Le constat est là : nous vivons une crise sociétale aiguë. Les principaux facteurs responsables ont été identifiés. La dérive actuelle n’est porteuse de rien sinon d’une aggravation de la dépression pouvant déboucher sur une implosion ou une explosion sociale. Il y a donc urgence d’y remédier. Le moment est venu maintenant d’explorer et d’approfondir les pistes de sortie de même que les implications de leur concrétisation. L’heure est aux propositions, aux initiatives, aux idées pour qu’à travers un débat démocratique responsable qui soit à la hauteur des enjeux, on puisse dégager les grands axes de ce fameux projet de société.
Pour une vraie alternative
Il faut se dire d’emblée qu’il n’y a pas de recettes magiques ou de solutions-miracles. En raison de la profondeur et de l’ampleur des maux qui affectent notre société, les pistes de sortie seront en réalité d’importants chantiers constitutifs de ce qui s’apparenterait à une véritable « révolution culturelle ». Il faudra du temps pour que tout cela, une fois lancé, donne les résultats escomptés. Mais nous n’avons pas le choix.
On est à mi-mandat entre deux élections générales et l’échiquier politique est déjà en ébullition. Tout ce que nous pouvons souhaiter c’est que le débat politique prenne de la hauteur. Il y a aussi un grand besoin de profondeur. Il appartient aux forces vives et aux citoyens de mettre de la pression sur ceux qui aspirent à gouverner le pays pour nous faire part de leurs programmes et projets et comment ils comptent s’y prendre pour les concrétiser.
La partie qui est en train de se jouer entre les forces politiques avec en ligne de mire les législatives de 2015 se déroule sur fond de difficultés économiques qui semblent s’aggraver. Les doléances et revendications sociales latentes et manifestes vont aussi logiquement se développer. C’est déjà le cas. Pour une vraie sortie de crise sociétale, il ne s’agit pas simplement de garder ou de changer de Premier ministre et/ou de gouvernement. Plus que jamais, il faut en finir avec la confusion entretenue pendant trop longtemps par les politiques entre cycle électoral et cycle de développement. Pour assurer l’avenir, il faut prendre toute la mesure de la nouveauté et de la complexité de la crise systémique mondiale et de la transition historique provoquées par le déplacement du centre de gravité de l’économie mondiale. C’est dire que la tâche est complexe. Ne nous faisons guère d’illusions !
 
Salaires, pouvoir d’achat et compétitivité
Il fallait s’attendre, après le PRB, à ce que les travailleurs du secteur privé et leurs organisations réclament eux aussi une augmentation des salaires. L’épisode CNT est venu accélérer ce processus. Dans le sillage du conflit industriel à la CNT, la déclaration du ministre du Travail critiquant « le bas niveau des salaires » et la nécessite « d’un meilleur partage de richesses » est très révélatrice de ce qui va se jouer. Le Premier ministre et le gouvernement vont tout faire pour récupérer le mouvement pour l’augmentation des salaires. Et le mouvement syndical va bien évidemment exploiter cette bonne disponibilité du gouvernement pour faire des avancées sur le front de la lutte pour de meilleurs salaires. Est-ce que les 20 % d’augmentation annoncées pour les travailleurs du secteur du transport deviendra le benchmark des augmentations salariales à venir dans les autres secteurs ?
Le mouvement syndical des travailleurs du privé évoquent une double légitimité de leur revendication salariale : le déséquilibre qu’a créé le PRB et la baisse du pouvoir d’achat. Ceci dit, il y a l’autre paramètre fondamental qui rentre dans l’équation : la compétitivité liée à la productivité. Et c’est une sujet qui n’est pas populaire. Qu’on le veuille ou non, nos entreprises doivent impérativement gagner la bataille de la compétitivité et de la qualité si nous voulons qu’elles puissent satisfaire les aspirations montantes des travailleurs mauriciens et de la population. D’où la nécessite d’une stratégie globale d’amélioration de la productivité. Le discours patronal et technocratique, s’il veut être entendu, ne peut être réductionniste et « idéologique » en ramenant la question de la productivité à sa seule dimension du travail.
La problématique centrale des salaires, du pouvoir d’achat et du niveau de vie de la population renvoie à celle plus large de la crise économique qui est en train de s’installer chez nous et des moyens et conditions qu’il faut réunir pour la combattre. Il faudra dans un premier temps parer au plus pressé pour ensuite repenser le modèle.
Crise économique, exigences et marge  de manoeuvre
Beaucoup d’indicateurs sont dans le rouge et les tendances sont sources d’inquiétudes. Quelle est la nature de la crise que l’économie nationale connaît en ce moment ? Quelle est la part qui est due aux facteurs externes et qu’en est-il de la marge de manoeuvre interne dont disposent les responsables de la politique économique du pays et les opérateurs dans les différents secteurs. Trop souvent, le débat économique prend le chemin du simplisme, de la démagogie et du populisme. Il y a ceux qui sont dans le déni de la réalité et d’autres qui font croire qu’il existe des solutions faciles aux sérieux problèmes économiques.
C’est ainsi que pour le gouvernement du jour, c’est la crise internationale qui est responsable de la situation économique, tandis que pour l’opposition c’est l’incompétence du gouvernement. Au niveau des partenaires sociaux, le patronat explique que les entreprises n’ont pas les moyens de satisfaire les revendications salariales en raison d’une profitabilité en baisse due à de nombreux facteurs dont une productivité insuffisante. A cela, les syndicats rétorquent que la crise économique a bon dos et sert de prétexte au patronat. Les syndicats dénoncent aussi dans le même souffle ce qu’ils considèrent être des inégalités inacceptables dans la politique de rémunération des entreprises. On est dans le schéma de « l’enfer, c’est les autres » qui est à la base du blocage social dont souffre la société mauricienne depuis plusieurs années déjà. Avec comme résultat le règne du dialogue de sourds. Pour importante qu’elle soit, la crise économique reste surdéterminée par la crise sociétale mauricienne. De ce fait, les seules remèdes économiques, si elles sont nécessaires, ne seront pas suffisantes car le système économique ne fonctionne pas dans un vacuum sociopolitique. Le social et l’économie entretiennent des rapports complexes d’interdépendance. On ne peut non plus faire abstraction de l’environnement économique mondial dans lequel opère l’économie nationale. La situation se complique quand il y a télescopage du social et de l’international.
Les problématiques de la crise sociétale
Une stratégie concrète de sortie de crise et de construction de l’avenir passe par la façon dont nous parviendrons à relever avec succès les défis associés aux problématiques dont nous dressons une liste plus bas. Cette dernière a été constituée partant d’un constat des graves manquements et dérives mais aussi des exigences. Il y a en jeu les moyens d’assurer l’avenir de notre société sur des bases saines * :