La chasse à la dizaine de milliards (MD) de roupies détournés par le système BAI au profit du Chairman Emeritus, Dawood Rawat, BAI Dawood pour ses intimes, est lancé. Mais à ce stade, tout semble indiquer que c’est une mission impossible qui sera lancé, vu que le système de Siphoning Off of Funds de ce groupe s’est échelonné sur ces 15 à 20 dernières années. Les premiers chiffres découlant de l’exercice d’Audit Trail initié par les Conservators de BAI Co (Mtius) Ltd, André Bonieux et Mushtaq Oosman de PwC, donnent tout simplement froid au dos pour ne pas dire le vertige. Le trou laissé dans les finances du groupe BAI est de l’ordre de Rs 8,5 MD, sensiblement le budget du ministère de la Santé ou encore celui de la force policière pour une année. C’est ce qui explique les commentaires sans bornes des membres du clan Rawat ne se privant nullement pour transmettre des SMS truffés de menaces comme  « F… you all. Dawood has nothing to lose, he can buy and sell you guys in a blink of an eye. Do you know how much money he has and who his friends are? »
Toutefois, il n’est pas exclu que ce montant soit modifié à la hausse dans les jours à venir car les comptes d’autres sociétés de l’empire-Rawat, comme la chaîne de magasins populaires Courts, attendent d’être vérifiés par les Conservators nommés par la Financial Services Commission (FSC). Ces compléments d’informations, qui devront être collectés cette semaine, devront être inclus dans le rapport préliminaire du tandem de PwC à être soumis à la FSC vers la fin de la semaine.
Dans la conjoncture, les Single Premium Endowment Policies, ou communément le Super Cash Back Gold rémunéré à des taux d’intérêts de 12%, avec des placements de Rs 21,6 MD au nom de 24,143 clients recensés officiellement, constitue un casse-tête chinois pour les autorités et le pire cauchemar pour ceux qui avaient osé faire confiance à l’assurance affichée par le groupe BAI. Ces deux groupes d’intérêts ont un seul but: recouvrer ces placements. Mais pour cela, il faudra « déshabiller financièrement » Dawood Rawat, un des derniers Mauriciens décoré de la Légion d’honneur de la République Française, qui a trouvé refuge tantôt à La Valette, Malte, tantôt à Londres, en Grande-Bretagne.
Une dizaine de jours après l’électro-choc de la BAI Saga et le temps de prendre la mesure des premiers dégâts, le ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, interrogé hier par Week-End, alors qu’il était présent à la cérémonie de signature de Transfer of Undertaking en vue de la mise en opération de la New National Commercial Bank Ltd., a déclaré : « L’enquête commence maintenant. Dawood Rawat a saigné à blanc le congloérat BAI. » Il n’a pas voulu s’étendre davantage en commentaires en laissant le soin aux Conservators de poursuivre le travail de Forensic Auditing en vue de retracer le moindre sou détourné en faveur de ce qui est présenté dans certains milieux comme BAI Dawood.
Les recoupements d’informations effectués par Week-End auprès des sources concordantes et autorisées, le chiffre de Rs 8,5 MD de détournements des différentes sociétés du groupe BAI se confirme. « Ce trou de Rs 8,5 milliards figurera dans le rapport préliminaire des Conservators de vendredi prochain même s’il existe la possibilité que ce montant soit gonflé davantage avec d’autres systèmes de Siphoning Off of funds. Il est question que Dawood Rawat ait mis en place un système de commission représentant 3% du chiffre d’affaires des sociétés faisant partie du groupe. Cette commission était versée au patron de la BAI peu importe si la compagnie réalisait des profits ou pas. La suite de l’enquête d’André Bonieux et de Mushtaq Oosman devra apporter la preuve formelle de ce paiement systématique de commissions à hauteur de 3% », indique-t-on dans ces mêmes milieux.
Entre-temps, ce qui est donné comme une certitude est ce premier trou de Rs 8,5 MD détournés en faveur de Dawood Rawat avec des versements dans des sociétés où il détient le captal à 100% comme l’Ultimate Holding de KLAD Investment Corporation, basée aux Bahamas. La plus importante partie de ce magot de Rs 8,5 MD a été puisée des contributions sous le Super Cash Back Gold, avec 7 clients sur 10 ayant investi jusqu’à un maximum de Rs 1 M, représentant soit la compensation pour le Voluntary Retirement Scheme (VRS) dans l’industrie sucrière, soit le Lump Sum des fonctionnaires, notamment des policiers, des instituteurs ou autres Clerks partant à la retraite.
Dawood Rawat a bénéficié personnellement d’un jackpot – le terme est faible dans le contexte – de Rs 6,4 MD sous le Super Cash Back Gold. Ce transfert s’est fait par le truchement d’avances consenties par la BA Insurance Co. à la BA Investment Co. au profit du Chairman Emeritus, qui a déjà soumis sa démission en tant que Chairman de GlobalCapital, société basée à Malte, avec l’éclatement du scandale. Les opérations de GlobalCapital, dont Moussa Ibrahim Rawat en est maintenant le Deputy Chairman, devront faire très bientôt la Une de l’actualité pour mieux comprendre les dessous des transferts de fonds à partir de Maurice pour le compte de Dawood Rawat.
Encore, la BA Investment Co. Ltd a pompé une somme de Rs 1 MD de la compagnie Iframac avec des enseignes de prestige au-dessus de tout soupçon. Plus grave encore est que le système Dawood Rawat obtenait à chaque fin de mois un chèque de Rs 15 M, représentant des paiements en tant que Management Fee, soit Rs 180 M par an, d’Iframac. Le dernier chèque a été émis en faveur de Dawood Rawat en février dernier et l’une des premières décisions des Conservators a été de stopper ce paiement depuis la fin de mars.
Dans des milieux d’affaires et comptables, on s’explique mal le fait que ce paiement d’un Management Fee de Rs 15 M pour assurer la seule présence de deux Managers au garage d’Iframac ne figure nullement dans le rapport des auditeurs de la compagnie. En conséquence, les pertes de ce concessionnaire de voiture trouvent leurs explications dans de système de détournement. Aujourd’hui, Iframac, qui pourra difficilement assurer le versement des salaires de son personnel à la fin du mois, est déjà en retard de 90 jours de crédits avec un de ses fournisseurs, notamment les constructeurs automobiles de la marque Mitsubishi.
Le Bramer Property Fund, qui gère des avoirs évalués à Rs 4,2 MD fin décembre 2014, valeur en baisse de 10% par rapport au précédent exercice financier, s’est également transformé en une « vache à dollars » pour Dawood Rawat au fil des années. Les livres de comptes et autres documents du Bramer Property Fund confirment des transferts conséquents, dont Rs 600 M à la société Seaton Investment Limited, qui contrôle à 100% la British American Insurance Co. (Mauritius) Ltd.
Un autre transfert de Rs 475 M ($ 14,9 M) a été opéré du Bramer Property Fund au profit de KLAD Investment Corporation aux Bahamas, sous le contrôle personnel de Dawood Rawat et qui détient 85,80% du capital de Seaton Investment Limited. Le Tracking Down de ces Rs 8,5 MD dans les livres de comptes du groupe BAI et dénonçant Dawood Rawat comme « the main culprit » devrait ouvrir une autre perspective à la BAI Saga dès le début de cette semaine.
Le Central CID, qui a déjà enregistré les premières dépositions des représentants de la Banque de Maurice et de la FSC au cours de la semaine écoulée sur le scandale BAI, devra passer à la vitesse supérieure. Il faudra s’attendre à voir les Conservators de la BAI Co (Mtius) Ltd se rendre aux Casernes centrales pour donner leurs versions des faits et soumettre la Documentary Evidence Incriminating Dawood Rawat.
À partir de là, des procédures en vue d’émettre un mandat d’arrêt international avec un Red Notice Flagged par Interpol contre le Chairman du groupe BAI seront enclenchées. D’autres membres de la famille Rawat étroitement liés à la gestion des affaires du groupe pourraient également être convoqués même si jusqu’à hier, aucune indication officielle ne ce sens n’était disponible.
La liste initiale des 18 membres de la famille Rawat et de la direction de la BAI, faisant l’objet de Notice of Arrest on Departure, logé au Passport and Immigration Office, a été modifiée avec le nom d’un membre de la famille Rawat enlevé sur ordre formel. De son côté, Seemadree Rajanah, Chief Executive Office de BAI Services Group, qui avait participé à un éventuel Management Buy-Out du groupe au plus fort de la crise, a obtenu l’autorisation de quitter le pays avec un Restricted Passport sur ordre de la juge Manna-Jugessur contre une caution de Rs 500,000.
Difficile à dire si dans les jours à venir, les convocations formelles pour interrogatoire Under Warning précéderont des motions en Cour suprême pour enlever les Objections to Depature ou vice-versa après le Test Case de Seemadree Rajanah, qui avait retenu les services de Me Pazhany Rengasamy.
Affaire à suivre…