Spécialisée dans la fourniture de tissus de première qualité pour la décoration et l’ameublement d’intérieur et d’extérieur, Deco Design est une jeune entreprise qui prend son ascension. À la tête de 21 employés, d’un atelier de confection et de deux showrooms, le jeune couple Trinida et Sendilen Chetty veut voir encore plus grand. Tous deux envisagent aujourd’hui l’ouverture d’un troisième showroom et comptent se lancer dans l’exportation. Pourtant, tout n’a pas été simple à leurs débuts il y a six ans. Parmi les obstacles, le refus des banques de croire en leur potentiel. Finalement, c’est l’ex-Bramer Bank qui accepte de les épauler. Mais, aujourd’hui encore, le soutien bancaire reste « flou ». Ce qui induit le couple Chetty à regretter « le gros décalage entre la volonté affichée du gouvernement d’encourager la création de PME viables et ce que nous, jeunes entrepreneurs, nous recevons comme soutien dans la réalité ».
Rehausser l’intérieur ou l’extérieur d’une maison à l’aide de tissus de qualité à travers la confection de rideaux, canapés, coussins, draps entre autres ; offrir des conseils et un service sur mesure, telle est la principale activité de Deco Design. Si l’entreprise est aujourd’hui bien assise, Trinida Chetty n’oubliera jamais les tâtonnements des débuts. « On a bien galéré mais on a persévéré ! » se souvient-elle. En choisissant des études en marketing et en gestion de business à Montpellier, France, elle ne savait pas si bien choisir. Après son stage de fin d’études, elle est recrutée par Sam International. « J’ai été appelée à travailler sur un gros projet touristique pour le Moyen Orient ». Quelque temps après, elle retourne à Maurice et prend de l’emploi chez Yuni. Pendant ce temps, Sendilen Chetty, ayant lui poursuivi ses études en Gestion des finances en France également, se fait embaucher par Diadeis. Mais, quelques mois après, Trinida décide de quitter son travail. « Sans consulter mon mari, un jour, j’ai démissionné et en apprenant la nouvelle, le soir, il était choqué, avant de me dire que lui aussi avait donné sa démission ce jour-là… » Le couple se retrouve du jour au lendemain sans emploi, avec toutefois des idées plein la tête. « Mais, cela nous a pris beaucoup de temps avant de savoir ce qu’on voulait vraiment faire. Mon travail chez Yuni, où j’étais responsable de marketing, m’a donné envie de travailler dans la déco. Je me suis alors dit, pourquoi ne pas me lancer en free-lance ».
Avec très peu de moyens, étant jeune, le couple puise dans ses maigres économies. Le père de la jeune femme l’aide à s’acheter une voiture pour « aller m’approvisionner en échantillons de tissus chez un fournisseur pour ensuite aller trouver des clients ». Pendant cette période d’essai, les trois premières années, le couple constate qu’il y a effectivement une grande demande pour ce créneau. « Les clients voulaient savoir ce qu’on avait comme tissus. Ils ne voulaient pas aller à la rue La Corderie, à Port-Louis et recherchaient quelque chose de différent des autres. On a donc décidé de miser sur le service. Très tôt, ma maison ne ressemblait plus à une maison. Il y avait des tissus partout. Mon mari se plaignait. Jusqu’au jour où j’ai vu une annonce pour un emplacement à louer à Pointe-aux-Canonniers, juste en face de là où je faisais la gym. À partir de là, on a ouvert notre premier showroom en 2013 ».
Être jeune et vouloir entreprendre
Selon Trinida Chetty, le plus grand défi auquel Deco Design aura été confronté est bien le financement. « Quand on est jeune et qu’on veut entreprendre, on n’a pas le capital qu’il faut. On ne voulait pas demander l’aide de nos parents. On voulait faire par nous-mêmes. Mais, les banques que nous avons approchées ne nous ont pas aidés. On s’est débrouillé tout seul avec les moyens qu’on avait. Une seule banque, l’ex-Bramer Bank, a vu qu’on avait un potentiel et nous a aidés avec un découvert. Tout allait bien jusqu’à ce qu’elle s’écroule et qu’on se retrouve sans banque. Aujourd’hui, c’est la Maubank qui a pris le relais mais cela reste flou ». Pour Sendilen Chetty, « il y a un manque de suivi par rapport à ce qu’a dit le gouvernement. S’il est clair qu’il y a une volonté politique d’aider les jeunes à créer des entreprises viables, il y a un gros décalage avec ce que les jeunes entrepreneurs reçoivent comme soutien dans la réalité ! La volonté du gouvernement est là mais sa mise en application pose problème. C’est un des gros obstacles auxquels font face les jeunes entrepreneurs. Les banquiers ne connaissent pas leurs clients. Ils ne se déplacent pas suffisamment. Ils ne regardent que les chiffres et ne voient pas le potentiel de l’entreprise ; le contexte dans lequel elle évolue. Leur évaluation est biaisée. On doit systématiquement leur faire comprendre ce qu’on fait. Tout cela nous handicape dans notre vrai potentiel ». Et l’entrepreneur de faire ressortir que selon les statistiques, « sur dix start-up, sept vont mourir. Sur les trois restantes, il n’y a pas assez d’accompagnement. Or, c’est là où il faudrait apporter un boost ! » Il se dit d’avis que « c’est cette étape d’accompagnement des jeunes entrepreneurs qui fait défaut. Autre problème : on ne sait pas différencier entre une PME réalisant Rs 50 M de chiffres d’affaires et une très petite entreprise avec Rs 10 M de chiffres d’affaires. Les besoins ne sont pas les mêmes pour les deux types d’entreprises. MyBiz ne répond pas à nos besoins. Il faut une meilleure compréhension de la notion de PME ». Les chiffres d’affaires de Deco Design tournent, eux, autour de Rs 15 M.
En dépit des obstacles, les époux de 34 ans se disent fiers de leur entreprise. « On a commencé très petit. On a progressé. Il y a des ex-employés d’usine qui ne recevaient pas leur paye et qui sont aujourd’hui payés comme il le faut. Nous avons une équipe de collaborateurs qui se donnent à fond ».
En 2015, Deco Design a ouvert un deuxième showroom à Hillcrest Avenue, Sodnac. Au fil des ans, Deco Design a su tisser des liens solides avec des fournisseurs de tissus à l’étranger de même que des partenariats avec des collaborateurs locaux tels Roche Bobois et Yuni. Ce qui fait que l’entreprise est bien équipée pour répondre aux exigences des clients. Étape prochaine : augmentation de la capacité de production, exportation de rideaux sur mesure vers l’Europe et ouverture d’un troisième showroom. En attendant, les Chetty continuent à être à l’écoute de leur clientèle à Maurice qui comprend 40 % de particuliers, 40 % d’étrangers investissant dans des RES ou IRS et 20 % venant de projets de résidence. « Notre but, c’est vraiment de garder la qualité et d’être attentifs aux demandes des clients ».