Hommage rendu par Me Antoine Domaingue, président du Bar Council, à Me Radha Gungaloo, morte des suites d’une longue maladie mardi dernier. Cet hommage a été rendu avant la levée du corps, jeudi matin.
“Ma très chère Rada,
A toi qui a toujours prêtée une oreille plus qu’attentive à tous tes semblables, je tiens à te dire en notre nom à tous, tes parents et nombreux amis, et au nom du barreau mauricien, que nous garderons de toi le souvenir impérissable d’une brillante avocate au grand coeur.
Tu as été et tu resteras pour toujours la grande dame du barreau mauricien. Je tiens, en cet instant, à saluer tes grandes qualités d’intelligence, de droiture, ta bonté, ton sens de la justice et de l’équité.
Tu as été et tu resteras pour toujours un modèle car tu as su, de par ton exemple, inspirer et susciter de nombreuses vocations parmi tes jeunes consoeurs, qui sont aujourd’hui rassemblées autour de toi et qui m’ont témoigné de ta disponibilité en tant que leur mentor.
Même si ces derniers temps la maladie t’a, pendant un instant, tenue éloignée de nos prétoires, pendant de longues années tu t’es dévouée sans relâche à la cause des femmes et de la justice. Malgré une santé fragile, pendant ta longue et fructueuse carrière au barreau, tu t’es inlassablement dévouée, corps et âme, à la cause de la femme et de l’enfant, et à ce titre, tu brilleras pour toujours d’un éclat impérissable au firmament du barreau mauricien.
Je tiens aussi à saluer ici tes qualités d’écrivain, qui sont hélas méconnues. Ton livre intitulé Letan Lontan, que j’ai lu avec profit, est une compilation de tes souvenirs de jeune fille. C’est un pur délice qui est maintenant introuvable en librairie et demande à être réédité, car à chaque page on y découvre, avec émerveillement, tes qualités innées d’écrivain. Je t’avais d’ailleurs maintes fois encouragée à persévérer dans cette voie, car dans ce livre, j’ai eu la confirmation que tu as, en fait, toujours été plus beaucoup plus féminine que féministe, au grand soulagement de tes nombreux admirateurs.
Malheureusement, le temps t’a fait cruellement défaut et tu n’as pas pu poursuivre ta carrière littéraire, qui s’annonçait prometteuse. Hélas, nous sommes tous tributaires du temps, et comme l’a si bien dit Jean Cocteau, que tu affectionnais tant : « Le temps est comme un tribunal révolutionnaire, il n’acquitte jamais personne. »
Je tiens à conclure par une anecdote qui fera date dans les annales du judiciaire. Au début de ta carrière, à un prévenu à qui la Cour demandait par quel “homme de loi” il souhaitait se faire représenter, celui-ci avait répondu avec aplomb : “Mo pa le homme de lwa mwa, mo oule ene fam de loi !”. Sommé par le tribunal de dévoiler l’identité de cette « femme de loi », celui-ci avait répondu avec assurance : « Mo lavoca, Mme Gungaloo. »