« C’est un signal dans la bonne direction ». C’est en ces termes que le secteur privé commente la décision, prise par hier par le comité de politique monétaire (MPC) de la Banque de Maurice (BoM), de réduire de 50 points de base, soit de 5,4 % à 4,9 %, le taux d’intérêt directeur. Les opérateurs économiques se disent réconfortés par cette mesure mais attendent de voir comment elle va se traduire au niveau du loyer de l’argent et du taux de change de la roupie.
Pour Louis Rivalland, Chief Executive du groupe Swan et président du Joint Economic Council (JEC), la baisse annoncée par le MPC ne peut que favoriser la croissance et les investissements dans un contexte où l’économie mondiale est sujette à des turbulences notamment dans la zone euro avec des répercussions sur l’économie mauricienne. « Nous avons toujours réclamé une plus grande cohérence entre la politique budgétaire et la politique monétaire. J’estime que la décision prise par le MPC va dans ce sens », affirme-t-il. M. Rivalland note que le comité de politique monétaire a analysé plusieurs indicateurs, dont les risques à la baisse de la croissance et des pressions inflationnistes, avant de recommander une diminution du Key Repo Rate. « Définitivement c’est un boost au moral des hommes d’affaires », dit-il, ajoutant que le JEC avait souhaité une baisse d’au moins 50 points de base du taux d’intérêt directeur pour que l’effet soit ressenti sur le coût du crédit et la valeur de la roupie, jugée peu compétitive par les exportateurs.
« Nous espérons que cette baisse du KRR donnera un coup de pouce à l’investissement et rendra la valeur de la roupie plus appropriée », dit Cédric de Spéville, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI). Ce dernier est d’avis que les observations du communiqué émis par la BoM à l’issue de la réunion du MPC sont explicites et indiquent que les autorités monétaires, tout en étant très sensibles aux risques, avaient de la marge pour réduire le taux d’intérêt directeur. « C’est un bon signal. Tous ceux qui ont emprunté ou qui désirent contracter des emprunts pour financer le développement de leurs entreprises seront soulagés », dit-il. Abondant dans le même sens, Ahmed Parkar, directeur du groupe Star Knitwear, trouve que le MPC envoie un « bon message » aux opérateurs économiques. Cependant, il estime que les retombées de la baisse du taux directeur ne vont pas être ressenties tout de suite. Il faut, selon Ahmed Parkar, accompagner une telle mesure par la création d’un environnement encore plus propice à l’investissement et à la création d’emplois. De plus, les opérateurs économiques, dit-il, s’attendent à avoir plus de visibilité concernant l’évolution de la situation économique internationale, en particulier dans la zone euro. « C’est un pas dans la bonne direction. C’est un médicament mais ce n’est pas encore la guérison totale », affirme M. Parkar.
Incertitude persistante
Dans le communiqué qu’elle a émis en fin d’après-midi, la BoM explique que le comité de politique monétaire a constaté que les risques de baisse à la croissance globale sont toujours très importants en dépit des signes d’une stabilisation dans la zone euro suivant la mise à exécution des récentes mesures décidées par les autorités européennes pour régler le problème de la crise de la dette souveraine. « Fears of global recession have receded and the US economic outlook is improving », observe le MPC qui trouve, par ailleurs, que les pressions inflationnistes au plan global ont diminué, donnant une certaine flexibilité aux banques centrales des pays développés et de certaines économies émergentes pour la pratique de politiques monétaires plus accommodantes.
Se référant à l’économie mauricienne, le MPC constate que « growth momentum is still positive although expected to slow a little before the signs of recovery in target markets begin to change the outlook for exports ». On prévoit un taux de croissance de 3,8 % en 2012 mais il se pourrait que le taux soit inférieur en raison de l’incertitude persistante de l’environnement économique global.
Pour ce qui est de l’inflation, le MPC estime que les pressions ont diminué légèrement mais qu’il y a toujours des craintes que les prix des matières premières ne reprennent un mouvement à la hausse. Le taux d’inflation (moyenne de l’indice des prix à la consommation sur une année comparée à la moyenne pour l’année précédente) s’élèverait à 5,3 % d’ici juin 2012 alors que l’inflation en progression annuelle (le niveau du CPI pour un mois donné comparé au niveau du mois correspondant de l’année précédente) pourrait atteindre 4,8 % en juin 2012 et 4,7 % en décembre 2012.
« The MPC weighted the risks to the growth and inflation outlook over the policy-relevant horizon and concurred that a cut in the Key Repo Rate was warranted in view of the higher downside risks to the domestic growth outlook compared with the upside risks to the inflation outlook », indique le communiqué. Les membres du comité étaient tous en faveur d’une baisse mais c’est par vote majoritaire que le pourcentage de réduction du taux d’intérêt directeur a été décidé.