Le chorégraphe Jean-Renat Anamah part du 29 août au 4 septembre prochain pour apporter sa pierre à la biennale de danse contemporaine d’Antananarivo, intitulée 321. Heureusement que ce créateur trouve ainsi une plate-forme dans la Grande île, car il se heurte plutôt ici à une grande indifférence de la part de ceux qu’il sollicite pour un soutien. Il présentera donc son dernier solo, Petites mains, au public de la capitale malgache ainsi qu’à ses homologues de la région et d’ailleurs, et il participera à un projet collectif, dont il a largement inspiré le titre et le thème intitulé, Hide & seek…
Initié en 2014 par les compagnies de danse Rary et Lovatiana, 321 offre un accompagnement aux chorégraphes pendant toute une semaine, où ils sont suivis sur leurs projets par des coaches, et soutenus par les autres créateurs susceptibles de contribuer à la création de spectacles de danse contemporaine : confrères et consoeurs chorégraphes, danseurs et danseuses, photographes, plasticiens, journalistes, historiens et représentants du secteur éducatif, pour ces rencontres qui attachent une attention particulière aux jeunes artistes, tout en s’entourant des professionnels expérimentés qui apportent leur précieux soutien.
S’il est vain d’imaginer ce genre d’événement à Maurice, il est clair qu’il n’existe pas non plus de plate-forme, de lieu ou d’événement qui permette à un chorégraphe ici de présenter son travail, si ce n’est quelques centres culturels étrangers dont ce n’est a priori pas la vocation première. La vie d’artiste — si l’on entend par là des artistes véritablement enclins à créer et apporter un nouveau regard — est à Maurice synonyme de précarité. Et dans ce domaine, certaines formes d’expression sont encore plus mal loties que d’autres. C’est le cas de la danse contemporaine, pour laquelle récemment un projet de festival international n’a même pas déclenché de réaction du ministère dont le parrainage était évidemment indispensable. Jean-Renat Anamah qui était à l’origine de ce projet n’a eu droit, en guise de réponse, qu’au silence et aux portes fermées. C’est dire que les concernés n’ont même pas le courage d’assumer leurs décisions.
Qu’il soit de théâtre ou de danse, chaque spectacle créé à Maurice est un combat, dans lequel la victoire n’est pas assurée, parfois la salle retirée, d’autres fois, le public mal encouragé, mais surtout le soutien institutionnel, des plus balbutiants. Un festival de danse contemporaine aurait placé Maurice sur la carte dans un nouveau champ de création, et permis d’encourager les nombreux danseurs et danseuses qui travaillent ici, de se pencher pour une fois sur de vrais projets de création et de pousser leurs limites. Même si des obstacles similaires existent dans les autres pays de l’océan indien, certains parviennent tout de même à proposer des événements qui deviennent des plaques tournantes d’échanges internationaux, indispensables pour se renouveler dans la création.
Que cesse le gâchis !
La capitale malgache, malgré les difficultés de développement de ce pays sans commune mesure avec les nôtres, accueille régulièrement ce genre d’événement, et présente tout au long de l’année des spectacles de danse. À entendre comme trio, duo, et solo, 321 fait partie des nouvelles initiatives dans ce domaine, proposées par les chorégraphes Ariry Andriamoratsiresy (Cnie Rary) et Rakotobe Lovatiana (Cnie Lovatiana). Les professionnels malgaches se montrent toujours curieux des créations de Jean-Renat Anamah et l’invitent régulièrement. Cette fois-ci, les échanges qui ont précédé leurs rencontres, les amènent même à s’inspirer très concrètement de l’atonie générale du ministère pour une création collective sur laquelle ils vont se réunir en atelier.
« Hide », comme les ministres et fonctionnaires qui se cachent pour ne pas répondre aux artistes qui leur font des propositions, « Seek » comme les artistes qui dans ce pays et beaucoup d’autres, sont condamnés à perpétuellement chercher sponsors, mécènes et autres donateurs, pour pouvoir partager leurs créations. Dans un pays comme Maurice, où de nombreux métiers complémentaires manquent aux artistes, avec un secteur de la création très peu structuré, ils consacrent une grande partie de leur temps à mendier pitance, temps qui est alors confisqué à la création. De ce gâchis, le chorégraphe mauricien Jean-Renat Anamah, les chorégraphes malgaches Sai-an Raminasoa, Géraldine Leong Sang, Harivola Rakatondrasoa et Judith Olivia Manantenasoa, ainsi que la chanteuse Nh-Nadi vont tirer leur inspiration pour leur atelier de création collective intitulé « Hide & seek »…
« Les petites mains », le solo que présente notre chorégraphe et danseur, marque un retour à la fusion  et au mariage des styles contemporains et indiens. L’idée de rendre hommage aux ouvrières et ouvriers, à tous les travailleurs manuels qui font tant de belles choses de leurs mains, le plus souvent dans des conditions difficiles, en est née dans le sillage du spectacle d’Anna Patten, Mudra. Cet éloge aux métiers est un spectacle de danse contemporaine qui cherche son assise dans la danse indienne et particulièrement le kathak. D’une durée de 15 minutes, il bénéficie d’une scénographie spécifique avec gants et bruitages métalliques, des tiges, du fil, des rubans et tout ce qui peut renvoyer à la confection.