Le chorégraphe Jean-Renat Anamah présente du 25 au 30 septembre sa nouvelle création Street Notes au prochain festival de danse d’Itrotra à Tananarive, Madagascar. Il l’interprétera en duo avec son nouveau confrère Jason Louis, avant d’en finaliser la version longue, programmée à Maurice les 26 et 27 octobre, avec quatre danseuses supplémentaires. En répétition lundi, le danseur de Beau-Bassin nous raconte sa vision de la folie urbaine.
Jean-Renat Anamah et sa compagnie participent pour la deuxième fois au festival de danse d’Itrotra, l’événement chorégraphique le plus renommé de la région. Il part la semaine prochaine avec Jason Louis, qui l’a rejoint depuis le début de l’année, après avoir évolué surtout dans les circuits hôteliers au sein de SR Dance, la compagnie de Stéphane Bongarçon. Il avait, comme beaucoup de danseurs professionnels, déjà suivi des cours de JR Anamah, et nous confie avoir toujours souhaité un jour s’associer à lui pour entrer de plain pied dans l’univers de la danse contemporaine.
Dans le filage qu’ils nous ont présenté lundi, les danseurs brossent une vision déjantée de l’urbanité, reproduisant les mouvements des passants dans les rues, qui se croisent sans jamais se rencontrer. Street Notes est une pièce aux mouvements particulièrement vifs et rapides, souvent accompagnée du jeu désespéré et solitaire d’un piano, de musiques rock ou électro au rythme entêtant. La rue représente à la fois cette école de la vie qui transmet un savoir et une culture propre, et cet espace de plus en plus déshumanisé, où les humains se déplacent tels des robots aveugles et insensibles. JR Anamahnous confie avoir pensé aussi à l’exode de populations rurales entières en Afrique et à Madagascar notamment, qui quittent une vie modeste à la campagne pour s’entasser dans des bidonvilles urbains dans l’espoir d’y gagner mieux leur vie et d’accéder aux biens de consommation.
« Pour moi, à Maurice, la rue part en vrille, s’exclame-t-il avant de démarrer sa répétition. Elle est peuplée le plus souvent d’êtres qui semblent indifférents, qui se soucient avant tout du paraître. Et puis nous avons ce déferlement de commerces depuis quelques années qui fausse la vie sociale. Les gens ne vont pas dans la rue pour se rencontrer mais pour consommer. Cette évolution détruit la culture de la rue, cette école de la vie qui a vu naître le hip hop par exemple. Pour les danseurs, la rue est aussi un outil extraordinaire pour explorer l’espace. »
Spasmes et vanités urbaines
Vêtus de costumes relativement sobres marqués par leur asymétrie, nos danseurs commencent leur pièce avec des mouvements antagonistes transversaux qui installent d’emblée l’impression de folie et de vitesse urbaine. Les danseurs se croisent dans un va-et-vient incessant et aveugle. Puis au son du piano, ils vont se porter aux nues, pour ensuite sombrer dans le rejet et des figures spasmodiques aux rythmes entêtants. L’espace urbain est symbolisé par quelques accessoires, notamment ces lignes blanches que véhicules et piétons suivent tels des moutons de Panurge. Ici le danseur la suit, la tord, en fait un refuge, un cercle, un arc.
Une partie importante de Street Notes est consacrée au paraître et à l’art vestimentaire dans ses aspects les plus futiles. Les danseurs sortent une profusion de vêtements de toutes les couleurs d’un gros baluchon, avant plus tard de s’en vêtir de manière très excentrique. La bande musicale alterne à un moment donné, chants traditionnels africains et musiques électroniques semblant amener cette notion de rue comme lieu de rencontres culturelles.
La bande sonore joue sur le contraste entre la frénésie du chant, la désespérance du piano solo et la froideur folle des rythmes pulsatifs électroniques. Le chorégraphe fait aussi à un moment référence au séga qui pouvait se danser dans quelque cours ou coin de rue jadis, quand l’espace public était chaleureux et convivial.
Les danseuses qui vont participer à la version longue de cinquante minutes, sont Nadine Filipe, Camille Sénèque et Natacha Petit et une quatrième qui doit donner prochainement sa réponse. La version courte de Street Notes va également être présentée fin octobre à un festival de danse des Îles Canaries, et retournera sur la grande île, pour le Mitsaka 2011, à Tamatave.