Le Marocain, actuellement à Maurice, a déjà parcouru 19 pays africains

Il a quitté le Maroc il y a près de deux ans sans le sou. Depuis, il a visité 19 pays grâce à la générosité des personnes rencontrées sur son passage. Yassine Ghallam, 32 ans, s’est lancé le défi de faire le tour du monde en six ans. Après l’Afrique, il attaquera l’Asie avant de finir son périple en Amérique. En attendant, il dit avoir vécu jusqu’ici des expériences humaines enrichissantes, même si certaines rencontres lui ont donné des sueurs froides.

Technicien en électromécanique, le Marocain Yassine Ghallam aime l’aventure et le challenge. C’est ainsi qu’il a voulu réaliser le pari fou de parcourir le monde sans un sou. Pas d’objectif de record en vue, pour le moment, mais seulement le désir d’aller à la rencontre des gens et, par la suite, de raconter ses aventures dans un livre. Il s’est d’ailleurs mis à l’écriture, dès qu’il a traversé la frontière du Maroc, il y a deux ans. Chaque jour et chaque rencontre lui permettent de construire ce projet, petit à petit. Il partage ses aventures sur ses comptes Facebook et Instagram, ainsi que sa chaîne YouTube. C’est ainsi que les gens le connaissent et l’aident à réaliser son rêve.

Quand nous l’avons rencontré à Grand-Baie, il y a quelques jours, Yassine Ghallam avait déjà un programme bien planifié pour son séjour à Maurice et la suite de son voyage. « Les gens ont pris connaissance de mon projet sur les réseaux sociaux et m’invitent à dormir chez eux. J’ai quitté le Maroc sans un sou et c’est grâce au “couchsurfing” que j’ai un endroit pour manger et dormir. Quand je n’ai aucun endroit où aller, il m’arrive de dormir dans les mosquées ou les églises », dit-il.

Initialement, le jeune homme devait aborder son périple à pied. Mais avec 68 kg à transporter, cela commençait à devenir difficile. « J’ai quitté le Maroc à pied en janvier 2017. Je suis arrivé jusqu’à Dakar à travers la Mauritanie. À Dakar, j’ai trouvé un petit boulot de technicien. J’ai réparé une machine et j’ai gagné 100 USD, qui m’ont permis d’acheter mon vélo. C’est plus facile pour moi de transporter mes bagages, qui comprennent entre autres un sac de couchage, des vêtements, ma caméra et autres matériels. »

Rencontres inattendues

Yassine Ghallam a ainsi pédalé de Dakar, au Sénégal, à la Guinée-Conakry avant de rejoindre le Ghana, le Togo et le Bénin. Là, il a été atteint de paludisme et a dû se soigner avant de reprendre la route. « J’ai fait mon premier Ramadan au cours du voyage au Nigeria. Parcourir 60 km à vélo par jour, tout en jeûnant, n’était pas évident. De plus, j’ai fait un accident là-bas. Heureusement que ce n’était pas grave. » Avec son vélo abîmé, il a dû se remettre en marche avant d’en acquérir un autre. Mais il concède qu’au Nigeria, le climat est sec et qu’il est très dur d’y passer le Ramadan. De même, les gens sont « un peu agressifs ». Une situation qu’il attribue au fait qu’il y a « beaucoup de personnes ».

Au Gabon, Yassine Ghallam dit avoir dû traverser de grandes forêts. « J’ai croisé des chimpanzés, des serpents… Dans la forêt, les gens mangent tout ce qui bouge et il n’y a pas d’eau potable. » Dans le village qu’il a visité, dit-il, les gens ont leurs propres croyances. « Il n’y a pas de religion. » Son parcours l’a ensuite emmené au Congo Brazzaville, en Angola et en Namibie. « La Namibie est magnifique, mais les conditions sont difficiles. Les villes et villages sont très éloignés. Le désert est très sec. Par contre, j’ai fait de belles rencontres. Il m’est arrivé de croiser 48 éléphants en une journée. Un autre jour, j’ai aperçu deux lions en train de dévorer un buffle. J’ai observé de loin, car cela fait peur. »

Yassine Ghallam connaîtra également quelques difficultés en Namibie pour obtenir un visa pour l’Afrique du Sud. Aussi a-t-il dû retourner en Zambie à cet effet, en profitant au passage pour admirer les chutes Victoria. À la mosquée, il rencontre quelqu’un qui travaille à l’ambassade d’Afrique du Sud. Ce qui lui facilite la tâche. « En Zambie, j’ai vécu chez des villageois. J’ai mangé de la nourriture locale comme des feuilles de manioc et du maïs. Ensuite, j’ai pédalé 2 000 km pour me rendre au Mozambique. J’ai finalement rallié l’Afrique du Sud en passant par le Swaziland. »

D’autres aventures l’attendaient dans les grandes villes sud-africaines. Même s’il a fait de belles rencontres, il s’est aussi fait voler son vélo, qu’il avait surnommé « Mama Africa ». « C’était pendant le Ramadan, cette année. J’avais laissé mon vélo au bord de la route pour aller à la mosquée et, à mon retour, il n’était plus là. Pourtant, on m’avait bien mis en garde… » Il ajoute toutefois qu’il n’a pas eu à faire face à la violence en Afrique du Sud, même s’il est « très difficile d’y circuler ».

Sous la menace des kalachnikovs

C’est à la frontière entre la Côte d’Ivoire et le Ghana qu’il aura des sueurs froides. « Deux gars sont venus vers moi avec leurs kalachnikovs. Ils m’ont demandé mon argent et mon portable. Je leur ai dit que je n’avais pas d’argent et je leur ai raconté mon histoire en leur disant que j’avais besoin de mon portable, car c’est tout ce que j’avais. Ils ont fini par m’inviter à passer la nuit chez eux. »

Yassine Ghallam : « J’ai quitté le Maroc sans un sou et c’est grâce au “couchsurfing” que j’ai un endroit pour manger et dormir »

Yassine Ghallam invite aussi les jeunes à poursuivre leurs rêves, à ne jamais abandonner. « Je suis passé par tant d’épreuves en deux ans et je suis toujours là. J’aime l’aventure, j’aime l’adrénaline et j’aime rencontrer des gens. J’ai bien l’intention d’aller jusqu’au bout. » Avant d’arriver à Maurice, le Marocain a passé trois mois à Madagascar. Il dit avoir fait toutes les brousses et rencontrer beaucoup de personnes. « Quelqu’un m’a acheté un billet aller-retour pour Maurice. C’est ainsi que je suis arrivé ici. »

Maurice, avoue-t-il, représente une bouffée d’air frais pour lui après son périple africain. « Sur papier, on dit que Maurice, c’est l’Afrique. Mais moi, je vois plutôt l’Asie ici. Quand je suis arrivé, à l’aéroport, j’avais l’impression d’être en Inde. Je trouve formidable que les gens de différentes cultures et différentes religions se côtoient ainsi. L’exemple, comme ici, à Grand-Baie, avec l’église et la mosquée en face, ne se voit pas dans beaucoup de pays. »

Le hasard a voulu également que Yassine Ghallam visite Maurice pour Divali. Un moment de partage qu’il a su apprécier avec des habitants de Grand-Baie. « J’ai rencontré un musulman à la mosquée qui m’a invité à célébrer avec ses amis hindous. C’est extraordinaire. J’ai rencontré également beaucoup de touristes. Quand je suis arrivé à Maurice, j’ai visité la région près de l’aéroport. Il y avait déjà quelqu’un qui m’avait invité à rester chez lui via Facebook. En quittant Grand-Baie, je vais à Pamplemousse, où je suis aussi invité. »

Après Maurice, le jeune homme compte retourner à Madagascar, où il souhaite regagner la Tanzanie par bateau. Il compte escalader le Kilimanjaro avant de se rendre en Égypte en passant par le Kenya. Du Caire, il a prévu de se rendre en Arabie Saoudite pour accomplir le hajj, en 2019. Ensuite, il a prévu de mettre le cap sur l’Asie, avec notamment l’ascension du Mont Everest au programme, avant de se rendre en Australie, en Argentine et, finalement, finir son parcours au Canada, en 2023.

En deux ans, Yassine Ghallam dit avoir vécu sa plus belle aventure humaine au Togo. « J’ai vécu dans un village pendant 20 jours et j’ai enseigné le français et les mathématiques aux enfants d’une petite école. C’était un village très pauvre, mais les gens sont tellement chaleureux. Il y avait dans ce village une dame qui n’avait pas de jambes. C’est elle qui faisait à manger pour tout le village. Chaque jour, elle se glissait jusqu’à ma chambre pour m’inviter à passer à table. Quand je suis parti, elle a pleuré, me suppliant de rester. Cela m’a fendu le cœur. »