Le corps sans vie de Lindsay Aza, âgé d’une cinquantaine d’années, célibataire et travailleur social très connu de tout le pays, puisqu’il était le responsable et un des membres fondateurs de l’ONG Elan (qui s’occupe de la réinsertion des détenus), a été retrouvé ce matin. C’est aux alentours de 8 h qu’une voisine a fait la macabre découverte en se rendant dans son arrière-cour, qui jouxte celle de Lindsay Aza. Mandée sur les lieux, la police est arrivée au Docker’s Village de Baie-du-Tombeau aux alentours de 8 h. Lindsay Morvan, ancien Chairman de la Natresa qui a beaucoup côtoyé le défunt, et ami d’enfance de M. Aza, était également sur les lieux. « Le corps de Lindsay était pendu à un poteau sous la petite véranda à l’arrière de sa maison, explique-t-il au Mauricien. Il y avait un drap noué autour de son cou et autour de sa bouche. Ses mains étaient ligotées à l’avant et ses pieds étaient aussi attachés. Il y avait un tabouret près du corps… comme s’il s’en est servi. Tout cela est très énigmatique. On attend l’enquête de la police pour déterminer le plus rapidement possible les causes de ce décès. Maurice perd un valeureux travailleur social. »
« Lindsay était torse nu, dit M. Morvan. Il portait un jeans et avait des escarpins aux pieds… Ce que j’ai trouvé assez bizarre, c’est que ses pieds touchaient presque le sol… » Un autre témoin de la scène, également travailleur social, explique que « le diary de Lindsay Aza était posé sur un vieux frigo, qui se trouvait près du corps. Lindsay avait ses clés attachées à la ceinture qui maintenait son jean. »
Les deux relèvent que « la position dans laquelle le corps de Lindsay Aza a été retrouvé est assez bizarre… Et on se pose évidemment des questions, car comment s’est-il pendu si ses mains sont liées ? A-t-il été aidé ? Est-ce un foul play ? Certains ont même laissé entendre qu’il a été battu… »
Lindsay Morvan, ancien Chairman de la Natresa (National Agency for the Treatment and Rehabilitation of Substance Abusers), actuel porte-parole du PMSD, et surtout, ami d’enfance de Lindsay Aza, est catégorique : « Nous attendons évidemment les résultats de l’enquête de la police pour faire toute la lumière sur cette horrible affaire ! »
Stupeur. Horreur. Choc. Ce matin, le Docker’s Village de Baie-du-Tombeau était en émoi. Plusieurs travailleurs sociaux étaient présents autour de la maison de Lindsay Aza. Animateur du Centre de Solidarité pour une Nouvelle Vie (CDS) et surtout, responsable de l’ONG Elan, qui s’occupe de la réinsertion des détenus, hommes et femmes, cet homme d’une cinquantaine d’années, célibataire et qui vivait seul au Dockers’ Village était très connu.
« Toujours ponctuel »
« Je l’attendais chez moi, explique Rosy Khedoo, membre du conseil du village et de l’ONG et aussi, proche de la victime. Lindsay et moi avions rendez-vous ce matin avec le Commissaire des prisons, Jean Bruneau, dans le cadre des activités que nous préparons. Lindsay est toujours très ponctuel. J’étais assez inquiète quand jusqu’à 7 h 45, il n’était toujours pas arrivé. » Cinq minutes plus tard, continue notre interlocutrice, « j’ai eu un coup de fil m’annonçant la terrible nouvelle… »
Scénario quasi identique pour Lindsay Morvan : « J’étais en route. Mon fils débute ce matin ses examens de HSC au collège du Saint-Esprit et je partais le déposer. Une animatrice du CDS et également membre du MPRB avec moi, m’a appelé pour me dire qu’elle avait entendu que Lindsay s’était pendu… Je me suis immédiatement rendu sur les lieux. » Une fois sur place, aux alentours de 8 h 15, Lindsay Morvan a pu constater de visu la tragédie : « La police était déjà présente sur les lieux. On attendait l’arrivée des experts pour procéder aux différents prélèvements et photos, entre autres. »
M. Morvan cache mal son émotion : « Lindsay et moi, on est des amis d’enfance. Il a grandi au Dockers’ Flat de Baie-du-Tombeau et moi, à Roche-Bois. On se connaît depuis cette époque-là. On n’a pas cessé de se côtoyer. » Quand l’actuel porte-parole du PMSD était Chairman de la Natresa, il y a quelques années, « Lindsay était, comme toujours, très actif, sur le plan de la réinsertion des ex-détenus. »
Cadress Rungen, autre travailleur social qui a connu L. Aza « alors qu’il n’avait que 19 ou 20 ans et était déjà très actif au sein du comité de quartier, à l’époque », abonde dans le même sens Danny Philippe, ancien animateur du CDS, et ami de longue date de L. Aza. Et de poursuivre : « C’est un homme très impliqué, très engagé sur différents fronts sociaux à Baie-du-Tombeau et ailleurs. Il était aussi le Campaign Manager pour le conseil du village. C’est un ami que j’ai appris à connaître et respecter. » Les trois hommes déclarent : « Maurice a perdu aujourd’hui un très valeureux travailleur social. Lindsay Aza a porté très haut, dans le pays comme à l’étranger, l’ONG Elan. »
Aux côtés du DPP, hier
Hier, justement, dimanche 30 septembre, le responsable et membre fondateur d’Elan était présent dans les locaux de l’ONG, à la route Nicolay, à Sainte-Croix. « Le comité d’Elan avait prévu une fête après que l’ONG s’est vu décerner un trophée par le DPP, tout récemment », expliquent Rosy Khedoo et Ah-Kin Félicité, tous deux proches de Lindsay Aza et membres du conseil du village de Baie-du-Tombeau. En effet, il y a environ un mois, dans le cadre d’une conférence internationale concernant le judiciaire, le DPP Satyajit Boolell a remis à Lindsay Aza un trophée en reconnaissance des efforts produits par l’ONG en faveur de la réinsertion des ex-détenus. « On n’avait pas pu faire cette fête avant, avancent R. Khedoo et A. Félicité. Lindsay était récemment en voyage en Chine. Il est rentré le 21 dernier. »
En effet, via la MACOSS, Elan était « invité à rencontrer des ONG de la Chine. Lindsay avait fait le déplacement. » Nos deux interlocuteurs continuent : « Finalement, on a pu organiser cette petite fête, ce dimanche 30. Étaient également présents : l’ancien président du conseil de district, Harris Elise, et Mike Sandapen du Centre d’Accueil de Terre-Rouge (CATR). Une demi-douzaine d’anciens détenus sont venus et le DPP, Satyajit Boolell, s’est joint à nous ! »
R. Khedoo a trouvé que « Lindsay n’était pas trop dans son assiette. Il était un peu évasif, un peu absent… » Pour Ah-Kin Félicité, « j’avais l’impression que Lindsay était triste parce que la plupart des invités qu’il avait conviés à la fête ne sont pas venus. Il y avait beaucoup d’absents. Aussi, il paraissait fatigué de son voyage en Chine. »
M. Félicité dit avoir déposé L. Aza « chez lui, aux alentours de 14 h. Il avait pris son déjeuner et son dessert en take-away. Je me rappelle avoir plaisanté avec lui. Il avait des sacs avec des écritures chinoises, dessus, et je lui ai dit s’il comprenait ce qui était écrit… »
Rosy Khedoo confirme, elle, avoir « appelé Lindsay, vers 18 h 30 pour lui demander s’il allait bien… Il ne me paraissait pas dans son état normal. On s’est parlés, on a passé en revue la rencontre avec le commissaire Bruneau, pour ce matin… » Pour Ah-Kin Félicité, « si Lindsay avait eu un problème, il nous en aurait parlé. Il n’était pas du genre à tout garder pour lui. Il partageait toujours ses peines… »
Lindsay Aza était célibataire et n’avait pas d’enfant. Parmi ses frères, Suliman Aza est un Body Builder et Clency, lui, est connu pour son engagement auprès des Scouts. Ses funérailles auront lieu, selon toute probabilité, demain mardi 2 octobre, dans l’après-midi, en l’église Bon Pasteur, Baie-du-Tombeau.