Avec plus de 120 millions de disques vendus dans le monde, elle traverse les époques et les modes. Dalida, icône transgénérationnelle, nous a quittés le 3 mai 1987. Vingt-cinq ans après, la Miss Égypte 1954 fascine encore.
Pour rendre hommage à cette diva éternelle dont le prénom de scène est resté gravé dans l’histoire de la chanson, Scope a rencontré deux de ses fans.
Dans les années soixante, Dalida berçait les foules. Francesska, une de ces plus grandes admiratrices à Maurice, repense avec émotion au destin à la fois merveilleux et tragique de cette chanteuse. “Ce que chantait Dalida, c’était du vécu. Elle parlait à mon coeur. Son histoire m’interpelle toujours.”
De son vrai nom Iolanda Christina Gigliotti, Dalida a connu un étonnant destin. En 1954, elle quitte son pays avec, pour seul bagage, son titre de Miss Égypte et des rêves d’enfant. Elle veut être actrice, mais sa carrière ne décollera pas au cinéma. Sous le pseudonyme de Dalida, elle commence à chanter dans les cabarets de Paris. Elle participe ensuite à un spectacle à l’Olympia, Numéro 1 de demain, destiné à découvrir de jeunes talents. Elle se fait repérer grâce à la chanson de Gloria Lasso, Étranger au paradis. Lucien Morisse, le directeur d’Europe 1 et son futur époux, prend alors sa carrière en main. Sa rencontre avec le succès se fait dès 1956 avec son troisième disque, Bambino, qui sera disque d’or.
GLOIRE.
En 1961, une nouvelle chanteuse brille au sommet des hit-parades en France. Très vite, sa voix éblouit aussi plusieurs de nos compatriotes. Des titres comme Bambino et Les enfants du Pirée sont diffusés en boucle à la radio. Les chanteurs de variétés utilisent son répertoire pour leurs shows. En somme, tout le pays est sous le charme de cette belle blonde à l’accent mélodieux. “Mon premier coup de foudre pour elle, je l’ai eu à 14 ans, lorsque j’ai entendu Les enfants du Pirée”, raconte Francesska. “Beaucoup de gens étaient fascinés par sa beauté, mais j’étais surtout touchée par son côté sentimental. Elle parlait souvent d’amour avec un grand A, de sa vie et de ses déceptions”.
À travers le monde, Dalida devient une légende vivante. Le public est à présent son amant.
GLAMOUR ET AMOUR.
Dalida devient plus sophistiquée et achève sa transformation en devenant blonde en août 1964. Plusieurs de ses fans adoptent son look. Laure en fait partie. Cette habitante de Fontainebleau, en vacances à Maurice, confie sa passion dévorante pour la diva. “Sa voix m’accompagnait alors que j’avais à peine dix ans. J’avais même adopté sa coiffure. Plus tard, j’ai organisé des soirées chez moi pour chanter Dalida.”
1969 : Dalida varie son répertoire avec des chansons plus exigeantes comme Il venait d’avoir 18 ans, sans renoncer aux succès populaires. Sa réussite ne lui apporte pourtant pas la paix. Francesska ressentait cela à travers certaines de ses chansons : “Sa vie amoureuse a été parsemée d’échecs et de drames. Malgré son succès, elle était désespérément à la recherche du grand amour. Un amour qu’elle n’a d’ailleurs jamais trouvé.”
Dalida et les histoires de coeur, c’est en effet une longue histoire. Luigi Tenco, jeune chanteur devenu son ami, se suicide le soir même où leur mariage doit être annoncé. Dalida est anéantie. Quelques mois plus tard, désespérée, elle tente à son tour de se suicider à l’aide de barbituriques. En 1970, c’est son ex-mari Lucien Morisse qui en finit avec la vie avec une balle dans la tempe. Le temps de Bambino est révolu.
GÉNÉRATION 70.
Dalida n’abandonne pas la partie et montre une certaine ténacité à vouloir demeurer une star. Aidée par son nouveau compagnon Richard Chanfray, elle reprend goût à la vie et enregistre avec Alain Delon, son ami de toujours, le fameux duo Paroles, Paroles (adaptation d’une chanson italienne), qui sort début 73. Elle remonte sur la scène de l’Olympia et présente une nouvelle chanson, Gigi l’Amoroso. Ce titre, numéro un dans douze pays, reste le plus grand succès mondial de la chanteuse.
Dalida surfe ensuite sur la vague disco, en vogue à cette période, et enregistre Génération 78 et Monday Tuesday. Rares sont ceux qui possèdent des vinyles de cette époque. Les Mauriciens, fans ou pas, l’ont connue principalement à travers la radio et l’ont écoutée sur des cassettes audio. Laure confie que sa collection de 33 tours a une valeur inestimable.
DESCENTE.
En 1981, Dalida reçoit le premier disque de diamant de l’histoire de la chanson. Mais dans sa vie privée, rien ne change vraiment. Après une rupture douloureuse avec Richard Chanfray, Dalida se lance dans un travail acharné pour oublier sa vie privée chaotique, où elle finit toujours par se retrouver seule. Son engagement plus amical que politique avec François Mitterrand lui vaut des critiques qui la desservent professionnellement. Une campagne de presse est même déclenchée.
Début 82, elle décide de prendre du recul. Un an plus tard, Richard Chanfray se suicide. Dalida est très affectée par la mort de son ancien compagnon. Elle se fait rare et ses fans la réclament. Un grand rôle lui est proposé par Youssef Chahine dans le film Le Sixième jour, celle d’une jeune grand-mère. Les critiques de cinéma saluent à la sortie du film la naissance d’une grande actrice dramatique.
“PARDONNEZ-MOI”.
Dalida a du mal à remonter la pente. Elle ne supporte plus la souffrance morale. Le 3 mai 1987, dans sa maison à Montmartre, elle prend une surdose de barbituriques. Elle laisse deux lettres. L’une à son frère Orlando; dans la seconde, elle écrit simplement : “Pardonnez-moi, la vie m’est insupportable !”
Aujourd’hui, perchée au sommet de la butte Montmartre, une maison sertie de terrasses suspendues domine Paris. Une femme vit là depuis vingt-cinq ans. Laure l’a vue de ses propres yeux. Une femme mythique dont la vie fut traversée d’autant de succès que de tragédies. Pour d’autres fans comme Francesska, Dalida est éternelle…