Y aurait-il de l’eau dans le gaz entre Ivan Collendavelloo et ses confrères du gouvernement ? Pas du tout, répondrait assurément à cette question le principal concerné. Ce jeu de mots – facile, convenons-en – ayant été placé, venons-en maintenant à l’essentiel, à savoir le projet de Combined Cycle Gas Turbine, que nous avions d’ailleurs déjà évoqué il y a quelques semaines dans ces mêmes colonnes. Les piqûres de rappel étant toujours importantes dans toute campagne de prévention, l’on nous pardonnera, espérons-le, de revenir sur cette hérésie pseudo-scientifique soulevée par les partisans de ce mode de production énergétique consistant à prétendre que le gaz naturel serait moins polluant que le charbon. Non, il n’est pas moins polluant. En fait, c’est même exactement le contraire, comme le rappelle régulièrement la presse étrangère, à l’instar de Libération qui, comme pour faire écho à notre calembour d’entrée, faisait état du gaz naturel comme d’une solution « trop fossile », car incompatible avec l’accord de Paris (COP 21) !

Il faut ainsi savoir que le Gaz naturel liquéfié est essentiellement composé de méthane et que, lors de son extraction principalement, des fuites importantes de ce gaz sont inévitables. Or, pour les experts, le méthane a un pouvoir « réchauffant » 25 à 30 fois plus important que celui du CO2. Qui plus est, l’impact du méthane sur le réchauffement climatique est… 86 fois plus grand par molécule que celui du dioxyde de carbone sur une échelle de 20 ans. Aussi, quand bien même son exploitation paraît en effet plus « propre » à l’échelle d’une région, il en est donc tout autrement au niveau de sa source de production. Ce qui constitue évidemment un paradoxe, car en utilisant ce type de ressource, on occasionne un tort plus considérable encore à cette planète que l’on entend protéger. Car c’est un fait : le réchauffement climatique n’en a cure des frontières politiques.

Assez curieusement, les détracteurs du projet mauricien n’ont pour l’heure quasiment jamais évoqué ce point particulier du problème, pourtant d’autant crucial que la lutte contre le réchauffement aura jusqu’ici servi de prétexte à sa promotion. Or, encore une fois, et désolé de le rappeler, mais le gaz naturel, liquéfié ou non, n’a justement rien de « naturel » : c’est une source d’énergie fossile, au même titre que le charbon et le pétrole ! Le problème, c’est que l’opposition parlementaire n’a jusqu’à ce jour contesté que le cadre légal et le coût dudit projet, écartant de facto le facteur environnemental (pourtant le plus important) de l’équation. Et pour cause : le projet, s’il est mis en chantier, générerait alors beaucoup d’argent, lequel viendrait grossir les caisses de l’État. Dès lors, l’on peut comprendre que certains n’aient pas réellement envie de le jeter directement au panier.

Tout comme le précédent gouvernement, l’Alliance Lepep – une fois écartées les sporadiques annonces de microprojets verts – ne semble donc pas avoir de réelles ambitions environnementales immédiates. Pourtant, en quatre ans passés au pouvoir, nos élus n’auront pu ignorer l’ampleur prise par le réchauffement climatique, chaque année étant toujours décrétée plus chaude que la précédente au niveau mondial depuis 2013. Et ce n’est pas la canicule que nous subissons depuis plusieurs semaines maintenant qui viendra contredire cette réalité. Aussi aurions-nous apprécié que nos élus, à commencer par le ministre de l’Environnement et son confrère de l’Énergie, viennent de l’avant en présentant des projets « eco-friendly » de portée nationale. Autant dire que nous risquons d’attendre encore longtemps.

Pourtant, les projets réalisables ne manquent pas. Prenons le cas de la ferme solaire de Solitude, qui vient d’être inaugurée par Ivan Collendavelloo. Celle-ci est composée de 60 000 panneaux photovoltaïques dispersés sur 52 arpents et possède une capacité de 16,4 MW. Ce qui est déjà très bien, convenons-en. D’autant que le projet n’aura coûté « que » Rs 800 millions, soit dix fois moins que le projet de Combined Cycle Gas Turbine (estimé, lui, à plus de Rs 8 milliards). Sachant que la production de ladite ferme équivaut à la consommation annuelle de 6 000 foyers, c’est donc 60 000 foyers qui auraient déjà pu bénéficier du solaire pour un investissement équivalent.

Bien entendu, ce type d’engagement nécessite que l’on n’attende pas de retour sur investissement immédiat. Mais après tout, en est-il autrement de la mise en chantier de tout nouveau projet d’exploitation fossile ? À la différence près que contrairement à ces derniers, les fermes solaires et éoliennes ne demandent aucun approvisionnement extérieur, les ressources étant en effet présentes naturellement, et même indéfiniment (soleil, vent, marée…). Aussi, lorsqu’Ivan Collendavelloo lance qu’aujourd’hui « le pays a besoin de turbines à gaz », il se trompe lourdement. Dommage ! Car sans son obstination, Maurice aurait enfin pu se targuer de compter parmi les meilleurs élèves du monde en matière de lutte contre le réchauffement. Mais bon, ce n’est somme toute qu’une occasion ratée de plus !

Michel Jourdan