Après le tri des déchets, place au grand recyclage. Pour la récupération des déchets électoraux et leur transformation en produits à forte rémunération, l’exercice est presque complet. Eddy Boissézon, candidat battu à Curepipe/Midlands s’est vu offrir un poste de vice-président de la République. Rien que ça.

Nilen Vencadasmy, rejeté par le No 1, celui qui ne s’attend jamais à rien, mais qui finit toujours par obtenir quand même une récompoanse ou un lot de consolation, a été nommé à la présidence de la MTPA, alors qu’on aurait pu le retrouver dans les secteurs plus en phase avec ses prises de position comme les droits de l’homme. Mais, strass, paillettes, déplacements et peut-être même tapis rouge à Cannes en vue, c’est quand même bien plus glamour.

Shakilla Jhungeer, qui a reçu un imparable bon de sortie de la part des électeurs du No 2, a été une des premières casées. Si elle n’a pas retrouvé son siège de commissaire à l’ICAC, où elle était une habituée de « lev pake reste », elle a été parachutée sur le conseil d’administration d’Air Mauritius.

Son colistier, non moins malheureux, Zouberr Joomaye, a paru se contenter d’un poste de conseiller en matière stratégique auprès de Pravind Jugnauth. Le job peut ne pas paraître très reluisant, mais avec un passeport diplomatique et une carte de visite avec le sigle du PMO, cela peut certainement ouvrir bien des portes. Et lorsqu’on a, pas un, mais deux projets de clinique, cela peut-être d’un grand atout.

Ashit Gungah, l’ancien ministre du Commerce et de l’Industrie, dont on attend toujours des explications sur la cargaison d’essence controversée qui a affecté 3, 000 véhicules, a lui aussi été vite et discrètement casé à la direction du National Productivity and Competitiveness Council. Mahen Jhugroo, ministre sortant, sorti au No 15, s’envolera, lui, très bientôt pour Washington pour remplacer Sooroojdev Phokeer.

Françoise Labelle, du groupe Obeegadoo, terrassée au no 16, sera prochainement casée au sein de la chancellerie mauricienne à Pretoria. Seety Naidoo, bras droit du Premier ministre adjoint, battu au No 19 a, lui, très vite retrouvé son poste, réservé, de président du CEB.

Dans la catégorie des recyclés, ils ne sont pas mal lotis non plus. Pradeep Roopun, le ministre devenu indésirable au No 9, a atterri à la State House et se balade à grande vitesse avec son cortège à travers le pays. Showkutally Soodhun, qui avait un dossier trop épais pour être candidat à une élection générale, est quand même assez qualifié pour être ambassadeur en Arabie Saoudite.

Les missions à l’étranger étant devenues les sinécures ou les maisons de retraite de candidats évincés, comme Raj Rampertab, ancien PPS qui est annoncé à Kuala Lumpur, Alain Wong, passé du bleu à l’orange, va, pour sa part, trouver refuge à l’ambassade mauricienne à Beijing. Même sort pour une autre transfuge, Marie Claire Monty qui devrait bientôt poser ses valises dans la capitale australienne, Canberra.

La valse des nominations au sein de l’Etat MSM se poursuit depuis peu à une cadence accélérée. Il y a eu l’IBA et son illustre inconnu de président, puis, plus récemment, les postes sensibles et stratégiques comme celles de la Banque de Maurice.

Si Harvesh Seegoolam et ses gouverneurs adjoints ne sont sans doute pas les pires cadres qui pouvaient y être installés — parce qu’avec le MSM, il faut s’attendre à tout — des questions restent quand même posées, celle, par exemple, qui porte sur sa compagnie V-Sheel Group, laquelle avait bénéficié d’un contrat du HRDC pendant que son père y officiait comme directeur. Cela lui avait valu une condamnation de 90 heures de travaux communautaires pour conflit d’intérêts. C’était peut-être à l’insu de son plein gré, comme on dit, mais il en était quand même ce qu’on appelle dans le jargon criminalo-légal l’« ultimate beneficiary » de cette pratique frauduleuse. Ce qui est certain, c’est que, dans un autre pays, de telles nominations, a fortiori à la Banque centrale, ne se seraient pas passées comme ça.

A la PSC, ça commence déjà bien avec un président qui pousse le culot et la grossièreté jusqu’à se proclamer « intellectuellement raffiné ». S’il l’était vraiment, Vidianand Lutchmeeparsad ne l’aurait pas dit et il n’aurait pas battu son propre tambour de la sorte. On espère qu’à la tête de la PSC, il ne dira pas : « I just obeyed », comme il l’avait si finement déclamé devant la Commission Britam, alors qu’il avait été dépêché pour discuter avec la partie kenyane.

Et pendant que la distribution des « jobs for the boys and girls » bat son plein, le pays est confronté à de sérieux problèmes sociaux. Les féminicides et les attaques lâches sur des personnes âgées se multiplient, des enfants sont jetés sur le pavé en fin de parcours scolaire, meurent de drogues synthétiques ou deviennent père ou mère à 14 ans.

Les services censés prévenir de telles situations ou intervenir pour éviter ces drames humains insupportables sont soit dépassés, soit ils sont peuplés de ces agents politiques qui se contentent de jouir de leur « boutt » et qui prennent de tels cas à la légère. Tant que l’on restera dans le népotisme, le favoritisme, le symbolisme religieux, les totems et le clientélisme, on n’arrivera pas à surmonter ces problèmes. Les plus grands comme les plus petits d’ailleurs.

Comme le font remarquer les Mauriciens d’un certain âge : à quoi servent les grands discours sur l’objectif de devenir un pays à haut revenu si l’on n’est plus capable de fixer une plaque de « man hole » sur la grande route et que les panneaux de signalisation indiquant des déviations sont toujours en place deux ans après la fin de travaux routiers ? De légitimes interrogations en effet.