Si l’opposition est entièrement d’accord avec la notion de démocratisation de l’accès aux études supérieures, elle est contre la création d’une quatrième université publique en avançant les arguments relatifs par exemple au coût-efficacité et à la norme internationale, a affirmé son porte-parole hier sur ce dossier. Le député Obeegadoo a fait part de sa vive préoccupation quant au « peu de souci » du ministre Rajesh Jeetah pour ce qui est de la « quality assurance ».
Pendant plus d’une heure, le porte-parole de l’opposition a décortiqué ce projet de loi portant sur la création de la future Université des Mascareignes, en relevant tantôt des termes « flous », tantôt de nombreuses similitudes avec l’University of Technology Act. « It is exactly the UTM Bill, anybody can check it. Section 5 and Section 8 for example is a repliqua of UTM act », a dit le député mauve. « L’obsession du présent ministre de l’Enseignement supérieur est de présenter des chiffres de plus en plus en augmentation. Nous n’acceptons pas que la qualité soit sacrifiée au profit de la quantité. Le mécanisme de qualité qui est censé être l’affaire de la Tertiary Education Commission ne fonctionne plus » a affirmé Steve Obeegadoo.
L’opposition conteste l’idée d’une quatrième université publique en avançant l’argument ratio-population d’après les normes internationales. Le député mauve s’est référé à Singapour — citée souvent en exemple à Maurice — avec une population de 5,2 millions d’habitants et où il existe 5 universités publiques et 5 polytechniques publiques. « Le ratio en Australie est une université pour 558 000 habitants ; en Suisse une université pour 650 000 et en Grande-Bretagne une université pour 540 000. Je parle d’universités publiques. Ici nous n’avons que 1,2 million d’habitants et c’est l’obsession de la quantité qui prime », souligne Steve Obeegadoo.
« L’Université de Maurice est bien installée et a une riche histoire ; laissons l’UTM, qui existe depuis une dizaine d’années, prendre son envol. L’Open University que nous promet le gouvernement depuis des années n’arrive pas à décoller. Nous ne voyons aucune nécessité d’avoir une autre université. C’est un gaspillage de fonds publics. Il coûte moins cher d’agrandir et de développer les institutions existantes que d’aller créer une nouvelle université », soutient l’ancien ministre de l’Éducation MMM-MSM. Selon lui, l’expansion à l’intérieur des universités existantes permettra d’avoir un meilleur rapport qualité-prix tout en augmentant le nombre de places.
De l’avis du député Obeegadoo, la future Université des Mascareignes en réalité n’a rien de novateur dans sa conception, ne résultant que de la fusion de deux institutions existantes, à savoir le Swami Dayanand Institute of Management et l’Institut Supérieur de Technologie. « Ce projet de loi ne fait pas dans le neuf. Le ministre est en train tout simplement de donner le nom “Université des Mascareignes” à une fusion de deux institutions post-secondaires complètement différentes et qui avait chacune ses particularités. Il ne suffit pas de mettre ensemble deux institutions pour avoir un campus universitaires. Ces deux institutions sont-elles aptes à s’appeler “université” ? » Steve Obeegadoo se demande aussi comment les autorités vont-elles pouvoir réconcilier les objectifs de ces deux institutions car l’une étant basée sur le système anglo-saxon tandis que l’autre fonctionnant selon le modèle de l’enseignement français.
Le porte-parole de l’opposition déplore par la même la disparition dans le paysage post-secondaire publique des écoles polytechniques et qui jouent, dit-il, un rôle bien spécifique dans la formation des cadres en middle management en citant l’exemple de l’Inde et de Singapour « Il y a une différence fondamentale entre “université” et “institute”. Désormais il n’y aura plus de polytechniques à Maurice et c’est aussi une raison pour laquelle nous ne sommes pas d’accord avec ce projet de loi », a expliqué Steve Obeegadoo.