David Bowie connaît la gloire dans les années 1960 avec la chanson Space Oddity. The Next Day, son 26e album studio, est sorti au mois de mars. À 66 ans, David Bowie continue sur sa lancée. Au cours de ces dernières décennies, il est devenu une icône qui influence et inspire.
Pour ceux qui sont nés dans les années 80, sachez qu’on retrouve sa trace chez Nirvana dans les années 90 (avec la reprise d’écorché vif de The Man Who Sold the World), tout comme dans les années 2000 chez les jeunes anglais branchés de The Kooks (dont le nom de scène est tiré d’une chanson de Bowie, parue en 1971) ou encore récemment chez la reine du marketing de la provocation, Lady Gaga (qui a choisi une couverture d’album largement inspirée de celle de l’album Aladdin Sane, sorti en 1973).
Le style originel de David Bowie est le glam rock. Apparu au tout début des seventies, ce rock glamour se définit par un code vestimentaire bien spécifique : tenues scintillantes, paillettes en-veux-tu-en-voilà, postures androgynes mi-homme mi-femme, avec une touche extraterrestre. C’est exactement le style qu’aura Bowie à ses débuts et qui le propulsera au rang de star. On en retrouve une parfaite illustration en 1972, avec la sortie de l’album mythique, The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars, qui sera un succès majeur des charts anglais.
Ziggy.
Ziggy Stardust est un personnage conçu et interprété par David Bowie au début. Cette icône du glam rock est au centre de l’album, qui relate de manière imprécise l’histoire d’un messager humain, doté d’une intelligence extraterrestre, cherchant à transmettre à l’humanité un message d’amour et de paix, mais qui finit par être détruit par ses propres excès.
L’on retrouve sur l’album le titre Starman. Et ce n’est pas par hasard que la comédie musicale française Starmania évoque un personnage appelé Ziggy. Un garçon pas comme les autres, qui chante Bowie comme étant le premier amour de sa vie.
Bowie, à travers Ziggy Stardust, a effectivement changé sinon bouleversé la vie de milliers d’Anglais, mais aussi d’autres personnes dans le monde. Pas seulement de jeunes homos qui vivaient dans le déni, seuls et malheureux dans leurs chambres.
Révélateur.
Ziggy fut un révélateur pour une époque entière. Notons que David Bowie s’est basé sur les personnages du film Orange mécanique de Stanley Kubrick pour les costumes de Ziggy Stardust. Il se nourrit de plusieurs disciplines, dont la littérature, et brasse déjà des idées radicales à travers ses paroles. Il dit à ses fans : “Vous pouvez être qui vous voulez !”
David Bowie a grandi dans la banlieue de Londres. Il est issu de cette génération d’un million de bébés, nés la même année (1947) en Angleterre. Il voulait déjà se distinguer par sa tenue vestimentaire pour sortir du lot. Il ne faut pas oublier que Bowie a longtemps subi le rejet et qu’on lui lançait des mégots à certains concerts.
Échaudé par ses échecs musicaux, le chanteur entame une retraite dans un monastère bouddhiste en Écosse, puis rejoint la troupe avant-gardiste du mime Lindsay Kemp, qui mêle mime, poésie et musique sur scène.
Tendances.
David Bowie a toujours montré une aptitude particulière à percevoir avant les autres les tendances musicales. Sa première réinvention le révèle au grand public avec la chanson Space Oddity, inspiré encore une fois par Kubrick et L’Odyssée de l’espace. Un premier tube au Royaume-Uni parce que la BBC l’utilise comme générique de ses émissions couvrant les premiers pas de l’homme sur la lune.
L’évolution de Bowie est mise en parallèle avec celle d’un autre rocker du même âge, de la même nationalité et ayant la même attirance pour les fringues bariolées : Marc Bolan. Chacun peaufine ses créations, et les deux amis vont connaître le succès pratiquement au même moment en imposant cette fameuse mixture électrique qu’est le glam rock.
Physiquement, David Bowie a repoussé les limites. Plus question de simples paillettes ni de frous-frous, mais une véritable transformation androgyne. Sa rencontre avec Lindsay Kemp fut décisive dans son jeu de scène car elle lui enseigne le mime et l’expression corporelle, lui fait découvrir le poète français Jean Genet, qui marquera Bowie. On remarque aussi une influence de John Lennon, avec qui il signera les paroles du single Fame, et de George Orwell (l’album Diamond Dogs est librement inspiré du roman 1984) pour l’écriture.
Influent.
À Los Angeles, Bowie tourne The man who fell to earth avec Nicolas Roeg. Parfois victime de crises de paranoïa dues à sa consommation élevée de coke, famélique, il adopte le look éthéré du personnage d’extraterrestre, et devient l’élégant Thin White Duke, pour un album soul-expérimental.
Parallèlement, il se met à peindre, voyage en Allemagne avec Iggy Pop, produit les albums  de l’Iguane, poursuit sa carrière d’acteur dans un second film, Just a gigolo, avec Marlène Dietrich et Kim Novak. Il reviendra au cinéma dans le rôle d’Andy Warhol pour le film Basquiat de Julian Schnabel.
Après un sondage parmi les musiciens du moment, le magazine NME le sacre : artiste pop le plus influent toutes époques confondues, devant Radiohead, les Beatles, Bob Dylan ou Kraftwerk.