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Il y a une trentaine d’années, l’arrivée sur le marché du brown sugar, l’affaire des Amsterdam Boys – parmi les scandales qui avaient éclaté – et la pression exercée par la société civile avait conduit Maurice à renforcer sa stratégie de lutte contre la drogue. Les principaux objectifs de cette guerre : réduire la consommation et le trafic illicite. À néant si possible. Le constat, aujourd’hui, ne trompe personne. Dans la stratégie adoptée contre les drogues : “Nou inn fail !” De Cassam Uteem aux principaux acteurs sociaux engagés dans la lutte contre la drogue, la phrase fatidique est souvent revenue ces dernières années comme un aveu désespéré. Les millions – voire milliards – de roupies engagées par l’État, les innombrables ressources déployées, n’ont pu empêcher l’expansion du trafic et la hausse constante du nombre d’usagers. D’un problème marginal, la drogue est devenue l’une des principales plaies de Maurice. Soutenue par la corruption, elle est le principal facteur derrière la hausse dans l’insécurité, la violence, les crimes (dont la corruption), la pauvreté, la misère humaine, les infections au VIH, aux hépatites, à la tuberculose et autres. Son impact est d’ordre social, économique et, avant tout, humain. Des milliers de vies ont déjà été détruites, et les souffrances engendrées sont innommables.
Maurice ne fait pas exception. Le constat d’échec est d’ordre international. “La lutte contre les drogues a échoué, avec des conséquences dévastatrices pour les individus et les sociétés du monde entier”, écrit la Commission mondiale sur la politique des drogues. “Le tabou de la dépénalisation doit aujourd’hui être brisé”, exhorte le collectif de personnalités parmi lesquelles figurent Kofi Annan (ex-Secrétaire Général de l’ONU), Michel Kazatchkine (Directeur général du Fonds global de lutte contre le Sida, la tuberculose et le paludisme) et plusieurs anciens présidents et Premiers ministres de la Colombie, du Brésil, du Mexique ou de la Grèce.
La répression n’a pas marché. Partout, elle a contribué à envenimer la situation. D’où la nouvelle approche prônée, destinée à faire de la drogue une affaire de santé publique. L’Organisation Mondiale de la Santé reconnaissant ainsi que la dépendance et la consommation de drogues ne devraient plus faire de l’usager un criminel. Selon les cas, un système de traitement ou d’encadrement est proposé. Et en amont, le renforcement de la prévention (qui n’existe pas à Maurice) est une étape primordiale. Au Portugal, la décriminalisation a eu des effets positifs à plusieurs niveaux.
Alors que Maurice lancera bientôt sa nouvelle stratégie en matière de lutte contre la drogue, des citoyens, militants, travailleurs sociaux, médecins et autres ont réfléchi sur la question en considérant la réalité du terrain. Cette semaine, Scope a ainsi invité quelques-uns de ceux qui se positionnent en faveur de la décriminalisation à se prononcer.