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Narendranath Gopee, président de la Federation of Civil Service and Other Unions (FCSOU) et de la National Trade Union Confederation (NTUC), affirme que le pays se dirige vers un « désastre total si le gouvernement va de l’avant avec le déconfinement sans un dépistage national ». Rappelant que la population est « toujours dans le flou » en ce qui concerne la manière dont le gouvernement compte procéder, il estime que la réouverture des écoles « n’est pas une priorité » actuelle. « Il faut d’abord remettre la fonction publique sur les rails », dit-il.

« Ce n’est certainement pas à la dernière minute avant l’échéance du 4 mai qu’on expliquera à la population ce que le gouvernement va faire. Je prends un seul exemple : comment les fonctionnaires pourront se servir des ascenseurs dans les bâtiments publics tout en gardant une distanciation sociale ? » demande-t-il. Le syndicaliste, tout en estimant que le gouvernement « est en train de paniquer », décrie le « manque de transparence ». Selon lui, « la population est suspendue aux conférences de presse tous les jours » en début de soirée.

« Si on va vers un déconfinement dans le contexte actuel, ce sera un désastre total. Il faut organiser tout de suite une réunion avec les fédérations syndicales, car ce sont les travailleurs qui seront concernés. Nous avons nos propositions, mais le gouvernement doit les écouter. » Narendranath Gopee n’a d’ailleurs aucun doute : déconfiner, comme annoncé, serait « une erreur », du moins tant qu’un dépistage national ne sera pas entrepris. « Il y a encore des cas de Covid-19 qui se cachent parmi la population. Il se pourrait qu’on soit confronté à une deuxième vague de contamination si on procède à un déconfinement national. »

Le syndicaliste dit aussi s’aligner sur la position d’Ashok Subron en ce qui concerne la gestion des fonds publics. Ainsi, pour lui, la posture du ministre des Finances, Renganaden Padayachy, « ressemble à une dilapidation des fonds publics ». Il avance : « Il doit comprendre que les caisses de l’Etat ne lui appartiennent pas. Cet argent appartient au peuple et, donc, la population a son mot à dire. Le Wage Support Scheme coûte Rs 4 milliards à l’Etat. » En revanche, Narendranath Gopee se dit en faveur de subsides accordés aux employés du secteur privé. « Le gouvernement a tout simplement cédé au chantage du secteur privé, qui a menacé de licencier s’il n’obtenait pas une assistance financière. Le gouvernement s’est affaibli considérablement malgré tout l’arsenal administratif dont il dispose pour gérer le pays. Aujourd’hui, l’Etat est à genoux devant les exigences du secteur privé », a-t-il affirmé.

Poursuivant sur la même thématique, le syndicaliste rappelle qu’il existe, au sein de la fonction publique, le National Audit Office (NAO), « qui pourrait enquêter sur la situation financière des grosses compagnies pour ces cinq dernières années », exercice qui s’avèrerait nécessaire selon lui « avant de décaisser les fonds ». Ce faisant, ces instances auraient été en mesure « de vérifier si les profits ont été déviés à des fins personnelles ». La gestion de la crise, estime-t-il encore, équivaut à « une véritable dilapidation des fonds publics ». Et de se demander : « Le gouvernement a le devoir de publier le rapport du Pay Research Bureau (PRB) en 2021. Est-ce que le ministère des Finances va dire maintenant que le gouvernement ne peut plus financer le PRB en raison du Covid-19 ? »

Le président de la FCSOU estime « absurde » de « venir financer ceux qui travaillent dans les supermarchés, car ces derniers font beaucoup de profits en ce moment en l’absence d’un contrôle serré sur leurs marges ». Ce qui équivaut, selon lui, à « un vol en plein jour ». Narendranath Gopee poursuit : « Le gouvernement doit bien réfléchir à ses dépenses. Il serait plus approprié de convoquer une réunion tripartite avant de décaisser davantage l’argent du peuple. Il est inconcevable que le gouvernement finance le salaire de compagnies ayant réalisé des milliards de profits et bénéficié de gros packages dans le passé. » Et de conclure : « Nous ne sommes pas contre nos sœurs et frères du secteur privé, mais le décaissement doit se passer dans la transparence. »