La saison 2013 de la pêche à la senne a été lancée hier après-midi à Grand-Gaube et durera un peu plus de cinq mois. Pratiquée par les coopératives de pêcheurs mais contestée par les écologistes pour ses ravages environnementaux, elle est cependant appelée à disparaître…
Sur terre, c’est la simplicité et l’amitié qui priment. Short, savates… les pêcheurs de la Saint-Pierre Multi-Purpose Society, habitant Grand-Gaube et les régions avoisinantes, sont particulièrement amicaux et chaleureux. Le sourire aux lèvres, c’est avec joie qu’ils présentent les prises du jour. Une première journée qui donne le ton à la saison de pêche à la senne qui s’étendra jusqu’en septembre. Après sept mois de chômage technique, une quarantaine d’hommes s’unissent pour braver vents et marées. Au débarcadère de la région, femmes et enfants sont également présents. Si les premières visitent leurs époux pour avoir une idée de la recette du jour, les jeunes eux, s’intéressent aux filets qui ont été remis aux pêcheurs il y a deux jours. Conservés par les officiers des Fisheries durant la saison close, ils sont remis aux pêcheurs quelques jours avant le jour J pour les réparations nécessaires. Dans certains cas, les pêcheurs utilisent jusqu’à 500 mètres de filets fabriqués selon le type de poissons qu’ils visent. Un des types de filets se nomme lasenn canard. Patrick Fortuno, membre de la Coopérative des pêcheurs, explique qu’il est destiné aux mulets. « Zot ena tendans pou sot sote », affirme-t-il.
Vieille technique
Les femmes sur le débarcadère, sur le ton de la plaisanterie, laissent entendre « samem zot fam ». Les conditions climatiques ne font pas peur aux pêcheurs, dont c’est la deuxième sortie de la journée. Celle du matin a été particulièrement fructueuse avec des “poissons cornes”, des capitaines, berry rouges, carangues… Hier après-midi, en présence de Nicolas Von Mally, ministre de la Pêche, Jim Seetaram, ministre des Coopératives et Lormesh Bundhoo, député de cette circonscription, plus de quatre bateaux s’apprêtaient à lever leurs filets. Un mouvement simple mais qui nécessite une grande maîtrise sans compter le travail d’équipe. Une vieille technique, pratiquée depuis au moins deux millénaires, qui porte toujours ses fruits. Présente dans de nombreux pays, à Maurice, elle est pratiquée par les coopératives de pêche regroupant plus d’une dizaine de personnes. Sous la supervision d’un chef, les équipes se composent de manière uniforme en vue de départager non seulement l’effort physique équitablement mais également l’expérience des années passées afin de bien réagir à tout incident. « Tout notre salaire dépend de cette prise, tous les efforts y sont regroupés afin que tout se passe dans les meilleures conditions possible », explique Pierre-Guy. « San sa cooperasion-la, ena kapav trouv lamor », nous explique notre guide. Sur les pirogues, les hommes s’affairent à remonter les filets jetés une heure plus tôt. Grâce aux flotteurs, ils connaissent l’emplacement de leur matériel. Dans l’eau, cinq hommes avec des tubas et des palmes vérifient l’état des filets et détachent les poissons pris dans les mailles. « Cela fait également partie de la prise du jour », laisse entendre Patrick Fortuno. Plus loin, un autre groupe de pêcheurs pratiquant « lasenn canard », structure flottante à l’aide de morceaux de Bambous, détachent de leurs filets les mulets capturés.
Revenus
Dans l’après-midi, les conditions météorologiques devaient se dégrader, forçant les pêcheurs à rebrousser chemin. Faute de spectacle, place à la description. « Nous donnons d’abord des coups de bâtons sur des pirogues », racontent les pêcheurs. Un son qui effraie les poissons, les dirigeant ainsi vers les pirogues et les filets. « Les tensions exercées par les différentes pirogues transforment le filet en une poche emprisonnant les poissons ». Un mouvement de précision et stratégique nécessitant un certain effort physique. Faute d’avoir pu y assister, une visite chez la famille Marie nous donne une idée des prises du matin : l’équipe a ramené plus d’une tonne de poissons. En fin d’après-midi, Christopher et Sunil répartissent les prises selon leur variété et leur poids afin de les écouler dans les marchés de l’île. « Cette prise ira au marché de Quatre-Bornes », laisse entendre Sunil. Placés dans des paniers, ces mêmes poissons ont été écoulés sur la place du village, faisant la fierté et la joie des villageois. « Nou finn fer enn bon priz. Nou gagn kouraz pou sezon lasenn 2013 », dit notre interlocuteur. Le début de la saison, il l’a attendu avec impatience. Tout comme ses autres amis pêcheurs. « Samem nou prinsipal revenu ».
Nicolas Martin, président de la Coopérative de Pêche affirme que durant la saison close une allocation quotidienne de Rs 135 leur est versée pour pallier leur manque de revenus pendant ces sept mois. Jusqu’en septembre, ils seront autorisés à pratiquer ce type de pêche entre 6 h du matin et 6 h du soir. En attendant, d’autres projettent de se lancer pleinement dans l’aquaculture avec l’élevage de poissons en mer. Un pari gagné pour le gouvernement, un “ouf” de soulagement pour les écologistes…