Eric Charden, décédé dimanche à 69 ans des suites d’une longue maladie, a bercé les années 70 en compagnie de son épouse Stone, avec qui il formait un couple idéal chantant l’amour, la paix et une France de carte postale, de l' »Avventura » à « Made in Normandie ».
Eric Charden est né le 15 octobre 1942 à Haiphong (Vietnam), dans ce qui est alors l’Indochine. Sa mère est une orpheline tibétaine recueillie par des religieuses, son père un ingénieur français, qui dirige le port de la ville.
En 1950, la colonie française est secouée par la guerre et le père d’Eric Charden est plusieurs fois fait prisonnier. Pour protéger sa famille, il décide de l’envoyer chez sa mère à Marseille.
Le jeune garçon, né sous le nom de Jacques Puissant, s’initie au saxophone et à la guitare. L’été, il chante à Cassis, pendant que son copain Patrice Laffont, futur animateur de télévision, passe la sébille.
Le baccalauréat en poche, il monte à Paris où il intègre la prestigieuse école de commerce HEC. Mais, il abandonne vite les études pour se lancer dans un carrière de musicien.
En 1963, le directeur général des disques Pathé Marconi lui signe un contrat et le jeune auteur-compositeur monte dans le train des yéyés. Il écrit pour Eddy Mitchell, Dick Rivers, Sheila, Sylvie Vartan, Claude François, Johnny Hallyday… et remporte son premier succès en tant qu’interprète avec le slow « Le monde est gris, le monde est bleu » (1966).
Parallèlement, il veille sur la carrière naissante de sa jeune épouse, Annie Gautrat. Il l’a rencontrée lors d’une soirée organisée par le magazine Salut Les Copains au cours de laquelle la jeune femme est élue Miss Beatnik.
Membre du jury, il n’a pas voté pour elle… mais repart à son bras. Peu après, elle se lance dans la chanson sous le nom de Stone –dû à sa coupe de cheveux à la Brian Jones, le guitariste des Rolling Stones.
Ce n’est qu’au début des années 70 que le couple décide de tenter l’aventure en duo, sous le nom Stone et Charden.
Phénomène de société
Leur deuxième 45 tours inspiré d’un film d’Antonioni « L’avventura » est un succès immédiat. Le disque est numéro un en France et en Belgique. Il est traduit en italien et en allemand.
Stone –doux sourire et cheveux blonds comme les blés– et Charden –cheveux bruns mi-longs et regard ténébreux– sont jeunes, beaux et romantiques à souhait.
Enlacés sur scène, ils chantent l’amour et une France de carte postale, où l’on admire les vaches « Made in Normandie » en parcourant les petits chemins à vélo (« Il y a du soleil sur la France ») et en écoutant du Tino Rossi (« Laisse aller la musique »).
Le duo enchaîne les succès (« Le prix des allumettes », « L’amour pas la charité », « La suite de ma vie »…), vendant quelque 20 millions de disques. Stone et Charden deviennent même un phénomène de société : ils sont les héros d’un roman-photo, enchaînent les couvertures de Télé 7 Jours, Salut les Copains, Mademoiselle Age Tendre, Tintin…
Mais peu après la naissance de leur fils Baptiste, le couple se sépare à la ville, puis à la scène.
En solo, Eric Charden prend le virage du disco avec le tube « L’été s’ra chaud », co-signé avec Didier Barbelivien. Il signe la musique de plusieurs dessins animés adulés des trentenaires d’aujourd’hui, dont « Albator » et « San Ku Kai ». Puis il s’éloigne des projecteurs, s’essaye à l’écriture.
Depuis la fin des années 90, il avait reformé son duo avec Stone pour reprendre leurs plus grands succès. Ces dernières années, le couple avait notamment participé aux tournées à succès « Age Tendre et Tête de Bois ».
Stone et Charden venait de publier leur premier album studio depuis 20 ans, où il reprenait des chansons d’autres duos célèbres, un disque dont Eric Charden se disait très fier, selon son entourage.