Les derniers rassemblements de la fête du travail avant que le pays ne soit rappelé aux urnes ont  finalement apporté de précieux enseignements. On ne s’attardera pas sur la guerre des foules, chacun aura déjà fait sa propre idée et aura tiré ses conclusions propres. Autant sur le contenu que sur le casting.

Pas grand-chose à dire sur ceux qui ont respecté l’intelligence de leurs partisans et qui leur ont tenu des propos sérieux et qui leur ont indiqué une feuille de route qui est raisonnable et responsable. A l’opposé, quel cynisme et quel mépris que chercher de manière systématique à acheter des votes avec des annonces tonitruantes! Et lorsque cela vient de ceux qui ont longtemps exercé le pouvoir, la démarche n’en apparaît que plus ridicule et répugnante.

Des promesses et certaines des plus mirobolantes ont été entendues. A Port-Louis notamment. Celle que l’on a particulièrement retenue est l’introduction d’une Economic Offender’s Act. Question de faire payer ceux qui prennent de mauvaises décisions économiques, comme la résiliation des contrats. Mais des décisions économiques brusques et irréfléchies, il y en a eu ces dernières années qui ont considérablement grevé les fonds publics. Surtout lorsque ceux qui font de belles promesses étaient aux affaires jusqu’à tout récemment.

On sait qu’en 1995, un ministre de l’Education travailliste avait décidé de faire évacuer ses services du Sun Trust et que cela a coûté au contribuable Rs 47 millions et que cette somme a considérablement enrichi la caisse de la famille à la tête du Trust. Comme nous aurions aimé que cette loi ait existé entre 2005 et 2010, lorsque les ministres de Navin Ramgoolam, qu’ils s’appellent Rajesh Jeetah ou Mahen Gowressoo, s’étaient engagés dans leur «gamble» sur le hedging à la STC. Une aventure qui a coûté Rs 6 milliards aux contribuables.

On ne peut que regretter également que cette Economic Offenders Act n’ait pas été déjà dans notre arsenal légal pour sanctionner ceux qui, à la tête d’Air Mauritius, avaient engagé la compagnie dans un autre exercice de «hedging» presque aussi coûteux et périlleux que celui de la STC. Alors, il vaut mieux prendre les promesses pour ce qu’elles valent, quoi qu’en disent certains universitaires en attente d’un ticket pour les prochaines élections générales qui se sentent obligés de ne pas froisser le distributeur d’investitures.
Le casting maintenant. Ce 1er mai nous a aussi ramenés à une triste réalité qu’ici nous n’avons jamais sous-estimée. On nous rabâche à longueur d’années qu’un renouvellement du personnel politique est indispensable. C’est une exigence qui est, certes, fondée mais la grande question qui demeure est celle-ci: faire partir les dinosaures, oui, mais pour les remplacer par qui? Par ceux qui ces jours-ci déjà provoquent un dégoût chez leurs pairs? Tant leur retournement et leur adhésion sont contraires aux grandes thèses qu’ils nous ont vendues pendant des années.

Le cas le plus éloquent est, sans aucun doute, celui de ce grand militant des droits de l’homme, pur et dur, Nilen Vencadasmy qui était sagement assis parmi les Soodhun et autres têtes pensantes du même acabit à écouter son leader justifier une des lois les plus rétrogrades votées ces dernières années, l’Immigration Act, ce texte scélérat voté pour punir et se venger d’un pilote qui, il ne le sait peut-être pas, l’a certainement transporté en toute sécurité dans une de ses missions à l’étranger.

Celui qui estimait impossible de se retrouver sur une estrade avec Pravind  Jugnauth a choisi le 1er mai pour faire son coming-out politique et il trônait fièrement sur l’opulente plate-forme du Sun Trust. Il est, avec Ken Arian, de la bande des fameux «macronistes». Enfin de cette ancienne «macronie» triomphante avant Alexandre Benalla, les gilets jaunes et les mea coulpa publics.

De ceux qui avaient fait une brève escapade jusqu’à La Réunion juste pour un selfie avec le candidat Emmanuel Macron. Il a finalement rejoint son bon ami Ken Arian, le conseiller politique du leader du MSM et président de Airports of Mauritius and of Rodrigues pour ne citer que quelques-uns des organismes d’Etat où il sévit. Indispensable qu’il est au dispositif politique de l’héritier du Sun Trust.
Entre la relève qui contredit ses principes déclarés et qui rejoint des équipes toxiques et celle qui est prompte à changer la couleur de leur veste, on en arrive à se demander si les dinosaures ne sont pas mieux. Il n’y avait pas plus travailliste qu’Avinash Teeluck. Tellement fan et tellement acquis à la cause du Labour qu’il avait été nommé à la tête du Trust Fund for Specialised Medical Care.

Et, le 1er mai il était à Vacoas en compagnie d’autres «pur sang» comme Sham Mathura. Ce propriétaire d’agence de formation qui  était travailliste jusqu’en 2010, jusqu’à ce qu’il soit privé d’investiture, a, ensuite, rejoint le MMM avant d’atterrir, à l’occasion de la campagne de décembre 2014, au MSM sur l’estrade des agents orange du No 14. Un peu comme Vikram Hurdoyal qui, dès qu’il a eu quelques démêlés professionnels avec Air

Mauritius, a vite fait de prendre le train du Sun Trust.
Pour la relève, il ne faut pas toujours compter sur les femmes. Regardez Nita Juddoo que le leader du MMM a choisie parce que jeune, parce que femme. Celle qui a été accueillie à bras ouverts et pour laquelle de nombreux militants ont arpenté jour et nuit les rues de Belle Rose/Quatre Bornes. Elle est aujourd’hui au MSM. Cette relève-là, non merci.