Une messe a été dite hier après-midi sur la plage Banc Bazire, Poudre d’Or, en hommage au père Roger Cerveaux, décédé le 14 mai de cette année. Natif de ce village, le prêtre catholique a été un modèle pour tous ceux qui l’ont connu.
Les différents témoignages lors de la cérémonie religieuse ne laissent aucun doute sur les qualités de cet homme religieux. Ses amis d’enfance n’ont pas manqué de souligner son assiduité dans les études — d’ailleurs, il sera le premier de ce village situé au Nord-Est de l’île, à fréquenter le collège Royal de Port-Louis, après avoir décroché la petite bourse.
Au village, il côtoyait tout le monde et avait des amis dans toutes les communautés ; pour lui, il n’y avait pas de barrières de religions ou de cultures. Tous ont été unanimes à reconnaître en Roger Cerveaux, un homme de paix, qui ne se mettait jamais en colère ; son rire sonore était contagieux.
Le père Jean-Maurice Labour, dans son homélie, est revenu sur les qualités exemplaires de cet homme d’église qui fut ordonné le 15 août 1980 sur cette même plage où, sous les filaos, Roger Cerveaux parlait de la philosophie avec ses amis du village. Le vicaire général du diocèse de Port-Louis, a rappelé au début de son intervention comment avec Alain Harel (aujourd’hui évêque du vicariat de Rodrigues), Jacques Piat, Roger Cerveaux et lui-même ont fait leurs débuts de séminaire pour la prêtrise ensemble, au Foyer Mgr Murphy.
Le père Labour n’a pas manqué de souligner son parcours académique — un dévoreur de livres —, sa simplicité dans la vie, son détachement, ses qualités humaines. Le prêtre a fait ressortir les similitudes entre Roger Cerveaux, dont le père, Marcel, était charpentier et la mère, Léonne, femme au foyer, une famille chrétienne issue d’un petit village perdu à Maurice, et un autre homme qui lui aussi était le fils d’un charpentier et issu d’une famille juive de Bethléem en Palestine.
Appelé par Dieu, Roger Cerveaux a oeuvré pour les plus pauvres de la société mauricienne. Il est devenu le pionnier de l’inculturation de l’Évangile dans le monde du Kreol. Le père Jean-Maurice Labour a attiré l’attention des fidèles présentsà la cérémonie sur le travail de Roger Cerveaux, tel un prophète avec une parole courte mais percutante en 1993, a eu une répercussion qui n’a pas fini de se faire entendre et ce 20 ans après. Il a osé parlé de la misère de la communauté kreol à l’Église et aux autorités du pays. Depuis, a poursuivi le père Labour, certaines mesures ont été prises en faveur de cette communauté : l’introduction de la langue kreol dans les écoles, la publication d’un dictionnaire, un rapport de la Commission de Vérité et Justice. Le gouvernement a mis en place des programmes pour venir en aide à certains de cette communauté ; l’église a accordé plus d’espace en son sein à la liturgie en kreol ; le Comité 1er février organise en octobre prochain une Konvansion kreol sur l’éducation.
Le prêtre a terminé son homélie en disant que le père Roger Cerveaux a été un homme habité par l’Esprit Saint, un homme de l’intérieur des choses, en lui, l’homme intérieur a grandi et se préoccupait peu de l’homme extérieur. Une leçon pour nous tous. Sa parole simple et percutante qui plongeait dans des racines profondes de sa Foi, telle la petite semence, a connu fécondité au centuple. Il fut un mystique, comme le dominicain et philosophe mystique allemand Johann Eckhart. « Sois un homme de paix et ta paix se répandra comme la pluie sur tous les êtres de la terre. »