« En trente ans de carrière politique, je n’ai jamais vu un Budget présenté dans une atmosphère aussi tourmentée, de protestations, d’allégations et d’accusations ». C’est ainsi que le leader de l’Opposition a ouvert les débats sur le Budget ce matin au Parlement avant de passer en revue les divers « scandales » d’actualité et impliquant d’une manière ou d’une autre le gouvernement. S’agissant des Rs 5 milliards que l’État devra payer dans l’affaire Betamax, le leader de l’Opposition a appelé le gouvernement à ne faire aucun « stupid move », soulignant que les Rs 5 Mds impliquent aussi Rs 410 000 d’intérêts à payer par jour. Quant au prêt de Rs 18 Mds, selon lui, cette somme « augmentera notre external debt de quelque 50% ».
Xavier-Luc Duval est revenu sur les nombreux scandales faisant l’actualité, à commencer par la grève de la faim par les détenteurs du SCBG et auxquels le Premier ministre avait indiqué qu’il solliciterait l’aide de l’Inde pour ensuite revenir sur sa position. « Pas un mot n’a été dit sur ces pauvres diables dans le Budget ». Il devait ensuite citer le cas de corruption alléguée impliquant le ministre des Terres et du Logement ; et celui des quatre membres du Board de la FSC, soit la moitié, qui ont démissionné de leur poste.
S’agissant de l’Award délivré dans l’affaire Betamax, si Xavier-Luc Duval dit ne pas être un homme de loi, « je crois comprendre que les chances de l’appel sont vraiment minimes ». Ce sur quoi, son collègue de l’Opposition, Shakeel Mohamed, devait même rajouter : « Nil ! » Il précise que des intérêts sont rattachés à ces Rs 5 milliards que doit Maurice, soit Rs 410 000 par jour. Son appel au gouvernement : « Do not make any stupid move. If there’s need to negotiate with Betamax, do so and don’t be stupid. Don’t put taxpayers in a worse situation as it is now ».
Quant au “prêt massif” de Rs 18 milliards de l’Inde, « cela augmentera notre dette extérieure de quelque 50 %. Et, aucun détail y relatif n’a été apporté dans ce Budget ».
Pour le leader de l’Opposition, « le Budget n’est plus un exercice de vérité. La moitié de la galerie publique est restée vide. Il y a un désintérêt général. C’est un Budget en fin de compte “menti menti” ».
Il devait ensuite énumérer les « oubliés du Budget », soit des sujets selon lui « trop encombrants à l’exemple de Betamax, de la BAI, alors qu’aucune mention n’a été faite des investissements massifs à être faits dans des infrastructures à Agaléga ». Xavier-Luc Duval regrette que le Budget n’ait apporté aucun détail sur le salaire minimal, le Brexit ou le vieillissement de la population. « L’an dernier, dans le Budget, au chapitre du vieillissement de la population – et c’est pourquoi les gens n’y croient plus –, le ministre des Finances disait que ce sujet est un défi que nous ne pouvons ignorer ». Il devait lancer une pique à l’encontre du ministre Etienne Sinatambou, montrant que depuis février, le High Powered Committee sur le vieillissement de la population ne se rencontre plus.
Pour Xavier-Luc Duval, « nous avons un ministre des Finances à temps partiel. Nous fermons le Parlement pour quatre semaines pour préparer le Budget mais visiblement, on n’a pas trouvé assez de temps pour gérer ces dossiers ».
Il devait aussi critiquer l’ancien ministre des Finances Vishnu Lutchmeenaraidoo qui, « rempli de dynamisme », avait prévu un taux de 5,3 % de croissance en 2016 et 5,7 % en 2017. « Il avait décrit la croissance comme étant anémique. Mais, en fait, la croissance anémique est descendue à 3,5 % en 2016 ». Et de commenter : « La croissance n’a pas eu lieu depuis les élections ». Quant à la dette publique, elle était, dit-il, de 61 % en 2014, ce qui était « alarmant selon Lutchmeenaraidoo » alors que maintenant, elle est de 66 %.
« Plus triste », pour XLD, est la situation de l’emploi. « Le ministre mentor avait promis 100 000 emplois. L’an dernier, Pravind Jugnauth a promis 21 400 emplois dans l’immédiat. Tout cela est faux. On n’a rien vu de tel. En 2016, selon le Bureau des Statistiques, seuls 300 jobs ont été créés. Vous ne devriez pas berner la population avec des chiffres de chômage. Ils peuvent être manipulés ».
Il devait aussi tourner en dérision le projet de construction de piscine à Curepipe. « Seul Rs 1 M seront déboursées pour une étude de faisabilité l’an prochain et la construction démarrera peut-être dans quatre ans ». Selon lui, 38 projets annoncés sous l’appendix 3 ne seront pas réalisés avant quatre ans.
Au chapitre de l’allégement de la pauvreté, XLD a une fois de plus ridiculisé la déclaration faite l’an dernier dans le Budget, selon laquelle « personne ne vit dans la pauvreté absolue à Maurice ». Or, selon le leader de l’Opposition, « il y a encore plus de personnes vivant dans des conditions de pauvreté. On nous a dit que 8 000 familles ont reçu une subsistance allowance l’an dernier. Ces familles, sont-elles sorties de la pauvreté ? Mettre un terme à la pauvreté n’implique pas que de donner de l’argent. Elles étaient censées bénéficier d’un programme d’accompagnement mais selon mes informations aucune mesure d’accompagnement ne leur a été donnée. Cette allocation est juste pour deux ans au maximum ».
Au niveau du Logement, « la NEF n’a pas construit une seule maison. La NHDC n’a livré aucune maison si ce n’est des maisons construites sous l’ancien gouvernement. On était censé livrer 2 000 logements par an et à ce jour on aurait dû en livrer 5 000. Seules 300 unités sont en construction… ». Xavier-Luc Duval a critiqué le lieu où ont été relogés des squatters à Pointe-aux-Sables, « où il n’y a ni eau, ni électricité ni de route », soit un lieu « pire » selon lui que celui d’où ils viennent.
S’il dit trouver positif la Negative Income Tax, « qui permet de récompenser les efforts, cette mesure est injuste pour les self-employed car ils n’ont pas de fiche de paye ». Par ailleurs, devait-il marteler, « les pauvres doivent réaliser que le premier chèque n’est pas pour demain mais pour août 2018, soit après le prochain Budget ».
Il déplore de plus l’absence de mention du salaire minimum dans le Budget. La Negative Income Tax devient ainsi « un couteau à double tranchant » car en quelque sorte, ce sont les employeurs que le gouvernement subventionne. « Au lieu de donner Rs 6 000 par exemple à son employé, un employeur peut décider de lui donner Rs 5 200 et dire que le gouvernement fait le reste à travers la subvention. Si on avait le salaire minimum, l’employeur n’aurait pu descendre en dessous ».