Cinq parlementaires de la majorité ont rencontré hier les membres de la Plateforme pour la Vie au Centre social Marie-Reine-de-la-Paix. Celle-ci avait lancé une invitation à tous les députés de l’Assemblée nationale dans le cadre du projet de loi prévoyant de dépénaliser l’avortement dans certains cas.
Étaient présents hier Patrick Assirvaden, président du Parti travailliste (Ptr), Aurore Perraud (PMSD), Stéphanie Anquetil (Ptr), Abdoolah Hossen (Ptr) et Mireille Martin (Ptr), ministre de l’Égalité des Genres, de même que le conseiller travailliste à la mairie de Port-Louis Bashir Nazir.
« Qu’est-ce que vous préconisez ? Qu’est-ce qu’on doit faire 1) quand il y a une maladie et que la femme enceinte est en danger ? Et 2) quand l’enfant à naître présente une maladie ou un handicap sévère ? Quel mécanisme préconisez-vous ? ». C’est la série de questions soulevée par Patrick Assirvaden après avoir été à l’écoute des arguments des membres de la Plateforme pour la Vie. Il devait faire part de son sentiment de n’avoir entendu personne mettre la femme au centre du débat. « Elle se retrouve où dans tout ce que vous préconisez aujourd’hui ? » devait-il demander, tout en précisant être très ouvert sur la question.
Lui accordant la réplique, Monique Dinan, une des membres de la Plateforme pour la Vie, devait soutenir que « le premier item figurant sur le projet de loi “the continued pregnancy will endanger the pregnant person’s life” ne tient pas debout. Car dès que la femme enceinte a un problème de santé, le médecin va la soigner ». Et Jean Yip Tong, avocat, de renchérir : « La grossesse n’est pas une maladie. L’avortement n’a jamais été et ne peut jamais être un traitement médical contre une maladie. L’avortement ne peut être prescrit comme un traitement médical. Si la mère a un cancer, elle suit une chimiothérapie. Si l’enfant meurt, il ne s’agit pas d’un avortement. Ce n’est nullement volontaire ». S’agissant des enfants handicapés, soutient Mme Dinan, membre fondatrice du Mouvement d’Aide à la Maternité, « on a toujours vécu avec. Il existe des associations pour les accueillir ».
Dans les cas de viol et d’inceste, devait-elle témoigner, « nous avons accompagné cette maman dont l’enfant a maintenant cinq ans. La jeune mère est retournée au collège ». Elle a d’autre part cité le cas d’une jeune fille violée et dont l’enfant a aujourd’hui 14 ans et connaît un bon parcours de vie.
À cela, Stéphanie Anquetil devait commenter : « Comment un homme peut-il demander à sa femme de porter, pendant neuf mois, un enfant qui est le fruit d’un viol ? Beaucoup disent qu’ils sont contre l’avortement. Mais, ces personnes demanderaient-elles à leur fille de porter, pendant neuf mois, le fruit d’un viol ? Et, après neuf mois, d’envoyer le bébé dans un orphelinat alors qu’il y a un lien qui s’est tissé ? ». La députée s’est montrée plus tranchée : « Mon choix est arrêté. Moi, ma voix au Parlement sera surtout pour la classe ouvrière ».
À ces propos, Me Yip Tong devait soutenir qu’« on n’a jamais dit “il n’y a pas de détresse et de souffrance”. Mais, ce n’est pas le seul cas de souffrance dans ce bas monde. Un mal, c’est un mal. On ne guérit pas un mal en faisant un autre mal ».
Deuxième traumatisme
Se démarquant de ses collègues, la députée bleue Aurore Perraud n’a pas hésité à affirmer son point de vue sur le sujet. Disant rencontrer beaucoup de cas d’inceste et de viol dans le milieu populaire, elle a soutenu que « quand une femme est violée, elle est traumatisée dans son corps. Maintenant, lui imposer un avortement équivaudrait à lui imposer deux traumatismes. On n’est pas en train de panser ni de penser à elle. Il y a la possibilité que l’enfant lui permette de guérir. Je ne crois pas qu’on peut panser un acte traumatisant par un acte de mort. Je crois que l’avortement n’est pas la solution. Si la mère ne veut pas accueillir l’enfant, il y a toujours une famille pour le faire… »
Pour Abdoolah Hossen, « l’avortement se pratique dans des conditions inhumaines. C’est du devoir de tout gouvernement d’évoquer la question, de légiférer. On peut difficilement imaginer la souffrance, l’humiliation de la victime. Dans le cas d’un viol, je suis tout à fait pour la légalisation. On peut difficilement se mettre dans la peau de la victime pour faire le choix à sa place ». Au-delà de la légalisation, selon lui, « il s’agit de quelque chose de tout à fait personnel. Si la grossesse représente un danger pour la femme, c’est à elle de faire le choix ». Et de préciser : « La proposition ne vient pas ouvrir une porte. Elle vient consolider le droit fondamental de l’individu. On ne légalise pas l’avortement sous toutes ses formes. On vient consolider le droit de décision de la femme ». À quoi Mariam Goodur, du Muslim Ladies’ Council, devait lui répondre : « On n’ouvre pas une porte mais une fenêtre… »
Dany Sauvage, de l’Action familiale, a pour sa part observé : « Sept millions d’avortement en France, est-ce qu’il y a eu 7 millions de viol ? Cinquante-cinq millions aux États-Unis, il y a eu 55 millions de viols ou est-ce devenu un moyen de contraception ? » Jacqueline Leblanc, de la plateforme pour la Vie, a partagé le cas d’une victime de viol qui a dit : « Petit à petit, je me suis mise à penser à l’enfant et j’ai oublié le viol. » Selon elle, la victime s’est dite heureuse d’avoir fait le bonheur d’un couple.
Sylvain Vigoureux, membre de la Plateforme pour la Vie, a plaidé pour une île de la tolérance, la caractéristique même, dit-il, de notre pays qui nous a préservés de bien des épreuves. Un autre participant au débat devait demander aux parlementaires : « On parle d’une île moderne. Est-ce que c’est d’une île Maurice durable sans handicapés que l’on veut ? »
Monique Dinan a émis l’avis qu’« on est allé trop vite avec ce projet de loi. On aurait pu avoir une étude par le National Economic and Research Council pour un constat du problème et trouver ensemble une solution au lieu d’être divisés ». Jean Yip Tong abonde dans le même sens : « Il faut une réflexion, une intériorisation et une consultation. Est-ce que ce qu’on propose de faire fera grandir l’humain en nous ? ». Il a appelé les parlementaires à avoir le courage de voter avec conviction pour être fiers de leur décision. « Si vous avez des réserves, alors n’ouvrez pas le robinet ! »