SOONDREN KARUPUDAYYAN

Depuis mon départ à la retraite en 2010, beaucoup d’améliorations ont eu lieu dans les collectivités locales. Cependant, je pense qu’il existe toujours une grande disparité entre les municipalités et les Conseils de District. Les citadins doivent s’acquitter d’une taxe municipale. En ajoutant cela à l’argent que le gouvernement leur accorde, c’est évident en fin de compte que les municipalités ont plus de ressources, en termes financiers, à leur disposition pour offrir un service de qualité aux citadins et pour financer de nouveaux projets. Dans les villages, par contre, c’est autre chose.  Il y a de nombreux projets qui attendent des années pour voir le jour faute d’argent. Que faire? Je pense qu’il ne faut pas être totalement dépendant du gouvernement central et essayer de se débrouiller pour trouver des fonds. L’organisation de la première édition des Jeux de l’Ouest en est la preuve. Ces jeux, ayant rassemblé plus de 2000 athlètes, avaient bénéficié du soutien du ministère de la Jeunesse et des Sports et de celui des Administrations régionales mais ont été soutenus dans une grande mesure par le secteur privé et des bénévoles. Je souhaite que d’autres initiatives de ce genre, réunissant les secteurs public et privé, aient lieu le plus souvent. Ce sont les gens de la région qui en sortiront gagnants. Et c’est justement un des objectifs premiers du Conseil de District de Rivière-Noire que d’être “efficient, pro-active and people oriented”.

Ensuite, il y a l’état des infrastructures des régions rurales qui laissent souvent à désirer. Prenons l’exemple des bibliothèques publiques des villes et celles des villages, il existe un monde de différence entre les deux. Je ne dis pas qu’il faut qu’on ait les mêmes infrastructures que dans les villes. Il faut qu’on soit réaliste. Il n’est jamais question de comparer mais au contraire je pense qu’il faut apprendre de ce qui se fait en ville ou ailleurs pour créer des bibliothèques de qualité afin de pouvoir répondre aux besoins de la population. Il faut qu’on recrute des gens compétents pour ces bibliothèques. Créer un espace autour où les enfants pourront lire des livres mais aussi pratiquer d’autres activités créatives. J’ai pris l’exemple des bibliothèques publiques parce que l’avenir de notre pays repose sur les enfants d’aujourd’hui. J’ai connu la misère et je n’oublierai jamais le temps où il n’y avait pas de lumière et où on devait se contenter de lire à l’aide des lampes à pétrole. Aujourd’hui, tout a changé. Ce sont les deux principaux domaines dans lesquels je pense qu’il faudra continuer à travailler pour qu’on ait des Conseils de District plus performants, c’est-à-dire, réduire la disparité entre les municipalités et les Conseils de District, et ensuite avoir des infrastructures à la hauteur des espérances de la population villageoise.

Les premiers jours de ma carrière à Rivière-Noire ont débuté dans les petites maisons en béton qu’on louait à cette époque-là et, aujourd’hui, je suis fier d’avoir apporté ma petite pierre à l’édifice en réalisant, avec le soutien de toute une équipe, un rêve tant attendu par les habitants de cette région, c’est-à-dire, construire un nouveau bâtiment cinq étoiles qui sert actuellement comme quartier général du Conseil de District de Rivière-Noire et qui se situe à la route Geoffroy, à Bambous. Grâce au ministre des Administrations régionales d’alors, le conseil a pu recevoir une forte somme d’argent pour construire le mur tout autour du bâtiment et, en même temps, améliorer l’environnement en plantant des arbustes et des fleurs. Tous les habitants de la région sont fiers de ce quartier général qui est beaucoup plus accueillant.

Durant ma carrière, j’ai beaucoup voyagé, soit en mission, soit pour assister à des conférences internationales. J’ai pu visiter les Bahamas, la Nouvelle-Zélande, l’Europe, l’Afrique et tant d’autres pays et cela m’a permis d’acquérir beaucoup d’expériences pour le bénéfice de mon pays. Par exemple, on a pu procéder à l’aménagement des drains à Rivière-Noire inspiré de ce qui se fait aux Seychelles. Par ailleurs, j’estime que le dessalement de l’eau de mer doit être mis en exergue à Maurice. Cela nécessitera certes un investissement important, mais si nous nous inscrirons sur le long terme dans ce contexte, certains problèmes liés à l’eau pourraient être contenus. Aux Seychelles, certains villages sont entièrement dépendants du dessalement pour y obtenir de l’eau potable. Donc pourquoi pas ici?

De jeune recrue en tant que Welfare Officer, en 1972, pour terminer à la tête du Conseil de district en tant que Chief Executive, en 2010, je suis heureux d’avoir pu servir mon pays et, en particulier, les habitants de Rivière-Noire qui ont été ma famille pendant plus de 18 ans.

Pour conclure, je note que par le passé il n’y avait que quatre Conseils de district, à savoir Pamplemousses-Rivière du Rempart, Moka-Flacq, Grand-Port- Savanne et Rivière-Noire, mais aujourd’hui chaque district rural dispose de son conseil. Ce qui facilite la vie des habitants pour entreprendre des démarches.

Après mon départ, Madame Bhujoharry a su prendre la relève. Actuellement, c’est Jean-François Dorestan, qui est le Chief Executive du Conseil de Rivière-Noire, et selon moi, il guide bien le conseil. Je profite d’ailleurs de cette occasion pour leur souhaiter bonne chance.