Du haut de ses 13 ans, Dean Rosalie roule à 100 km à l’heure. Ou presque. Mais il le ferait bien si ses petits moto-trails pouvaient atteindre cette vitesse. Qu’importe, ce touche-à-tout bien de son temps vit la mécanique passionnément. Tout comme il l’a fait pour l’électronique, le dejaying, la technologie, etc. Élève du Collège du St Esprit, il aime aussi faire la fête et vivre ses amitiés. Turbulent, le seul répit qu’il s’offre depuis c’est lorsque chaque semaine il se rend à l’hôpital pour une transfusion. Depuis qu’il a cinq ans, Dean Rosalie a appris à s’adapter à l’hémophilie de type A sévère. C’est peut-être pour cela qu’il a choisi de vivre la vie intensément.
“Je n’ai qu’une hâte c’est d’atteindre l’âge requis pour monter sur une grosse moto. La vitesse et les sensations face au vent me procurent tant d’émotions. Depuis que mon papa m’a offert mon premier moto-trail, je ne peux plus m’en passer. S’il ne me freinait pas je passerais mon temps dessus. Sortir mon engin du garage, le bichonner, démonter et remonter les pièces, avoir les mains sales, puis pousser le moteur à la vitesse maximale, là je suis dans mon élément. La mécanique est mon hobby favori. Je suis capable de monter les postes radios dans les vans de mon papa, de réparer les phares, d’installer un klaxon ou tout un système de lumière. Ce ne sont là que quelques exemples car je suis un touche-à-tout. Dès qu’un truc attire mon attention je ne peux pas m’empêcher d’en apprendre plus.
J’ai toujours eu plusieurs passe-temps mais pour l’instant c’est tout ce qui touche aux engins qui m’intéresse. D’ailleurs je me verrais bien mécanicien ou policier conduisant les bolides des Premiers ministres. Néanmoins, me connaissant, ça ne m’étonnerait pas que je change d’avis si je découvre et commence à m’intéresser à une autre chose comme ce fut le cas au temps où la musique et surtout les tables de mixages étaient devenues mon craze. J’avais 10 ans, et muni de mon kit de DJ, j’animais les fêtes de mes connaissances et on faisait même appel à moi lors de certaines activités organisées par l’Hemophilia Association of Mauritius dont je suis membre actif. Lorsque je me passionne pour un univers, j’y suis à fond et sans limite.
C’est vers l’âge de cinq ans que j’ai compris que j’avais une maladie. Je devais être accompagné d’une dame toute la journée à l’école primaire. Elle n’était jamais très loin de moi dans la cour de récréation. Lorsque la cloche sonnait, j’étais le premier à entrer ou sortir de classe. Mes parents m’ont alors expliqué ce que c’était l’hémophilie et les risques. Ils m’ont fait comprendre que je devais être prudent sans que cela m’empêche de vivre. Je ne me suis jamais senti différent des autres. J’étais assez turbulent, toujours à grimper et courir partout. La seule chose qui me dérangeait et m’agaçait c’était de devoir chaque semaine me rendre à l’hôpital, une contrainte que mes amis n’avaient pas.
Aujourd’hui je n’y pense même pas. Du moins jusqu’à vendredi soir car je sais que le lendemain il faudra me réveiller tôt. Ce rendez-vous est indispensable et il le sera toute ma vie. Sans cette dose d’injection de Facteur VIII nécessaire pour la coagulation de mon sang, les conséquences sont majeures comme des hémorragies sévères en cas de blessure et parfois des saignements spontanés et internes, notamment au niveau des articulations. Mais il n’y a pas lieu d’en faire toute une histoire. Je n’en parle jamais autour de moi. Pas parce que j’en ai honte mais parce que j’estime que je suis bien comme je suis et que d’autres n’ont peut-être pas cette chance. Jusqu’à présent tout ce que j’ai voulu faire, je l’ai fait comme apprendre à conduire une voiture. Il n’y a rien qui me différencie des jeunes de mon âge. Je joue régulièrement au foot, je fais de la natation, je joue de la batterie, je sors, je m’amuse, quoi demander plus à la vie.”