Michel Legris, illustre figure de la chanson mauricienne, s’est éteint ce matin à l’âge de 83 ans. Cette nouvelle a surpris plus d’un, tant celui qu’on surnomme affectueusement le Capitaine respirait la jeunesse et la joie de vivre. Ses funérailles auront lieu demain. Ses morceaux comme La Sezon marenwar, Dalma Dalma, et surtout l’incontournable Mo Capitaine, ont fait danser des générations. L’État mauricien l’avait décoré en 2007 pour sa contribution dans le domaine musical.
Sa musique a traversé le temps et il avait lui-même adapté son séga à différentes sauces. C’est dire que Michel Legris fait partie de ces artistes qui ont marqué le temps et que l’on respecte. Figure emblématique de la chanson mauricienne, il faisait partie des pionniers, avec Ti Frer, Serge Lebrasse, Fanfan, Roger Augustin et tant d’autres. Coiffé de son chapeau de paille, avec sa ravanne qu’il avait lui-même fabriquée, il a parcouru les scènes à Maurice et à l’étranger. En 2007, l’État l’a élevé au rang de Member of the Order of the star and key of the Indian Ocean.
Ce qui fait surtout la particularité de Michel Legris, c’est sa jeunesse d’esprit. En dépit de son âge avancé, il n’a pas hésité à collaborer avec d’autres chanteurs et musiciens pour explorer de nouveaux sons. À l’exemple de son album Dalma dalma réalisé avec la complicité de Georges Corette ou son duo avec les OSB, sur un air de rap.
Mais Michel Legris, c’est avant tout le Capitaine. C’est ainsi que tous ceux qui l’ont côtoyé le surnommaient pour son grand plaisir. Car c’est avec le titre Mo Capitaine que le chanteur de Plaine-des-Roches, Rivière-du-Rempart, s’est fait connaître. On était encore en 1972, à l’époque de Sugar Time, concours qu’il a remporté alors qu’il travaillait dans l’industrie sucrière.
Ambassadeur de la musique mauricienne, il a représenté le pays à diverses manifestations culturelles à l’étranger. Même s’il a collaboré avec différents groupes de musiciens, c’est avec son groupe familial, entouré de ses enfants, qu’il se plaisait le plus. D’ailleurs, sa fille Josie et son fils José lui ont emboîté le pas dans cette voie.
Michel Legris n’était pas uniquement respecté par la communauté artistique, c’était une figure nationale. Dans son salon, il avait accroché des photos où on le voit avec différentes personnalités politiques, allant de sir Seewoosagur Ramgoolam à sir Anerood Jugnauth, dont il était un grand admirateur. Et lorsqu’on évoquait ces relations avec lui, il répondait : « Je n’ai jamais fait de politique, mais ils sont tous venus chez moi, parce qu’ils apprécient ce que je fais », avant d’ajouter : « Pourtan mo enn ti bolom ordiner. Mo pa konn lir, ni ekrir. »
Des déceptions, Michel Legris en a connu aussi. Comme en 2005, où son nom figurait sur la liste initiale des décorés du 12 mars, avant d’être remplacé par un autre. Il n’a pas non plus caché son chagrin concernant le concert-anniversaire marquant ses 80 ans qui ne s’est jamais concrétisé. Le licenciement de son fils de la Mauritius Society of Authors (MASA) l’avait également grandement affecté.
Mais Michel Legris était tout de même un homme heureux. Jovial, il partageait sa bonne humeur autour de lui. Sa grande fierté était d’avoir pu donner une éducation et un métier à chacun de ses enfants. Il ne manquait jamais de faire ressortir : « Mem mo pas konn lir ekrir, dan mo lakaz ena polisye, diplôme liniversite… » Lui-même avait commencé à travailler dans l’industrie sucrière à l’âge de 12 ans. Plus tard, il devait servir dans l’armée, rapportant du même coup quelques mots de swahili qu’il utilisa dans certains morceaux.
Rien le prédestinait à devenir chanteur. Il ne cachait pas que sa mère n’appréciait guère les soirées séga qu’organisait la famille de son père dans la cour. À cette époque, le séga était mal vu. Elle, rêvait d’un avenir meilleur pour ses enfants. Mais le jeune Michel avait une idée bien précise en tête : il observait les aînés fabriquer la ravanne et se disait que plus tard, il en ferait autant. Avec ses frères, il monta le groupe Mirinda, avant de se lancer en solo par la suite.
Malgré le succès, Michel Legris a toujours vécu dans la simplicité. Il se disait heureux d’être un artiste et de promouvoir la culture de son pays. Une passion qui le poussait à poursuivre la scène au-delà de ses 80 ans. Et lorsqu’on évoquait avec lui une éventuelle retraite, il répliquait avec sa verve habituelle : « Abe kan bis-la pase mo’ava rantre… »