Deux mois après son entrée en opération, le Driving Centre des Casernes à Curepipe fonctionne à plein régime. 1250 examens pour les permis de conduite de voiture y ont déjà été conduits. Avec entre 50-60 examens conduits chaque jour, ce centre représente une aubaine pour les apprentis chauffeurs, car plus besoin d’attendre quatre à cinq mois pour obtenir un rendez-vous afin de passer son test. Mais certains moniteurs d’auto-école estiment que les examens effectués à Curepipe ne permettent pas de juger correctement les réflexes d’un apprenti chauffeur sur une route avec des conditions réelles de conduite. D’où leur appel aux autorités pour reconsidérer la question, en ayant une table ronde avec les moniteurs d’auto-école, disposés à apporter leur contribution à une amélioration de situation sur nos routes, avec, en l’occurrence, des conducteurs prudents et avertis et une décongestion du trafic dans la capitale, et également une réduction de la pression sur la Traffic Branch.
De 30 tests à son ouverture le 23 février dernier, le Driving Centre de Curepipe en est passé à 60 quotidiennement, permettant ainsi d’éliminer les interminables files d’attente aux Casernes centrales. Ce qui fait qu’aujourd’hui environ 160 à 170 conducteurs seulement, dont 100 pour les voitures et le reste pour les camions, bus, et motos, passent leur examens à Port-Louis. Une baisse sensible d’une vingtaine de voitures sur la liste d’attente à Port-Louis, note la Traffic Branch, qui constate que les apprentis conducteurs disposent désormais de trois mois d’attente seulement pour obtenir un test au lieu de quatre à cinq mois précédemment.
Si la pression a été réduite sur les officiers des Casernes centrales qui effectuent désormais — suivant les examens qui sont également conduits à Curepipe — les tests entre 8 h et 14h30 au lieu de 17h30, la décongestion du trafic à Port-Louis n’est pas visible. C’est aussi ce que note la Driving Instructors’ Association (DIA). « Même si une cinquantaine de moniteurs d’auto-école sur quelque 125-150 se sont déplacés à Curepipe, le nombre de leçons n’a pas diminué à Port-Louis », estime-t-elle.
Port-Louis, « ideal tester ground »
Si, à Curepipe, les automobilistes déplorent que la circulation soit désormais bloquée en raison des auto-écoles qui commencent à pulluler, ce n’est pas aux heures de pointe, fait ressortir la Traffic Branch, qui indique que les examens sont conduits de 9 h à 14 h. Qui plus est, les examens de conduite ne sont pas effectués dans le centre-ville. C’est d’ailleurs là le problème selon les membres de la DIA, qui estiment que les examens hors de la capitale représentent « une bombe à retardement. Avec la décentralisation, nous ne formons plus des chauffeurs avertis. Les apprentis conducteurs ne sont pas mis dans de réelles conditions de conduite de tous les jours », disent-ils. Ils estiment ainsi que les trois trajets proposés aux apprentis conducteurs à Curepipe ne sont pas appropriés pour un « real test ».
Actuellement, selon la Traffic Branch, la majorité des échecs des examens de conduite est due à une mauvaise conduite sur la route. Si, à Port-Louis, sur 100 apprentis conducteurs 40 réussissent, les 60 restants échouent en raison des fautes sur la route. Idem à Curepipe, où le taux de réussite quotidiennement tourne autour de 15% et où les élèves échouent toujours sur la route.
En outre, disent les moniteurs d’auto-école à Curepipe, où l’examen est conduit dans les faubourgs et non dans le centre-ville, le trajet est trop facile, avec par exemple seulement un passage clouté contrôlé d’ailleurs par des feux de signalisation. « Il n’y a aucune difficulté contrairement à Port-Louis, où il y a cinq trajets, avec des feux de signalisation à divers endroits, des officiers de police qui dirigent aussi le trafic, des passages coulés et des yellow boxes », fait ressortir la DIA.
Pour les membres de l’association, « Port-Louis est le ideal tester ground. Si quelqu’un peut conduire à Port-Louis, il peut conduire dans toute l’île et dans d’autres pays ». D’où leur inquiétude face aux nouveaux permis délivrés. « Ce sont des conducteurs peu avertis », estiment-ils.
Carnet d’apprentissage
Pour la DIA, la décentralisation n’est pas la meilleure solution. Même si l’entrée en opération du centre de Flacq réduira davantage le nombre de demandes à Port-Louis. « C’est un gaspillage de fonds publics », estiment certains membres de la DIA, qui appellent par la même occasion au ministre des Finances à considérer leurs suggestions. En effet, en premier lieu, la DIA suggère que chaque apprenti conducteur dispose d’un carnet d’apprentissage uniforme pour toutes les auto-écoles.
Ils font ressortir que ce projet était en préparation depuis six ans, sous l’ancien régime. « Mais il a été mis dans un tiroir », disent-ils. Selon eux, « tenant compte qu’il y aurait un minimum de 100 tests de conduite de voiture quotidiennement et si le gouvernement prenait une taxe de Rs 50, par exemple, du fait que si un élève a besoin de 20h de leçons (selon les recommandations internationales), soit 40 sessions pour être prêt à passer son examen de conduite, cela équivaudrait à Rs 2 000 de rentes par élève pour l’État, soit Rs 200 000 par jour pour 100 tests. En 20 jours, le gouvernement disposerait d’un revenu de Rs 4M par mois, soit Rs 48M annuellement ».
Ils rappellent qu’actuellement chaque moniteur s’acquitte individuellement de sa taxe en fonction du nombre de tests qu’il obtient pour ses élèves aux Casernes. « Il n’y a pas de contrôle. Or, avec notre suggestion, la MRA aura un bon contrôle et, en même temps, cela évitera le problème des auto-écoles marrons », estiment-ils. Ils soulignent qu’un carnet d’apprentissage sera bénéfique à un apprenti conducteur qui apprendrait chaque étape selon le programme des moniteurs d’auto-école. L’élève aura impérativement à effectuer 40 sessions avant d’être prêt ou pas.
Restreindre les leçons de conduite durant les heures de pointe
« Avec ce carnet, le moniteur peut s’engager à faire passer un examen à son élève et il n’y aura pas de rush sur les rendez-vous », disent-ils, envisageant que, dès lors, il n’y aura plus besoin de décentralisation des centres d’examen, car tous les tests pourraient se faire à Port-Louis.
« Nous sommes disposés à exposer nos suggestions au gouvernement pour qu’ensemble, en table ronde avec les différents stakeholders, nous trouvions les meilleures solutions à la satisfaction de tous », disent-ils, ajoutant que « ces solutions viendraient également résoudre le problème de décongestion routière ». À ce chapitre, le sergent Barlen Munisami, qui a travaillé sur un projet relatif à la décongestion de la route, est d’avis qu’il est important d’introduire une restriction des heures de driving tuitions aux heures de pointe.
« Il faudrait une bonne planification des moniteurs qui, au lieu d’avoir des leçons de conduite dans la capitale entre 7 h et 9 h, pourraient en profiter pour faire des leçons d’arrière-parking à ces heures », dit-il, estimant que cela réduirait la pression sur les automobilistes qui arrivent dans la capitale et qui se retrouvent bloqués derrière les nombreuses voitures d’auto-école.