Après avoir pu enfin mettre hors d’état de nuire leur rival politique attitré en 1989, les dirigeants occidentaux ont pris bien soin de verrouiller et consolider par une union planétaire – la mondialisation -, l’actuel système de développement économique et ce afin d’entraver toute tentative d’un éventuel retour en arrière. Ainsi, toutes les tendances et influences politiques, comprenant les partis socialistes – presque tous les partis communistes ont été contraints de mettre la clef sous le paillasson – n’ont eu d’autres alternatives que de se mettre au diapason de la mouvance triomphante mondiale. De sorte qu’aujourd’hui, la ligne de démarcation entre gauche et droite est devenue presque indiscernable. Et certaines valeurs fondamentales qui caractérisaient jadis le socialisme – la justice sociale, la sauvegarde du bien commun, l’État providence, le droit à l’emploi, la protection de l’environnement, etc – se sont considérablement effritées ces dernières décennies. Or, après les crises financières successives, particulièrement celle de 2008, toutes les conditions étaient réunies pour une modification du trajectoire afin que les mêmes causes ne produisent les mêmes effets à l’avenir.
 Mais ce n’était que peine perdue car le G8, incluant dans ses rangs des dirigeants socialistes, avait opté pour la continuité en maintenant sous perfusion le système financier actuel en y injectant des centaines de milliards de dollars. Aujourd’hui, que ce soit en France où un président socialiste a été élu en 2012, comme ailleurs, banquiers et traders qui auraient dû être parmi les premiers à être sanctionnés dans le sillage de la débâcle financière, ont promptement renoué avec les mêmes pratiques spéculatives obscures comme si de rien n’était. Pourtant, les crises ont démontré qu’il ne saurait y avoir d’économie saine sans État solide mais aussi sans normes de droits appliqués à tous indistinctement. « On a laissé se créer un immense marché de l’argent et décidé qu’il n’y aura pas des règles posées par les gouvernements et que le marché s’équilibrerait de lui-même. On se rend compte qu’on s’est trompé. Il faut respecter le marché mais il faut corriger ses défauts par des règles qui soient d’application universelle ». C’est nul autre qu’un ancien directeur du FMI, Michel Camdessus, qui avait passé 13 années à la tête de l’institution qui le déclare dans une interview au Mauricien le 25 octobre dernier.
 Et cette absence de régulation n’a fait qu’amplifier le fléau de la corruption qui, dans beaucoup de pays, est devenue une économie parallèle. « Corruption has become a major challenge. The precious resources of the nation are being wasted through indolence and indifference. It is sapping the dynamism of our society », a fait ressortir le président de l’Inde, Pranab Mukherjee, dans un message à ses compatriotes le 15 août dernier à l’occasion du 66e anniversaire de l’indépendance. Même la Chine, État qui a opté pour un système médian de capitalisme d’État, est en proie au même fléau bien qu’il y est puni par la peine maximale.
 D’autre part, s’il est vrai, comme avait à juste titre souligné Paul Bérenger lors de sa conférence-débat du 17 août dernier, qu’un socialiste doit être un démocrate jusqu’au bout des ongles, l’on se demande, dans les circonstances actuelles, alors que le chômage et la pauvreté étendent leurs tentacules tant dans les pays dont les dirigeants se proclament socialistes comme ailleurs, quels doivent être les vrais piliers de la démocratie – le droit de vote et autres droits politiques ou le droit au travail, à un logement décent, à la nourriture, etc ? Il est indéniable que presque partout dans le monde, les inégalités se creusent et les tensions sociales s’accentuent. Même le Brésil, pays dirigé depuis plus d’une décennie par le parti des Travailleurs, est confronté ces jours-ci à un mouvement de protestation qui, en juillet dernier, avait réuni plus d’un million de personnes dans la capitale, réclamant plus de justice sociale et de solidarité envers les démunis. Et les dirigeants semblent avoir entendu le message et ont pris une initiative forte en décidant de soumettre au référendum une « réforme politique profonde » du pays. Mais force est de constater qu’un mandat populaire pour une réforme de la politique restera lettre morte s’il n’est pas accompagné d’une restructuration radicale de la politique économique. Car la politique ne peut être qu’un exercice comptable de l’économie.
 Le changement fondamental sur lequel repose l’axe principal de tout projet d’assainissement social, c’est bien évidemment, celui consistant à replacer l’homme au centre du développement. Car nous nous trouvons aujourd’hui sur la voie complètement inverse. Pour stimuler la productivité et maximiser les profits, les emplois sont réduits au strict minimum et dans le cadre de la mondialisation, la délocalisation des entreprises a pour unique objectif d’exploiter au maximum la main d’oeuvre à bon marché. Même si des emplois sont effectivement créés dans certains pays, dans d’autres, en revanche, le problème du chômage et la pauvreté est exacerbé par la cessation ou la réduction des activités économiques.
 Et cette quête perpétuelle de la croissance à tout prix qui est devenue aussi le point focal du socialisme aujourd’hui a un impact majeur sur notre biosphère. Il va sans dire que les dispositifs mis en place au niveau des États, à l’instar du MID à Maurice, ne représentent qu’une vaine tentative de limiter les dégâts et se donner bonne conscience face à l’ampleur du phénomène de la dégradation de notre « maison commune ». La question, somme toute évidente qui émerge : que reste-t-il aujourd’hui des grandes valeurs que véhiculait jadis le socialisme ?