L’équipe de l’IFM, le chorégraphe Yann Lheureux et surtout le danseur Samuel Joseph ont défié la pluie samedi soir sur l’esplanade du Caudan pour présenter Flag, une des tableaux solos du “work in progress” qui se construit entre la France, Maurice et la Corée. S’il a dû se retenir un peu à cause d’un sol humide légèrement glissant, le danseur solo Samuel Joseph a tout de même pu déployer dans une pièce tout en intimité, le symbolisme évocateur de Flag, cet étendard de la liberté du mouvement.
Après Vincent Warin, le vice-champion du monde de BMX, ce vélo acrobatique propre à nous dévisser la tête, après David Belle le spécialiste du yamakasi, cet art du déplacement dont il est l’inventeur et le maître dans l’esprit du free style, après l’interprète hip hop coréen Woo Jae Lee, Yann Lheureux est venu à Maurice animer une résidence dans les locaux de la compagnie de Stephen Bongarçon, avec le danseur solo Samuel Joseph. Ici, le spectacle s’intitule simplement Flag, non comme l’effigie d’une patrie, mais plutôt comme l’étendard d’une indéfectible aspiration à la liberté que ces artiste portent au devant d’eux.
Tous en solo, les autres tableaux, faisant partie de ce schéma chorégraphique qui défie les territoires et les spécialités, s’intitulent Flagrant délit d’évasion, Flat/grand délit de désordre public ou encore Flagrant délire d’insubordination… Les artistes abattent les murs, clament leur liberté de mouvement et les danseurs prennent la parole, comme samedi soir au Caudan, Samuel Joseph a ponctué sa performance de quelques mots, apportant surtout une conclusion qui plaçait ce spectacle sous le sceau de l’espoir : « Sa pou amenn mwa lwen tré lwen kouma enn boémien dan la natir : héré ! »
D’une marche mesurée, le danseur a longtemps longé les limites d’un grand rectangle, espace formaté, à pas glissés exécutés lentement, épaules tombantes et échine courbée, portant telle une offrande, un objet rond et noir dans les mains. Puis le danseur s’est de temps à autre extrait de cette routine spatiale et temporelle, dans des performances toutes en vigueur souvent inspirées du hip hop, et de plus en plus longues. Sur un fond sonore de musique house et de voix de l’opéra baroque, dans une élégante souplesse, les figures réarticulaient le corps comme l’illustration du désir profond de s’extirper de la gangue, voire de s’extraire d’une matière invisible qui englue dans la médiocrité et confond dans le quiconque… Ici, un corps, individu unique devant l’infini, détourne un espace urbain et en prend possession, lui apportant la poésie, gratuitement et sans engagement de sa part. Le spectacle complet sera présenté au festival Tempo à la Réunion en 2014.