DR DIPLAL MAROAM

Au sens propre comme au figuré, presque tous les pays de l’hémisphère nord ont eu chaud, très chaud même, cet été. Sécheresses, inondations, températures caniculaires, etc. – en effet, d’année en année, ces catastrophes naturelles deviennent de plus en plus fréquentes et leurs effets, de plus en plus aigus. Même la Suède, pays d’Europe du Nord, a été la proie des incendies de forêt très dévastateurs qui ont duré plusieurs semaines. En même temps, le sommet d’un massif montagneux de ce pays scandinave a perdu son statut de point culminant en raison de la fonte d’un glacier de plusieurs mètres qui le recouvre.

Les émissions de carbone dans l’atmosphère, principale source de ce dérèglement climatique, sont normalement absorbées par les forêts et les océans; cependant, les forêts, à l’instar de celles de l’Amazonie, qui abritent la biodiversité terrestre la plus riche de la planète, se rétrécissent alors que les océans montrent déjà des signes de saturation en gaz carbonique (CO2). Et si cette tendance se maintient, la Terre franchira inexorablement un point de non-retour, un basculement qui pourrait intervenir « dans quelques décennies seulement », selon une étude de la revue américaine « Proceedings of the National Academy of Science » (PNAS) publiée au début du mois d’août. Selon cette étude toujours, même un réchauffement de 2⁰°C, le maximum préconisé par l’accord de Paris de décembre 2015, pourrait activer d’importants éléments de rupture, augmentant ainsi davantage la température atmosphérique et suscitant un effet domino pouvant entraîner la planète vers des cataclysmes bien plus désastreux que ceux que l’on connaît aujourd’hui. Or, selon les estimations, le CO2 et le méthane emprisonnés dans le permafrost, sol gelé en permanence en Russie et au Canada, correspondent à environ 15 années d’émissions humaines. Et en cas de dégel, ces gaz relâchés dans l’atmosphère – quoique pour l’instant en quantité négligeable – accéléreraient le réchauffement et libéreraient encore des gaz à effet de serre. Idem pour les hydrates de méthane que renferment les fonds marins et également vulnérables au phénomène du réchauffement. Avec un tel scénario, la hausse de la température moyenne de la Terre pourrait se stabiliser à +4⁰°C voire même +5⁰°C par rapport à l’ère préindustrielle, bien au-delà donc de l’objectif de l’accord de Paris, selon les prévisions des chercheurs ayant participé à l’étude du PNAS.

Il faut aujourd’hui se rendre à l’évidence : c’est bien l’incompatibilité d’un modèle de développement économique avec la préoccupation écologique fondamentale au niveau global qui se trouve sur le banc des accusés. Notre planète crie déjà au secours en pointant du doigt cette folie outrancière de production et de consommation avec en toile de fond la croissance à tout prix pour maintenir à flot un système économique dont l’existence dépend entièrement d’une alimentation abondante et ininterrompue en matières premières. Ce qui provoque un changement majeur au niveau environnemental d’autant que la concentration du gaz principal de réchauffement climatique, le CO2, a déjà franchi le seuil symbolique de 400 ppm, par rapport à 280 ppm au début de la révolution industrielle. Selon de nombreux observateurs, la décision du président américain de renoncer au COP21 – l’accord de Paris « constitue un obstacle majeur à notre économie », avait-il alors prétexté – ne peut être dissociée des intérêts financiers inavouables des grands groupes pétroliers dont les contributions à la caisse de la campagne électorale de 2016 sont estimées à plus de 100 millions de dollars et dont 90% étaient destinés aux candidats républicains. Mais la corruption d’un système politique qui phagocyte tant les principes de base de la démocratie et de la bonne gouvernance, n’est pas un phénomène endémique aux États-Unis ; aucun pays, y compris le nôtre, n’en est épargné. Ainsi, avec un Donald Trump rejoignant donc le camp des climato-sceptiques, suscitant du coup la relance de l’industrie du charbon et d’autres énergies fossiles, la menace sur l’ensemble de la biosphère ne fait que s’amplifier. Le temps presse, la bio-capacité de la Terre est limitée et la course infernale vers la croissance risque de la suffoquer davantage.

Déjà, le 1er août dernier, la population mondiale a épuisé l’ensemble de ressources que la Terre peut produire pour l’année 2018. Ce « jour de dépassement » déterminé par le groupe de la protection de la nature, le « Global Footprint Network » intervient d’année en année, malheureusement, de plus en plus tôt. À ce rythme, suscité principalement par l’insouciance humaine, même deux planètes ne seraient bientôt plus suffisantes pour assurer la survie de l’humanité.