Responsable du dossier sport au sein du MMM, le député Franco Quirin n’a pas dérogé à la tradition mardi dernier à l’Assemblée nationale lors de son intervention sur les débats autour de la présentation du Budget 2016/17. En effet, la situation du sport à Maurice a été au centre de son discours de plus de 50 minutes, durant lequel le député de la circonscription N°20 a également évoqué les sujets tels que la prolifération des drogues à Maurice, la violence dans les écoles et l’omission des jeunes dans ce présent Budget.
« Ce sont des projets qu’on peut qualifier de réchauffés ». C’est en substance le résumé du député Franco Quirin sur les propositions faites par le ministre des Finances, Pravind Jugnauth, relatif au sport. En exemple, il a cité la construction d’un complexe multisport et celle d’une piscine dans la région de St-Pierre. « Ce projet avait déjà été annoncé en 2010 par ce même ministre des Finances », a-t-il indiqué, « dois-je rappeler que la région de St-Pierre se trouve dans la circonscription du ministre des Finances, de même que celui des Sports?? »
Lors de son intervention, le député mauve a mis en exergue que les propositions du Grand argentier ne vont rien changer dans la vie des sportifs. Quant à la rénovation des stades George V, Anjalay Coopen, Germain Commarmond et celui de Quartier Militaire, le député mauve a relevé que ces infrastructures sportives se trouvent dans un état déplorable. « Le ministère des Sports n’a jamais pris les devants pour entamer les travaux de rénovation, ce malgré le fait que Budget après Budget, des sommes étaient allouées en ce sens », a rappelé le député MMM.
Proposition limitée
Franco Quirin considère aussi qu’une contradiction existe dans la mise en place d’un plan pour soutenir le développement professionnel des meilleurs athlètes en les offrant un contrat d’embauche comme entraîneur pour les jeunes sportifs, tel qu’annoncé Pravind Jugnauth.
« Alors que le ministre des Sports, Yogida Sawmynaden, a, lui, affirmé dans son intervention que le plan en question concerne l’après-carrière de nos meilleurs sportifs, tel n’est pas le cas en analysant les propos du Grand argentier. Même si en effet le ministre des Finances voulait dire que cette mesure vise l’après-carrière des sportifs de haut niveau, cela me paraît limiter en terme d’opportunité professionnelle que l’État offre à nos meilleurs sportifs. Leur après-carrière est un sujet de grande préoccupation et depuis 2010 j’ai attiré l’attention sur le calvaire que vit bon nombre de nos sportifs qui ont fait honneur au pays », a martelé le député de la circonscription N°20 — s’appuyant sur le cas de Bruno Julie, le seul médaillé olympique mauricien à ce jour, qui évolue dans une situation précaire. Le député mauve devait même citer les propos du boxeur dans une interview à l’Express dimanche dernier, où il met en doute les dires du ministre, lesquels ont été tenus lors d’une question parlementaire.
Ainsi, le député se demande si les sportifs doivent prendre au sérieux le ministre des Sports qui est venu affirmer dans son intervention sur le Budget 2016/17 que « du jour au lendemain les athlètes qui ont fait la fierté du quadricolore se retrouvent abandonnés. J’ai décidé que cette situation avait assez duré ». Sur un ton ironique, il devait même souhaiter bonne chance à Bruno Julie.
Football, un puits sans fond
Les Rs 26 millions qui seront accordées au football professionnel, par le biais de la compagnie privée de Georges Chung, à la Mauritius Professional Football Limited (MPFL) ont été aussi décriées par le député du MMM. Surtout en ce qui concerne l’absence de transparence dans les relations avec l’État à travers le MJS et la MPFL. Tout en reconnaissant que le football professionnel et amateur a besoin du soutien du gouvernement, le député du MMM observe toutefois que depuis deux ans le secteur public a investi de l’argent dans cette compagnie et, à valeur du jour, aucun bilan financer n’a été déposé à l’Assemblée nationale.
« Je ne suis pas contre le fait d’aider le football professionnel, mais cela doit se faire dans la transparence et nous devons savoir comment est dépensé l’argent des contribuables. La contribution du gouvernement passera de Rs 16 à Rs 26 millions pour cette année financière. Sur quoi le gouvernement s’est-il basé pour augmenter sa contribution à la ligue professionnelle de football par plus de 60 %?? », interroge Franco Quirin.
Au même titre que les stades, le député du MMM a indiqué dans son intervention que les Rs 17 millions earmark pour la rénovation des centres de jeunesse de Pointe Jérôme et Anse La Raie sont depuis longtemps overdue, étant « dans de piteux états » depuis des lustres. Face à ces propositions, le député devait même citer ses propos tenus dans le même cadre l’année dernière. Franco Quirin avait expliqué que « ce gouvernement n’avait pas de politique définie pour le sport ». Pour lui, aucun de grand changement n’a été noté en une année dans le domaine sportif.
Preuve d’un manque de vision
D’autre part, Franco Quirin a déploré le fait que le ministre Sawmynaden se cache derrière les médailles des JIOI et des Jeux d’Afrique — à La Réunion et Congo Brazzaville respectivement — pour faire croire que le sport mauricien se porte bien. « On ne peut se contenter de ces médailles pour dire que le sport mauricien est en bonne voie et que tout va pour le mieux. C’est à mon avis faire preuve d’un manque de vision. Où en sommes-nous au niveau de l’encadrement et la formation des athlètes, ainsi que des entraîneurs?? » a lancé le député MMM.
Pour Franco Quirin cette question demeure sans réponse, puisque la formation est le parent pauvre du sport mauricien à cause du manque de financement. Il devait dès lors relever le cas de la réouverture des écoles de football à travers l’île par le ministère de la Jeunesse et des Sports. Mais très vite, dit-il, certaines de ces institutions ont dû fermer leur porte faute de supports financiers. À l’instar, a-t-il cité, de la promesse faite pour l’ouverture d’une académie de football à Maurice. Un projet inscrit aux calandres grecques poussant le député a parlé de bluff.
« Tous les spécialistes peuvent confirmer que la formation est l’épine dorsale du tout projet de haut niveau. À Maurice, le ministère des Sports veut faire de la formation avec un budget annuel de Rs 300 000 pour une discipline collective. Si ce n’est pas de la formation « low cost », je me demande bien ce que c’est », a-t-il déclaré. Pour ce dernier, le sport mauricien est souvent désorienté face aux problèmes récurrents et l’absence de vision — des obstacles à la progression des sportifs mauriciens. Le député s’est même dit étonné que le ministre soit venu parler de « nouvelle méthode de travail axée sur le bien-être des athlètes », alors que ces derniers font face à des difficultés rien que pour s’entraîner correctement.
L’absence d’un moyen de transport mis à la disposition des athlètes de haut niveau après les entraînements, des déplacements annulés par manque de ressources pécuniaires et le mauvais état de certaines infrastructures, ont soutenu ses arguments. Le député mauve a aussi mis en avant le cas des athlètes qui sont livrés à eux-mêmes après avoir été blessés, tels Cédric Coret, le footballeur professionnel Kursley Louie et le coureur de demi-fond, Paramasiven Samynaden.
Le député a aussi plaidé pour une plus grande considération envers les disciplines collectives autres que le football. « Alors que le football bénéficie des largesses de l’État, les autres disciplines comme le handball, le volley-ball et le basket-ball n’obtiennent que des miettes », observe Franco Quirin. Les résultats des Jeux des Îles, estime-t-il, sont là pour prouver que la situation est préoccupante à ce niveau. « Mais qu’a fait le ministre de concret pour relancer la machine?? Surtout que Maurice accueille les 10ème JIOI en 2019 », a-t-il souligné.
Sportifs traités de « second grade »
Le député devait remettre sur le tapis la démarche du ministre des Sports, Yogida Sawmynaden, qui avait traité des sportifs pratiquant une discipline non-olympique de « second grade », en 2015, allant jusqu’à les comparer à l’opposition parlementaire. Le cas de Noëmie Alphonse a été aussi cité pour dire que le sport mauricien est passé par des moments difficiles durant l’année écoulée. Ce secteur, devait dans la foulée déplorer le député, ne bénéficie toujours pas des fonds du CSR malgré les promesses faites. À cet effet, la décision du Mauritius Sports Council (MSC) d’augmenter les frais de location des infrastructures sportives a été dénoncée, considérée comme « inconcevable ».
En conclusion, le député Franco Quirin a plaidé pour que la voile et le handball retrouvent leur place dans le programme des JIOI de 2019.