Paul Bérenger proteste contre le fait que des partymen ont été nommés à la tête de l’État. Arvin Boolell, nouveau leader de l’opposition dont on ne comprend pas trop la stratégie, affirme que la population est choquée par le choix du président. Pravind Jugnauth leur répond qu’il trouve amusant qu’ils lui reprochent de faire ce que les partis qu’ils dirigent — ou représentent—- font depuis que Maurice est passé au statut de République. En effet, la seule présidente qui n’était pas une party  woman a été Ameenah Gurib-Fakim, mais elle avait été présentée, dès le départ et bien avant les élections, comme une nominée politique.

En dehors d’elle, tous les présidents de la République et leurs adjoints ont été des partymen, même Cassam Uteem. Avec cette différence que dès son élection, Cassam Uteem a su à travers ses paroles et ses actions transcender la fonction et se faire accepter comme président de la République de tous les Mauriciens. Qu’on le veuille ou non, il est l’exception qui confirme la règle. Il est vrai que, par rapport au passé, c’est la première fois qu’on nomme à la présidence un homme politique et ancien ministre sortant, à qui son parti n’a pas jugé bon d’offrir un ticket aux dernières élections. Il est également vrai que c’est la première fois que le poste de vice-président est offert à un candidat qui n’a pu se faire élire à la dernière élection générale. De quoi apporter de l’eau au moulin de ceux qui disent que les postes de président et de vice-président ont été dévalués, pour être transformés en lots de consolation offerts pour services rendus au parti. Certains osent même utiliser le mot loterie.

La manière dont les nominations ont été faites peut laisser penser que les nommés ont été choisis à la toute dernière minute, dans la mesure où c’est dimanche, dans la soirée, qu’ils ont été informés qu’ils allaient être élus le lendemain. Cette nomination présidentielle démontre aussi à quel point en quelques législatures le Parlement est devenu un rubber stamp pour le gouvernement. Ou, du moins, il est traité ainsi. On dirait que les parlementaires de la majorité n’ont que deux fonctions essentielles : voter toutes les propositions du gouvernement et applaudir bruyamment ses mesures, principalement les parties populistes du discours du budget. Du point de vue du gouvernement, la majorité ne sert qu’à une chose : suivre à la lettre les instructions données par le parti. C’est pour cette raison que l’identité du nouveau président et celle de son adjoint n’ont été révélées aux parlementaires que quelques minutes avant le vote. Et comme ceux de la majorité se comportent déjà comme de bons suiveurs d’instructions, ils ont voté comme un seul homme, alors que l’opposition a fait le contraire. Même si son leader a félicité protocolairement les nouveaux nommés/élus. Comment un président et un vice-président nommés dans de telles conditions pourraient-ils ne pas suivre les instructions et ne pas se transformer, eux aussi, en rubber stamp ?

Si l’opposition conteste les nominations à la tête de l’État, elle se garde bien de remettre en question le système selon lequel elles ont été faites. Et pour cause, tous les partis politiques utilisent le même système pour choisir leurs candidats aux élections, leurs dirigeants et composer leur frontbench parlementaire. C’est un système entretenu et développé depuis l’indépendance qui proclame qu’à Maurice tout ne peut fonctionner que dans le respect de l’équilibre de la balance communale. C’est ce que Pravind Jugnauth appelle, depuis quelques années, les réalités électorales. Des réalités dont il a tenu compte pour former son gouvernement, tout en envoyant des signaux négatifs pour certains électorats — ceux qui ne l’ont pas assez soutenu — et positifs pour d’autres qui ont suivi la consigne du vote bloc.

Aussi longtemps que les partis politiques pratiqueront ce système, nous aurons à la tête de l’État et de nos institutions des hommes et des femmes nommés, pas en fonction de leur intelligence, de leur compétence et de leur expérience professionnelle, mais d’abord et avant tout en raison de leur appartenance communale. Venir critiquer ces nominations en faisant référence au party system ou au choc ressenti par la population fait aussi partie du système et de l’hypocrisie qui le font fonctionner.