec la même flamme, intervient régulièrement comme maître de ballet, auprès de jeunes artistes et de différents chorégraphes à travers le monde, des plus classiques aux plus contemporains. À 21 ans, il quitte Maurice pour poursuivre sa formation en Suisse et en Angleterre.
Après deux saisons à Heidelberg et à Amsterdam, il entre au Ballet royal de Wallonie en 1975, et y reste jusqu’en 1984. Le chorégraphe cubain Jorge Lefebre lui donne alors ses premières responsabilités de professeur et maître de ballet. Mais c’est à Malmö, en Suède, qu’il crée ses deux premiers ballets (Delibes suite et Samson et Dalila). Il oeuvrera ensuite au Ballet national de Finlande, au Deutsche oper am Rhein, à Düsseldorf, puis au Leipziger ballet auprès d’Uwe Scholz. Depuis 2000, il est régulièrement invité en Suède comme professeur et maître de ballet, ainsi que dans des compagnies européennes, israéliennes ou japonaises. Celles-ci lui ont d’ailleurs commandé des chorégraphies, telles que Palette sur une musique de Jacques Ibert ou Lettres intimes (ou Lettres à Milena) sur la musique de Leos Janacek et les correspondances de Kafka.
Pleins feux sur le pas de deux
En séjour à Maurice pour des raisons personnelles, Jocelyn Alizart passe une partie de ses journées à la David Academy of Dancing, auprès de Teresa et de Jane David, pour aider les danseurs et danseuses à parfaire leurs mouvements. Le chorégraphe n’a pas hésité à prêter main-forte à la compagnie pour ce projet qui lui remémore ses premiers pas de danse classique à Maurice. « Parmi nos cinq danseurs, nous explique Teresa David, quatre ont l’habitude de travailler avec une partenaire, mais le pas de deux en danse classique, surtout quand il s’agit de donner un spectacle, exige beaucoup de technique et présente énormément de difficultés. C’est une autre approche de la relation avec la partenaire. C’est merveilleux que Jocelyn soit là pour les aider à améliorer leurs mouvements et leur communiquer ses conseils, particulièrement pour ce spectacle hommage à Mary David, dont il a été le seul élève à ses débuts. »
Tribute to Lady Mary David présentera deux pas de deux purement classiques, un tableau avec des passages en pas de deux, ainsi que des duos ou trios en semi-classique. Parmi les danseurs et danseuses professionnel(le)s, nous retrouverons Émilie Cheung Chun, des artistes de la trempe de Kerty Geneviève et Christopher Cham. Ce spectacle enchaînera 17 tableaux, faits d’extraits de ballets classiques, chorégraphiés de Mary David, Teresa ou Jane, ainsi que des créations de Teresa David. Ce sont les tableaux de La Somnambule, Casse-noisettes, Coppelia, La belle au bois dormant, ou encore Cendrillon, Sylphide, Graduation Ball et Mademoiselle Angot, qui se référeront à Mary David. Jane David chorégraphie un tableau de Gisèle, avec huit danseuses et un extrait de Casse-noisettes sera une création commune des deux soeurs. Les chorégraphies personnelles que présente Teresa David sont plutôt semi-classiques avec par exemple plus de mouvements en dedans… L’une d’elles s’intitule Passion.