Le Père Robert Jauffret, proche durant ces 30 dernières du milieu ouvrier et des quartiers populaires, avec un apostolat centré sur l’action sociale, est décédé hier après-midi après un long combat contre le cancer de la peau. De ses nombreuses prises de position marquantes contre les injustices de toutes formes et qui ne plaisaient pas souvent aux politiciens, on relève son engagement contre la drogue qu’il a commencé dans les années 80 au coeur de Cité-Barkly. Un nombre important de Mauriciens de toutes confessions religieuses lui ont rendu hommage par leur présence hier soir et ce matin à la salle d’oeuvre de l’Église Sacré Coeur.
Pour avoir été très proche du Père Jauffret durant ses 20 dernières années, soit depuis la période où il était séminariste à la paroisse de Beau-Bassin, Eddy Coosnapen, curé de la paroisse de Sacré Coeur, est visiblement affecté par cette disparition. Il l’a eu comme mentor et témoigne de ce cheminement à côté de lui jusqu’à ses derniers jours. C’est lui qui accompagnait régulièrement le Père Jauffret quand il partait en traitement à l’étranger. « C’est à partir de ce temps où j’étais séminariste que nous avons commencé à cheminer ensemble et nous sommes devenus de vrais amis. Je vais reprendre humblement les paroles d’une chanson de Serge Lama pour dire ce qu’il a été pour moi : “C’est mon ami et c’est mon maître” », confie-t-il au Mauricien.
« Dans notre diocèse, Robert a été un précurseur dans des domaines que l’Église n’osait pas toucher il y a une trentaine d’années. Par exemple, il n’a pas hésité au début des années 80 à se plonger dans le vécu quotidien des quartiers réputés difficiles comme par exemple à Barkly. Les dealers de drogue ne voyaient pas d’un bon oeil son intrusion dans la localité. Je n’oublie pas aussi son travail à la prison de Beau-Bassin pour la réinsertion des prisonniers et je suis ravi que d’autres ont pris le relais », dit le Père Coosnapen.
Robert Jauffret fait partie de cette génération de prêtres mauriciens qui ont inscrit leur mission dans l’action catholique. « Il a été un homme de terrain, un grand travailleur social », entendait-on à plusieurs reprises hier soir parmi ceux qui ont fait le déplacement pour lui rendre hommage. Dans son action rivée vers le développement de l’individu et la promotion de l’homme, il a été proche des milieux ouvriers en étant à l’oeuvre dans le quartier, mais aussi des milieux bourgeois en tant qu’aumônier du mouvement Action catholique Indépendant, devenu aujourd’hui Foi et Vie.
Alors que le terme “empowerment” n’était pas encore à la mode au début des années 2000, Robert Jauffret encourageait les travailleurs sociaux à aller plus loin que des “actions traditionnelles” comme par exemple l’organisation des journées sportives ou déjeuner de troisième âge. C’est ainsi que durant son passage à la Paroisse Ste Thérèse dans la ville lumière il a été l’initiateur de la Fédération des Cités et Quartiers de Curepipe. « L’objectif était de regrouper des gens dans chaque quartier pour réfléchir à tout ce qui touche à leurs droits des citoyens et de contribuables. Ce regroupement nous a permis ces dernières années d’interpeller les autorités et les politiciens sur tous les problèmes identifiés dans nos quartiers et sur les fléaux sociaux », témoigne Clet Adolphe, collaborateur de Robert Jauffret pour la mise en place de cette fédération.
On se souvient des face-à-face citoyens-politiciens que la Fédération des Cités et Quartiers de Curepipe a organisés ces dernières années à chaque fois qu’il y a eu des élections générales. En outre, les actions de cette fédération se répercutaient au niveau de l’Église. « Le Père Jauffret invitait souvent les fidèles à venir parler de leurs problèmes lors des messes du week-end pendant son homélie. Les Catholiques étaient sensibilisés aux problèmes quotidiens et tous se sentaient solidaires », ajoute Clet Adolphe.
Toujours par rapport à ce souci de rendre l’homme autonome, Robert Jauffret s’est beaucoup intéressé au développement de la Credit Union de Curepipe, prenant régulièrement des nouvelles de cette « bank pou ti-dimounn » et enjoignant ses responsables à ne pas relâcher d’efforts pour attirer de nouveaux membres.
La maladie a contraint le Père Jauffret à freiner ses activités, mais il a été sur le terrain de l’évangélisation jusqu’au bout. Dans son livre témoignage intitulé L’audace de dire et paru en 2010, il partage en toute simplicité et humilité ses convictions profondes par rapport à sa foi en Jésus-Christ, moteur de toutes ses actions en faveur de l’homme. « La foi ! Il ne s’agit pas de religiosité, de petites dévotions, d’eau bénite et de sacristie. Une fois en plein vent qui me fait aimer et me laisser animer par un Dieu qui est passionné par les hommes », écrit-il.